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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 22:13







Eric CHEVILLARD
L’autofictif

éditons de l’Arbre Vengeur, 2009




















Chevillard a l’art et la manière de réinvestir les genres littéraires, il se joue des codes… Son dernier ouvrage, L’autofictif, reprend des textes écrits pour être mis en ligne sur son blog, l-autofictif.over-blog.com


Définissons brièvement cette notion de blog, qui n’apparaît pas dans Le Petit Larousse illustré 1997. C’est un espace individuel d’expression virtuelle, qui permet la publication rapide de notes ou d’articles, consultable par tous, partout.


Le passage de la blogosphère à l’édition papier suscite des interrogations. L’auteur définit lui-même cette pratique comme « en marge de l’écriture de ses romans ». Est-ce un moyen de convertir un nouveau lectorat ? Le blog est-il une forme d’écrit complémentaire ? Peut-il subsister seul ? Le format livre tiendrait lieu ici d’un recueil de chroniques, rassemblement qui donne une vue d’ensemble de l’année écoulée.


Prenant la forme d’un journal intime, les dates se succèdent mais ne se ressemblent pas. Malgré la redondance de certaines réflexions, Chevillard trouve des angles d’approche différents. Jour après jour, il dévoile un peu plus ses aspirations mais également ses appréhensions et ses peurs. Tantôt drôle, tantôt inquiétant, il nous balade dans le quotidien d’un auteur assumé mais qui doute, qui remet en question le statut de l’écrivain d’aujourd’hui.

Le 15 mars : «  Et si l’écrivain se donnait plutôt la peine de chercher dans la vaste bibliothèque mondiale, afin de le lire tranquillement, le livre qu’il s’apprête à écrire. »


L’auteur et l’homme coexistent dans ces pages.

Pêle-mêle, il jette ses pensées. La complicité avec le lecteur ne tarde pas à s’installer.


Il nous livre des bribes de l’hypothétique intimité d’un jeune père.


Le 15 décembre : « Suite à un violent conflit avec sa fille de neuf mois, il a définitivement quitté le domicile familial. »


Le doute est latent, faire la part du vrai et du fictionnel deviendrait presque un jeu.



Ces références ponctuelles à notre société ouvrent des perspectives réelles ; finalement nous sommes tous semblables… Nous nous retrouvons partagés entre réalité et fiction, réalité toujours présente en filigrane car source d’inspiration omniprésente. Chevillard met en relief l’absurdité de notre société sur un ton humoristique et tranchant.


Le 7 mars : « Le salon de l’agriculture a fermé ses portes. Adieu veaux, vaches, cochons, cassez-vous pauvres cons ! »


Le 1er mai : « Le muguet se vend au gramme, au coin des rues. Pour une extase complète, il faut sniffer tout le brin. »


Ses textes sont savamment construits, toujours sur la tangente. Entre ironie et drôlerie, nous sommes en présence de fragments « desprogiens », tout aussi trempés…



Ce portrait sociétal dressé, grinçant et engagé, ne peut que susciter chez le lecteur une envie irrépressible de rire et peut-être même pour certains de créer à leur tour un blog…


Je ne peux terminer cet article sans citer Pierre Desproges, qui, dans son recueil Vivons heureux en attendant la mort, nous fait part de sa philosophie de vie…


« Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule façon humaine de friser la lucidité sans tomber dedans. »



Pauline, AS ED/LIB

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Articles de Sophie et de Gaëlle sur Oreille rouge.



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