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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 07:19
















Philippe DOUMENC,

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary : roman
,

Editions Actes Sud, 2007














« Une dernière convulsion la secoua, elle perdit définitivement conscience ; et enfin elle partit, abandonnant le terrain, laissant aux autres leur existence médiocre, leurs rêves avortés, leur sinistre entourage, leurs abominables problèmes d’argent, leur méchanceté, leur malveillance, et surtout ce cynisme, cet affreux cynisme que, même dans ses amours, elle avait rencontré ces derniers temps.
Etait-ce seulement la peine d’avoir fait tourner quelques têtes ; et d’avoir été aussi jolie qu’on le disait ?
Le jour où elle mourut, Emma Bovary n’avait pas encore vingt-six ans. »


Le temps se fige ; Emma est morte, le lourd balancier de l’horloge s’est arrêté. Plus rien ne bouge. On est en mars mais l’hiver n’en finit pas. Chacun est calfeutré chez soi, bien à l’abri… Mais la rumeur, insidieuse comme la bise, se coule entre les planches mal jointes des volets. Dans la chaleur des foyers, on doute, chuchote : pourquoi donc la police a-t-elle été dépêchée à Yonville ? Cela a-t-il un rapport avec la mort de Madame Bovary ? De toute évidence oui ; et ainsi apprend-on de la bouche de Rémi, jeune policier envoyé aux côtés du commissaire Delévoye, qu’une contre-enquête a été ouverte. Trop de zones d’ombres subsistent autour de ce décès… Alors, Emma, suicidée ou assassinée ?

Tout le génie de Doumenc a été de saisir le potentiel tragique de l’histoire pour en faire une œuvre hybride, à la croisée entre l’enquête policière et l’exercice de style. Mais attention : il ne s’agit pas pour autant d’un authentique pastiche de la plus pure facture flaubertienne ; car, si l’atmosphère, lourde d’ennui et chargée d’un érotisme latent, est fidèle à celle du roman originel, on sent poindre parfois l’accent gionien à travers le personnage de Rémi. Entre médiocrité et faux-semblants petits-bourgeois, celui-ci n’aura de cesse de chercher la vérité, se fondant littéralement dans la peau d’Emma, revivant son histoire à sa manière. Ne peut-on donc échapper au désoeuvrement ? Les divertissements valables sont-ils seulement l’amour et la mort ?

Le secret aussi… Car il s’agit bien de savoir comment Emma est morte. Autopsie, rapport d’interrogatoire, pressions, mensonges… Doumenc exploite avec panache les codes du roman noir, n’hésitant pas à multiplier les suspects, à fouiller dans la fange des âmes, à interroger les psychologies... Les rebondissements se succèdent avec rythme et le caractère composite du roman lui donnerait presque la saveur de l’authenticité. Un doute finirait même par s’installer : tout cela aurait-il vraiment existé ? Madame Bovary, après tout, a bien été inspiré à Flaubert par un fait divers… Au-delà de la seule question de la vérité, Doumenc pose celle du rôle de l’auteur à travers une remarquable postface.

Une contre-enquête en guise d’hommage à Flaubert donc, et plus généralement à la littérature. Une postface qui donne envie de se replonger dans les grands classiques et en tout premier lieu dans Madame Bovary.

Marion, 2ème année Bib.


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