Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 07:20











Eric-Emmanuel SCHMITT
La Part de l’autre

Albin Michel 2001
Livre de Poche 2003











Biographie


Né en 1960, Eric-Emmanuel SCHMITT est un auteur français agrégé de philosophie. Cette discipline se retrouve en filigrane dans la plupart de ses œuvres parmi lesquelles La Part de l’autre. Cet auteur, qui n’est désormais plus à présenter, a plus d’une trentaine d’œuvres à son actif (pièces de théâtre, romans, adaptations cinématographiques…). En 2004 le magazine Lire effectue un sondage pour connaître les livres qui ont changé la vie des lecteurs. On retrouve aux côtés de La Bible, des Trois Mousquetaires et du Petit Prince, le touchant Oscar et la dame rose qui sera d’ailleurs prochainement adapté au cinéma.

Bibliographie

 Ci-dessous une bibliographie non exhaustive, mais plutôt personnelle de l’œuvre  d’Eric-Emmanuel SCHMITT :
  

 Théâtre
  
 - La nuit de Valognes, 1991 (réécriture de Don Juan)
 - Hôtel des deux Mondes, 1999 (sur le coma)
 - Petits crimes conjugaux, 2003 (sur le couple)


Romans

- La secte des égoïstes; 1994 (sur la piste d’un philosophe oublié)
- Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, 2001 (deuxième livre du cycle de l’Invisible, sur l’Islam)
- La Part de l’autre, 2001
- Oscar et la dame en rose; 2002 (dernier livre du cycle de l’Invisible, au sujet de la mort)
- La tectonique des sentiments, 2008 (sur la passion amoureuse)


La Part de l’autre

Le roman est divisé en deux histoires, chacune habitée par un personnage. D’un côté Hitler, le dictateur que l’on ne connaît que trop bien, et de l’autre Adolf H., un artiste, imaginé par l’auteur. La première histoire fait figure de biographie du chancelier du Troisième Reich ; biographie très proche de la réalité puisque les dates et les faits mentionnés ont été vérifiés par des historiens. La seconde partie du livre est une uchronie puisque l’on imagine ce qui se serait passé si Hitler avait été reçu aux Beaux Arts. Les deux histoires alternent à chaque chapitre, et c’est d’ailleurs ce concours d’entrée aux Beaux Arts de Vienne qui va faire diverger les deux existences, jusque là quasi identiques, des deux Adolf.

Mais au fond, est-ce vraiment l’échec, ou la réussite, à cet examen qui sépare les deux protagonistes ? Mon sentiment est tout autre. Effectivement les deux Adolf ont déjà un caractère très différent et ce sont leurs différents choix qui ne les éloignent que davantage. Par exemple, tous deux ont le même passé : mort prématurée de leur mère. Arrivés à la puberté, les deux Adolf rencontrent des problèmes et des blocages vis-à-vis de la gent féminine. A une différence près entre Adolf et Hitler : le premier sait qu’il a un problème et décide de se soigner. A contrario, Hitler, qui a une confiance aveugle en lui, est persuadé que son aversion pour les femmes est on ne peut plus légitime, puisqu’il estime qu’elles sont une perte de temps. Cette évidence le fera rester vierge jusqu’à plus de quarante ans. En parallèle, le nouvel Adolf, désormais guéri par le docteur Freud, fait du sexe son meilleur atout.

En somme cet exemple illustre, selon moi, que ce n’est pas tellement le concours qui les sépare mais plutôt leur caractère et encore plus leurs choix. On constate par là que la théorie de Schmitt est en opposition avec celle de Zola qui voudrait que l’on soit déterminé par nos origines sociales voire, comme on peut encore l’entendre, nos gènes. Pour Schmitt, ces deux hommes au même passé, ont choisi librement leur futur.

La notion de « part de l’autre »

J’ai ressenti « la part de l’autre » comme un concept à la fois philosophique et religieux. Cette idée voudrait que l’on ait deux facettes : d’un côté le Mal et d’un autre le Bien. C’est en cela qu’elle se rapproche du dualisme, doctrine religieuse selon laquelle la réalité, la matière et l'esprit, le corps et l'âme sont constitués de deux principes antagonistes, le Bien et le Mal, en lutte perpétuelle l'un contre l'autre, le Bien finissant par l'emporter.  Cependant, on constate que pour Eric-Emmanuel SCHMITT le Bien ne l’emporte pas toujours puisque la Seconde Guerre mondiale a bien eu lieu et que le Mal est toujours présent au fond de chacun, un Mal que l’on pourrait matérialiser par un monstre qui sommeillerait en chacun de nous. Ce concept est également philosophique puisque l’auteur va à l’encontre du déterminisme et met au contraire en exergue la notion de liberté (liberté de choisir, de décider) accessible à tous.

« Mon livre sera un piège à cette idée [l’idée qu’Hitler n’était pas humain mais un monstre]. En montrant qu’Hitler aurait pu devenir autre qu’il ne fut, je ferai sentir à chaque lecteur qu’il pourrait devenir Hitler. »
Extrait du journal automne 2000-été 2001

La difficulté de l’écriture

On trouve dans l’édition de poche le journal qu’a tenu l’auteur tout au long de l’écriture de ce livre. Ce journal est passionnant et fait partie intégrante du roman. Effectivement, il rappelle qu’Hitler reste un tabou, comme les camps de concentration ont pu l’être, mais qu’il demeure essentiel d’en parler, non pour pardonner mais au contraire pour comprendre et éviter que cela recommence. Au fond, se taire ce serait accepter. Cependant, on découvre dans ce journal la difficulté de l’écriture, difficulté qui a principalement deux origines. La première est « les autres », ses amis qui lui déconseillent voire interdisent d’écrire sur ce monstre, de peur qu’il le pardonne. L’autre est la souffrance d’écrire, de raconter. Souffrance qui a touché beaucoup de rescapés des camps d’extermination comme Primo Levi qui, las, finira par se suicider. Ce supplice il le ressent lorsqu’il écrit la partie d’Hitler, lorsqu’il cherche les mots, lorsqu’il est à la limite de pénétrer son esprit, ses pensées. La peur de finir par lui ressembler le gagne.

« Où vais-je ?
Je deviens taciturne. Comme lui.
J’ai mal aux genoux. Comme lui.
J’écoute du Wagner. Comme lui.
Je n’ai pas envie de faire l’amour. Comme lui.
Je ne pratique plus l’amitié. Comme lui.
Où vais-je ? »

Extrait du journal

Une seule issue : s’en débarrasser en l’écrivant d’une seule traite.


« Ce soir, lorsque je suis descendu à table, les enfants se sont immédiatement écriés :
-Ça y est, tu l’as tué !
A mon sourire, ils l’avaient deviné »

Extrait du journal

Avis personnel

« Quelqu’un me dit apprenant le sujet de mon livre :
- Décidément, vous êtes le roi du sujet casse-gueule. Freud et Dieu dans Le Visiteur, le solipsisme dans La Secte des égoïstes, Pilate, la morale dans Le Libertin, le coma dans Hôtel des deux Mondes, l’islam dans Monsieur Ibrahim.
Je tremble. Il ajoute :
- Et cependant, vous ne vous cassez jamais la gueule ! »

Extrait du journal

Un sujet délicat, une idée originale, une écriture fluide. Eric-Emmanuel SCHMITT a selon moi réussi son pari. Il parvient via ces deux histoires à faire comprendre que rien n’est déterminé. Nous sommes libres. Libres de nos choix. Libres de laisser dormir le monstre en chacun de nous. Mais également responsables de le réveiller.

Dernière page tournée. Réécrire une vie et changer le cours de l’Histoire… malheureusement seulement le temps de quelques centaines de pages.


Marlène, 2ème année Ed-Lib


Autre étude sur Eric Emmanuel Schmitt

Partager cet article

Repost 0
Published by Marlène - dans Uchronies
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives