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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 07:03








Paul AUSTER
Leviathan
,
Actes Sud, 1992
Babel, 2005
Livre de poche, 2008



















L’histoire

« Il y a six jours, un homme a été tué par une explosion, au bord d’une route, dans le nord du Wisconsin(…). Le lendemain de l’explosion, les dépêches ont transmis une information succincte sur l’affaire.(…) De façon presque inévitable, je me suis mis à penser à Benjamin Sachs. »

Lorsque Peter apprend dans la presse qu’un homme vient de mourir dans l’explosion d’une voiture, il pense aussitôt à son ami Benjamin Sachs. Peter est écrivain et décide alors d’écrire l’histoire de Benjamin, lui aussi auteur,  afin de comprendre comment son ami qu’il n’avait pas vu depuis plusieurs années, avait pu se transformer en terroriste.  Le récit commence par leur rencontre, lors d’une lecture loupée, dans un bar miteux. Peter trace alors le portrait de Benjamin : brillant, génial, ce dernier  est alors un jeune auteur prometteur, un homme charismatique et de cette beuverie naît une amitié extrêmement forte. Seulement, pour nous parler de Benjamin, Peter a besoin de parler de son histoire à lui aussi, des personnes qu’il a croisées et qui vont entrer dans la vie de Benjamin. Les récits s’enchâssent alors, comme des poupées gigognes, afin de faire revivre chaque détail de leur amitié pour comprendre pourquoi, pourquoi Benjamin a décidé de faire exploser toutes les statues de la Liberté d’Amérique.

La statue de la liberté.

Lors d’un repas de Thanksgiving dans la famille de Benjamin, Peter entend alors une anecdote sur ce dernier et la statue de la Liberté : alors qu’il n’était qu’un enfant, Benjamin est allé visiter avec sa mère la statue de la liberté. Tout se déroulait très bien jusqu’au moment où sa mère, prise de vertige, fait un malaise dans la torche de la statue et ne parvient à redescendre que sur les fesses. Ce soir-là, Benjamin dira alors que « ça [avait] été [sa] première leçon de théorie politique. [Il avait] apprit que la liberté pouvait être dangereuse. Si vous ne faites pas attention, elle peut vous tuer. »

Quelques années plus tard, le 4 juillet 1986, Benjamin et Peter fêtent le centième anniversaire de la statue de la Liberté avec des amis. Benjamin flirte alors avec Maria, une ancienne amante de Peter, une femme charismatique et dangereuse, qui n’est pas sans rappeler la Marla de Fight Club. Benjamin étant marié à Fanny, aussi présente à la fête, il n’ose pas pousser le flirt devant les convives. Ivre, excité, Benjamin décide d’emmener Maria sur le toit de l’immeuble afin de la pousser à faire le premier pas. Mais à peine l’a-t-elle touché, que Benjamin, surpris par l’arrivée d’une amie sur le toit, tombe de plusieurs étages,  sa chute est alors  miraculeusement amortie par une corde à linge. Benjamin survit, mais son corps est brisé à plusieurs endroits. Cet accident crée un tournant dans la vie de Benjamin, et donc dans le récit.  Peter  écrit alors « je ne veux pas en faire grand cas, mais quelques instants avant la chute de Ben, nous avions dérivé vers le récit que sa mère et lui nous avaient fait de leur visite à la statue de la Liberté en 1951. Compte tenu des circonstances, il était naturel que cette histoire nous revînt en mémoire, mais ce fut horrible tout de même, car à peine avons-nous ri tous deux à l’idée de tomber de la statue de la Liberté que Ben tombait de l’échelle de secours. »

Leviathan

La chute de Ben est alors aussi  métaphorique que réelle. La figure de Flitcraft, personnage de Dashiell Hammet, qui change de vie après avoir fait l’expérience de la mort est une fois encore présente chez Paul Auster. Benjamin refuse de parler à qui que ce soit et semble être constamment dans un état second. Après plusieurs semaines de mutisme, il exprime alors le désir de mettre un terme à la vie  qu'il a vécue jusqu’ici. Ayant le sentiment qu'elle n’a été qu’une erreur, un gâchis, il déclare qu’il veut tout changer à présent, et se pose à lui-même un ultimatum radical : changer tout ou disparaître.

Ben va alors quitter Fanny, éviter ses amis et se retirer dans sa propriété du Vermont où il travaille sur un nouveau roman, Léviathan, puis disparaît.


Peter tente alors de retracer cette nouvelle vie, de faire coller les récits des personnes croisées par Sachs, comme Maria qui l’avait beaucoup photographié, ou Lillian, sa meilleure amie mariée à Reed Dimaggio. Ce dernier devient alors l’alter ego de Ben après une scène extrêmement violente dans le Vermont qui change une fois de plus le cours de la vie de Ben, et le mène tout droit au terrorisme.

Ainsi, Ben, dans sa quête d’absolu, va voyager d’un bout à l’autre de lui-même. Il va croiser son destin plusieurs fois, sous les traits de Maria ou de son amie Lillian, ou après avoir connu le wild, l’état sauvage. Traumatisé par la figure de la statue de la Liberté, Ben va se transformer en terroriste, appelé par les
journaux, le « fantôme », rappelant ainsi un personnage réel de l’histoire des Etats-Unis, « Unabomber », un brillant mathématicien reconverti dans les attentats à la  bombe. A chaque fois qu’il fait exploser une statue, Benjamin envoie simultanément des revendications à différents journaux : « La Démocratie ne va pas de soi. Il faut se battre pour elle chaque jour, sinon nous risquons de la perdre. La seule arme dont nous disposons est la Loi ». Il est intéressant de remarquer que Benjamin voit la Loi comme seul salut aux malheurs de l’Amérique. En outre le titre du livre fait écho aux  revendications de Benjamin puisque le Léviathan,
chez Thomas Hobbes représente l’Etat comme « pouvoir absolu garant d’une vraie société civile ».
 

A. J., 1A Ed.-Lib.

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