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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 19:08







J
ørn RIEL

La vierge froide et autres racontars

traduit du danois par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet
10-18, Domaine étranger
1993














Biographie


Jørn Riel est né au Danemark en 1931. En 1950, il part avec l’expédition du Docteur Lauge Koch dans le Nord-est du Groenland où il restera 16 ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d’ouvrages très populaires en Scandinavie.


Le versant arctique des écrits de Jørn Riel est constitué de la série des «racontars arctiques» ("racontars" du danois skröner que l'on peut également traduire par "boniments"). La Passion secrète de Fjordur et autres racontars vient clore la trilogie finale puisqu'il est précédé par La Vierge froide et autres racontars (1993) et Un Safari arctique et autres racontars (1994).


Les épisodes de la saga groenlandaise peuvent donc se lire séparément ; néanmoins, elle constitue un univers cohérent dans lequel on retrouve les personnages d'un recueil à l'autre. Certaines allusions contenues dans ce troisième tome ne se goûtent pleinement qu'au souvenir des récits précédents.

Jørn Riel vit aujourd’hui en Malaisie, histoire de décongeler, dit-il. «J’aime la nature, quand il y en a assez, les étendues de glace de l’Arctique et la jungle tropicale».



La Vierge froide et autres racontars


Ce recueil regroupe dix racontars arctiques. C'est une suite de fictions brèves qui a toujours pour «héros» les derniers trappeurs du nord-est du Groenland, bourrus bienveillants, aimant se retrouver pour parler autour de tord-boyaux qui les aident à affronter la nuit polaire, les tempêtes, la solitude et surtout le manque de présence féminine sur la banquise ! Ils sont les derniers hommes libres de ce siècle, hors d'atteinte de la folie de "ceux d'en bas", ainsi qu'ils désignent l'humanité qui vit en dessous du 73ème degré de latitude Nord.


Ces chasseurs, installés par groupes de deux, vivent isolés et ne se croisent que rarement durant la longue nuit hivernale. Le seul moment qui rompt cette solitude vient avec l'été, la fonte des glaces et l'arrivée du capitaine Olsen sur son bateau La Vesle Mari. Une fois par an, ce navire ravitaille les hommes et récupère les peaux des animaux tués au cours de l'hiver.


Emma...ou les ravages de la parole

Le style de Jørn Riel est simple. C'est une écriture sans fioritures associée à une langue très orale qui transporte dans une ambiance et donne un certain réalisme. Il faut ajouter à cela une bonne dose d'humour. Riel est un vrai conteur !


La parole a une réelle importance au sein de ces aventures qui nous livrent « un monde où la littérature ne se lit pas mais se dit, où l’épopée se confond avec le quotidien, où la parole a encore le pouvoir d’abolir le présent et de faire naître des légendes ».(Michèle Gazier, Télérama)


Ainsi, tous les personnages s'amourachent d'une créature imaginaire prénommée Emma, dont l'existence, uniquement verbale, passe de couchette en couchette et fait même l'objet de marchandages acharnés. L'un des prétendants, transis, propose même en échange de cette maîtresse chimérique son tatouage sur le dos...

L'idée que la vérité naît à mesure qu'elle s'énonce, tout enjolivée par l'imagination, est omniprésente dans ces contes à la frontière du vraisemblable.


Une saga nordique haute en couleur

Ce sont des récits picaresques, truculents, parfois dramatiques. On découvre une vie difficile, rythmée par la chasse, les soirées bien arrosées, la solitude, dans un décor de neige et de froid. Mais une sorte de joie de vivre se diffuse à travers l'oeuvre entière de Jørn Riel.


D'un recueil à l'autre, les personnages nous deviennent familiers. Riel nous balade sur la banquise et nous fait croiser la route d'une multitude de personnages tous plus étonnants les uns que les autres. Après nous être acclimatés aux noms étranges, nous faisons peu à peu connaissance avec Valfred, Anton, Herbert, William le Noir, Lodvig ou Magnus von Veile (dit le Comte), Mads Madsen ou encore  Lasselille...Cette série de portraits met en scène des hommes qui n'ont que les histoires comme échappatoire pour ne pas sombrer dans la folie et s'entre-tuer. Ils forment une communauté où le moindre événement a de l'importance. C'est dans ce monde clos que les anecdotes naissent...


Délire et chute glacés

Cette succession de petites histoires croustillantes révèle les passions secrètes, d'incroyables vantardises et des aventures extravagantes. L'imagination fertile vire parfois au délire collectif... Le point commun à tous ces récits est leur originalité et la chute inattendue.

On peut dégager une sorte de gradation dans l’intensité narrative des nouvelles et même au sein du recueil. L’auteur accentue les éléments de ses histoires jusqu’à l'apogée finale… et inattendue. La nouvelle du cochon "Le Roi Oscar" marque le paroxysme du recueil. Mais je vous laisse découvrir par vous-même...!

«Un dernier phénomène à signaler : tout fait ou tout être plongé dans l'encre de Jørn Riel suscite une forte poussée de rire, même dans des cas a priori défavorables..». (Le Matricule des anges)


Camille Le Jeune, AS Bibliothèque

Lire également l'article de Marine sur Un gros bobard et autres racontars.

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