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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 18:07






René BARJAVEL,
Ravage
,

Editions Denoël, Paris, 1943
























Pour connaître en détail la vie de René Barjavel, voici un lien vers sa biographie sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Barjavel

Barjavel aurait appartenu pendant quelques années aux groupes Gurdjieff. Aujourd’hui, on dénonce ces groupes apparentés à des sectes, présents un peu partout dans le monde, qui font subir à leurs élèves embrigadés des sévices physiques et psychologiques. Pour en savoir plus, suivez ce lien : http://www.unadfi.com/IMG/pdf/Le_Systeme_Gurdjieff_3eme_partie.pdf

Quoi qu’il en soit, son appartenance à ces groupes expliquerait en partie pourquoi il a choisi d’écrire un roman sur la société moderne :
 
« (…) Deux ans avant la guerre, j'avais fait partie des groupes Gurdjieff. Cela avait orienté ma pensée vers une critique fondamentale de notre société moderne. Quand je suis rentré de la guerre, j'ai continué mon activité avec ces groupes. Je me suis aperçu, à un moment donné, à quel point cette société si développée, si puissante, capable de faire des guerres formidables, était vulnérable. Pourquoi ? Parce qu'elle dépend entièrement de l'énergie. J'ai donc écrit une histoire, au début de l'Occupation, dans laquelle une civilisation connaît soudain une privation totale de ses sources d'énergie. »

Ravage ; Paris, 2ème moitié du XXIème siècle.

Blanche Rouget, une jolie jeune femme élevée à la campagne, décide de venir à Paris pour intégrer l’Ecole nationale féminine qui forme les mères de famille d’élite. Pour s’amuser un peu, elle participe au concours organisé par le plus grand canal d’information national, Radio 300. Immédiatement charmé par la grâce et les formes harmonieuses de Blanche, le patron de Radio 300 décide de faire d’elle la danseuse vedette de sa chaîne. Même s’il ne lui plaît pas, Blanche est fermement décidée à user de son pouvoir de séduction pour accéder à la haute bourgeoisie parisienne. Son ami d’enfance, François, vaguement macho et jaloux, vient la rejoindre à Paris pour la forcer à quitter ce monde frivole dans lequel elle est en train de basculer. Les choses en sont là quand une panne d’électricité immobilise la ville.

Dans cette société imaginée par Barjavel, l’homme a progressivement remplacé chacun de ses gestes par une machine alimentée à l’électricité. En matière de culture par exemple, on a abandonné les champs, trop sensibles aux divers fléaux naturels (maladies, insectes, gel, grêle…). « Légumes, céréales, fleurs, tout cela pousse [désormais] à l’usine, dans des bacs ».

Cette panne d’électricité a pour conséquences de figer toute l’économie nationale et d’immobiliser l’ensemble du réseau de transport, mais c’est surtout la privation d’eau et de nourriture qui va générer la panique. En effet, quand les Parisiens prennent conscience que ces ressources qui leur sont vitales vont manquer, ils s’engouffrent en masse dans les magasins pour se constituer des réserves. La peur les pousse à piller, à assassiner les propriétaires qui essayent de protéger leurs commerces. Des centaines de personnes meurent étouffées dans des bousculades, mais on ne s’en soucie pas. Des bandes se forment et s’affrontent chaque nuit pour se voler les quelques sacs de céréales qu’elles avaient réussi à obtenir. Le tout formant un abominable champ de bataille.

Soudain, un incendie se déclenche et ravage en quelques heures la capitale. Les Parisiens croient subir la colère de Dieu : ils se mettent à genoux, implorant le Pardon, jusqu’à être balayés par les flammes. Scène horrible et profondément pathétique à la fois.

François, Blanche et quelques autres personnes décident de gagner la Provence, de rejoindre leur village natal où leurs parents – rares paysans encore en activité - continuent à cultiver des céréales et élever des bêtes. Le chemin est semé d’embûches : les bandes ennemies, les pillards, l’incendie, la fatigue – rappelons-nous que l’homme avait complètement oublié le goût de l’effort - la soif et la faim… Finalement, quand ils atteignent la Provence, ils ne sont plus que quatre : deux hommes et deux femmes. François ayant naturellement imposé son autorité dès le départ, est nommé chef du village. Il instaure donc la polygamie pour repeupler la région et apprend aux enfants le respect de l’eau. Ensuite, il fait brûler tous les livres et punit celui qui refuse de fournir un travail physique. Mais l’homme est fainéant par nature…

Barjavel a imaginé Paris dans le futur comme beaucoup d’autres ont imaginé les villes modernes : un réseau de transport très dense, de nombreuses avancées technologiques, une architecture fondée sur la  hauteur et le verre… Il était plutôt proche de la réalité :
  1. Réseau routier très dense
2. Le téléphone à images dont parlait Barjavel, ou  la visioconférence
3. Des gratte-ciel atteignant parfois plusieurs centaines d’étages, construits en verre


Quand l’auteur décrit les scènes de panique dans Paris, il tend à montrer que l’homme par nature est faible et égoïste. L’homme ne peut pas vivre seul, c’est pourquoi il accepte de se sociabiliser, mais ces principes d’éducation, de partage, de respect, sont vite abandonnés dès lors qu’il se sent menacé.

En tant que lecteur, on apprécie beaucoup de voir les personnages principaux, Blanche et François, évoluer, gagner en maturité. Celle-ci, un peu frivole et ambitieuse au début, devient une femme courageuse et pleine de sagesse. Quant à lui, il devient patriarche, chef aimé de tous. Ces deux jeunes gens sont le moyen pour Barjavel de nous montrer qu’il faut revenir à certaines valeurs, celles prônées par Pétain : l’amour de la terre, l’effort, le courage, la fierté, l’amour de la famille.
 
En refermant le livre, le lecteur se pose beaucoup de questions sur la nature humaine, l’avenir de la société. Il y a trop de similitudes entre le monde décrit par Barjavel et celui dans lequel nous vivons aujourd’hui pour que Ravage nous laisse indifférent. Effrayant et passionnant.

Elise, 2ème année Ed.-Lib.

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Published by Elise - dans dystopies
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commentaires

Luna 30/03/2011 10:24


La première fois que je l'ai lu, il y a 5 ans, j'étais en troisième et j'avais adoré... En le relisant, j'ai détesté : quelle horrible vision des femmes est fournit dans ce livre ! Qu'est-ce-que je
suis contente de ne pas être sur Terre que pour pondre des mioches !

Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur ce livre sur mon blog...


Joli article, je reviendrais ;)

Bonne continuation !!


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