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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 07:06




Don DELILLO

Outremonde
Roman traduit de l'américain par Marianne Véron
en collaboration avec Isabelle Reinharez.
Première publication aux Etats-Unis : 1997.
Première traduction en France : 1999.

























«Ma société s'occupait de déchet. Nous faisions du traitement de déchets, du commerce de déchets, de la cosmologie de déchets. J'allais dans les terres basses de la côté texane et je regardais des hommes en combinaison lunaire enterrer des barils de déchets dangereux dans des strates souterraines de sel vieilles de millions et de millions d'années, résidus desséchés d'un océan mésozoïque. C'était une conviction religieuse dans notre profession que ces dépôts de roche saline ne laisseraient pas fuir de radiations. Le déchet est une chose religieuse. Nous ensevelissons des déchets contaminés avec un sentiment de révérence et d'effroi. Il est nécessaire de respecter ce que nous jetons.» (p.97, Actes-Sud, collection Babel)

Outremonde est un roman qui ne se résume pas. Un livre monde, débordant d'histoires, de personnages, d'époques, de significations. Il y a Cotter Martin, ce jeune garçon qui resquille sa place pour un match de baseball en 1951 au dénouement incroyable, récupère la balle de la victoire, et son père qui la lui volera. Il y a Nick Shay, cadre pour une usine de retraitement de déchets en 1992, qui retrouve Klara Sax, après une longue séparation, dans le désert du Texas où elle repeint des B-52 pour en faire une gigantesque oeuvre d'art. Il y a aussi Edgar Hoover le directeur du FBI en 1966, et Lenny Bruce, le comique drogué et paranoïaque pendant la crise des missiles de Cuba, et tant d'autres personnages dont les vies couvrent 40 ans de l'histoire souterraine des Etats-Unis dans cette chronique de l'outremonde (underworld) qui entrecroise le réel et la fiction.

Le récit est antéchronologique, c'est-à-dire que, si l'on excepte le prologue et l'épilogue, la première partie est la plus récente (1992) et la dernière la plus éloignée de nous (1951 – 1952). Si Nick Shay et Klara Sax en sont les personnages récurrents, ils ne sont pas les seuls : certains reviennent de loin en loin, d'autres n'apparaissent que sur un chapitre. Le récit se focalise aussi sur des objets comme  la fameuse balle de baseball, qui passe de mains en mains, et prend une signification différente pour chacun de ses possesseurs ou la bombe atomique, qui est au coeur de toutes les préoccupations.



« Lenny ploya les genoux et ouvrit les bras en grand, la bouche étirée dans un rictus de terreur effarée et grimaçante.
-  Nous allons tous mourir !
(…) Une heure plus tard, après tous les numéros, les apartés scatologiques, les voix improvisées, c'était cette phrase isolée qui restait dans l'esprit des gens tandis qu'ils regagnaient leurs voitures et rentraient chez eux à Westwood, Brentwood ou Dieu sait où, ou qu'ils erraient sur les autoroutes pendant la moitié de la nuit parce qu'ils savaient qu'ils ne pourraient pas dormir et quel meilleur endroit pour imaginer l'éclair et l'explosion, où d'autre iraient-ils pour répéter la fin de l'histoire, ou la voir pour de bon – c'était la signification des autoroutes et ils l'avaient toujours su à un niveau inexploré »
. (p.553)

Outremonde est avant tout le récit fragmentaire d'une époque, à travers ses lieux et ses ambiances : la chaleur d'un été dans le Bronx, un supermarché de préservatifs, une plaine désertique remplie de B-52 peints, un cinéma passant un inédit de Eisenstein.  Un récit d'une complexité remarquable, où tout est en constant changement : du délinquant qui devient cadre supérieur, de l'artiste perdue qui devient célèbre, aux ordures qui s'empilent, créant une deuxième ville avec sa propre structure.

Outremonde n'est pas ce qu'on appelle de la littérature divertissement, mais un pavé de plus de 800 pages, un réservoir de sens susceptibles d'apparaître à la dixième lecture. C'est aussi et surtout un roman écrit dans un style magnifique, extrêmement dense.

En 2006, un jury de 25 écrivains réunis par le magazine Times lui a accordé le titre de deuxième livre le plus important de ces 25 dernières années.

A tous points de vue : un chef-d'œuvre.


Un mot sur l'auteur

Né en 1936, Don Delillo a grandi dans le Bronx, comme Nick Shay, le personnage principal d'Outremonde. Issu d'une famille d'origine italienne, il découvre véritablement la littérature lors d'un petit job d'été comme surveillant d'une aire de jeu, pendant lequel il lit Faulkner, Hemingway, et peu après le Ulysses de Joyce. Il travaille d'abord comme publicitaire, mais après cinq ans, il arrête. Il commence alors à écrire : deux ans et demi plus tard en sort Americana, son premier roman, paru en 1971 aux Etats-Unis. Il écrit depuis régulièrement des romans, des nouvelles et des pièces de théâtre. Ses oeuvres les plus connues sont Bruit blanc, Mao II, et Outremonde. Il a reçu le prix de la ville de Jérusalem en 1999. A sa parution, Outremonde a été finaliste pour le National Book Award en 1997 et pour le prix Pulitzer en 1998. Il habite à New York. 

Benjamin Sausin, A.S. Bib

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