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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 07:11









Don DELILLO
Cosmopolis

traduit de l’Américain par Marianne Véron
Actes Sud, 2003
Babel, 2005
J'ai lu, 2006


 






















L’auteur

Don DeLillo est né le 20 novembre 1936 et a vécu toute son enfance dans le Bronx, à New York. Fils d’immigrés italiens, il a reçu une éducation catholique jusqu’à l’université de Fordham. N’ayant pas trouvé de travail dans l’édition à sa sortie des études, il devient concepteur-rédacteur dans une agence de publicité. Il arrête son travail en 1962 non pas dans le but de devenir écrivain mais « pour ne plus travailler » ! Il écrit néanmoins essais, pièces de théâtre, scénarios et surtout plus d’une dizaine de romans. Aujourd’hui, DeLillo est un auteur de renommée internationale et a reçu de grandes distinctions littéraires comme le National Book Award, le PEN/Faulkner Award et le Jerusalem Prize 1999.

Don DeLillo a été marqué par son enfance catholique mais aussi par l’assassinat de J. F. Kennedy. Il est allé jusqu’à demander l’ouverture des dossiers secrets de la CIA sur le sujet. Ce sera d’ailleurs le sujet d’un de ses livres et le thème de l’assassinat sera récurrent dans toute son œuvre. Les autres thèmes majeurs sont l’angoisse de la mort que l’on retrouve dans Cosmopolis et la fascination qu’il a pour pour l’image, le film et le langage. D’ailleurs, à la lecture de Cosmopolis, les images et les sons de la ville sont très présents.

DeLillo est une personne assez secrète que l’on compare souvent à Thomas Pynchon, auteur du même courant postmoderne.


Le livre

Cosmopolis est tout d’abord dédié à Paul Auster, admirateur de DeLillo qui l’apprécie aussi à sa juste valeur. L’intrigue se déroule en avril 2000 bien que le livre soit paru aux Etats-Unis en 2003. Le personnage principal, Eric Packer, décide un matin d’aller chez le coiffeur de son enfance. S’ensuit alors une journée où il va traverser tout New York et regarder le monde qui l’entoure de l’intérieur de sa limousine. L’histoire pourrait s’arrêter là mais, bien sûr, le monde qui l’entoure n’est pas le « meilleur des mondes ». Les manifestations, l’arrivée du Président dans la capitale et un cortège funèbre pou un rappeur célèbre sont à l’origine d’embouteillages qui permettent à Eric de rencontrer sa femme, ses amantes, ses employés, son docteur tout au long de son chemin. Entre un repas avec sa femme et une partie de jambes en l’air avec une de ses amantes, Eric est prévenu d’une menace d’attentat imminent sur sa personne. Cette menace et une certaine perte de contrôle de sa personne l’amènent à ruiner sa société et sa femme un peu plus tard par un pari osé sur le yen. Ce personnage insensible poursuit sa route vers le coiffeur de son père et va d’ailleurs jusqu’à tuer sur le chemin son garde du corps, Torval. « Torval était son ennemi, il constituait une menace pour son estime de soi. Quand vous payez un homme pour vous garder en vie, il y gagne une supériorité psychique. Une des fonctions de la menace crédible et de la perte de sa société et de sa fortune personnelle était qu’Eric pouvait s’exprimer de cette façon. La disparition de Torval libérait la nuit pour une confrontation plus profonde ». On comprend alors qu’il n’en est peut-être pas à sa première fois, que la place de garde du corps donne trop d’importance à la personne qui la tient et qu’il ne supporte pas ce fait.

Le regard d’Eric Packer sur ce qui l’entoure est celui d’un homme blasé : entre l’immolation d’un homme dans la rue pendant une manifestation d’anarchistes qui s’en prennent à sa limousine, la découverte d’une rave-party et de l’action des drogues et de la musique sur ses participants et
, en fin de soirée, la rencontre de sa femme sur le tournage d’un film où les figurants sont allongés nus par terre, rien ne le surprend. Il regarde tous ces événements le précipiter vers sa fin en spectateur. Une once de culpabilité surgit tout de même à la fin : « Eric pressa le canon contre la paume de sa main gauche. Il essayait de penser avec clarté. Il pensa à son chef de la sécurité étalé sur l’asphalte, avec encore une seconde à vivre. Il pensa à d’autres, au fil des ans, brumeux et anonymes. Il fut envahi par une énorme prise de conscience, toute pétrie de remords. Il en fut transpercé, la culpabilité, c’est son nom, et comme elle était étrange, la douceur de la détente contre son doigt ». Une prise de conscience tardive… Trop tard.

La lecture de ce roman nous laisse une sensation de mauvais rêve, de chute lente où l’on perd son souffle avant de toucher le fond. C’est la description d’une ville chaotique, où la population se déshumanise un peu plus chaque minute et prépare elle-même sa fin proche. Le monde de la finance, des gratte-ciel, des caméras de surveillance dont les yeux de verre sont les témoins de cette longue descente aux enfers, finissent de décrire le paysage et l’ambiance qu’il peut diffuser.

Don DeLillo m’a semblé être un auteur très pessimiste quand à la nature humaine et à notre futur. Certains passages soulignent même le fait qu’il a été très atteint par les attentats du 11 septembre. Ce côté très obscur, où la personne humaine n’a aucune chance de s’en sortir et de connaître le véritable bonheur ,m’a laissé un goût amer. J’ai aussi eu l’impression que les gens ne ressentaient rien, ni émotions ni sentiments. Les événements se succèdent sans vraiment avoir de cohérence. La fin peut donner l’illusion que l’on peut échapper à la mort… Mais les confessions de Benno Levin à l’intérieur de l’histoire sont catégoriques : « il est mort, mot pour mot ». Pour finir, ce sont donc une écriture et une intrigue qui sortent de l’ordinaire. On peut avoir du mal à comprendre où veut en venir l’auteur mais en règle générale, le style d’écriture est simple et se lit facilement. L’auteur est complexe, cela se fait sentir dans son œuvre mais son écriture reste à la portée de tous même si je pense
ne
pas en avoir compris toutes les subtilités.

Extraits

Premier paragraphe du roman : « Le sommeil lui échappait plus souvent maintenant, pas juste une ou deux fois par semaine mais quatre, cinq fois. Que faisait-il quand cela se produisait ? Il ne faisait pas de longues promenades vers l’aube défilante. Il n’avait pas d’ami assez cher pour lui infliger un appel. Qu’y avait-il à dire ? C’était une question de silences, pas de mots. »

Dernier paragraphe du roman : « Son meurtrier, Richard Sheets, est assis en face de lui. Il a perdu tout intérêt pour l’homme. Sa main contient la douleur de sa vie toute entière, émotionnelle et autre, et il ferme les yeux une fois de plus. Ce n’est pas la fin. Il est mort à l’intérie
ur du verre de sa montre mais toujours en vie dans l’espace originel, à attendre la bruit de la détonation. »

Aude, Éd.-Lib. 1A

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