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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 18:19








Jean-Baptiste
DEL AMO,
Une éducation libertine
,
Gallimard, Collection Blanche,
2008




   














Septembre 2008. Jean-Baptiste Del Amo, publie aux Editions Gallimard son premier roman, Une éducation libertine, et ce dernier figurait déjà sur la deuxième liste du Prix Goncourt. Alors, même si le jury a décerné le prix à Atik Rahimi pour Singué Sabour, aventurons-nous dans ce roman sensoriel et sensuel qui ne vous laissera sûrement pas indifférent.
   
Précisons toutefois que si le nom de Jean-Baptiste Del Amo vous est inconnu, c’est que l’actualité littéraire du mois d’avril 2007 vous a échappé. En effet, ce dernier a été récompensé, cette année-là, du prix du jeune écrivain pour sa nouvelle traitant du sida en Afrique, Ne rien faire. Avec ce premier roman, Del Amo change complètement de sujet mais le succès lui sourit toujours puisqu’il a reçu le Prix Laurent-Bonelli Lire & Virgin Mégastore. Quand Emmanuel Kherad  lui demande pourquoi il a eu envie d’écrire son roman, Del Amo lui répond que
« c’est sa passion pour les romanciers du XVIIIe siècle, l’envie de jouer avec les codes du roman d’apprentissage et que l'objectif de départ était de faire un texte très sensoriel qui se situerait en 1760 mais qui aborderait des thèmes contemporains »
   
Nous sommes donc en plein siècle des Lumières, en 1760, et Gaspard un jeune Quimpérois de 19 ans sans le sou débarque à Paris, « nombril crasseux et puant de la France
». Il vient de quitter son enfance malheureuse d’éleveur de porcs et veut s’élever socialement loin des mauvais traitements que pouvait lui infliger son père, même si ce passé lui revient tout au long du récit par éclats ce qui confère au personnage un aspect psychologique perturbé.

Il rencontre Lucas, un jeune homme, qui va l’aider à survivre en lui proposant de travailler  avec lui sur les bords de la Seine pour récupérer du bois flotté. Mais très vite il se sent pris au piège d’une vie miséreuse dont il va chercher à s’extraire à tout prix. Et comme l’ « odeur de bourgeoisie avait sur lui un effet aphrodisiaque », un beau jour, il quitte Lucas, les bords de Seine et traverse « le Fleuve » pour se rendre rive gauche.

Là-bas, il est employé chez un perruquier : du beau monde défile dans l’échoppe et, un jour, le comte Etienne de V. pousse la porte et provoque un émoi en Gaspard, il comprend alors que c’est grâce à cet homme qu’il pourra sans doute s’élever dans la société. Le comte est un libertin, dans le premier sens du terme, c’est un philosophe, un homme en avance sur son temps qui refuse toutes les conventions sociales. Avec lui, Gaspard va connaître les plaisirs de la chair sans comprendre que le comte n’est qu’un vil manipulateur : après leur première nuit d’amour, Etienne quitte Gaspard en lui annonçant qu’il est déjà lassé de lui et qu’ils ne se reverront plus jamais.

Gaspard en tombe malade, et après plusieurs semaines de désespoir, il quitte l’échoppe du perruquier. Il retourne alors rive droite où il rencontre Emma, une jeune prostituée, qui va l’introduire dans une maison close où lui aussi exercera ce métier. En deux ans, il va apprendre à se servir de ses charmes et devenir un homme sans morale, méconnaissable. C’est aussi à cette époque qu’il va commencer à fréquenter la bourgeoisie grâce aux hommes qui le visitent dans les bordels. Mais une fois son ascension sociale réussie, presque achevée, Gaspard finit par se détester, se dégoûter de n’être qu’une chair malléable pour les hommes ; il commence à se scarifier. Il n’en réchappera pas. Et l’orchestrateur de cette ascension puis de cette morte violente n’est autre que le comte Etienne de V. qui de loin veille à l’introduire dans la bourgeoisie et la noblesse pour mieux le détruire.

    Le roman aborde d’une écriture physique, corporelle, sensuelle, sexuelle, sensorielle mais  élégante des thèmes forts et bien contemporains : l’homosexualité, les prostitutions masculine et féminine, le libertinage bourgeois, le désir ardent d’ascension sociale, le reniement de soi, la chute.

Questions posées à Jean-Baptiste Del Amo lors de la Foire du Livre de Brive (7, 8, 9 novembre 2008)

   
Le manuscrit définitif s’intitule Une Education libertine, la première ébauche Fressures, pourquoi ce changement de cap ? Que propose selon vous le titre définitif que n’a pas le premier ?

C’était un mot trop obscur pour le grand public, et un livre est avant tout un objet commercial, il fallait que le titre soit plus vendeur. C’est aussi un clin d’œil à Flaubert et son Education sentimentale.

En travaillant sur les corrections du roman, j’ai rajouté la lettre du Comte Etienne de V.  alors qu’auparavant le roman se terminait sur le mot « fressures ». j’ai modifié le roman pour faire un parallèle avec le contrat « de l’art de former les hommes ».

Votre personnage est résigné face à la misère, il veut à tout prix s’élever dans la société, il en perd même son intégrité. Pourquoi le faire échouer si près du but ?
   
Il s’agit d’un roman d’apprentissage classique inspiré de Bel-Ami. Mais chez Maupassant, la fin est le point culminant de l’histoire. Dans mon roman, quand Gaspard a enfin atteint le point culminant, j’ai eu envie de raconter sa chute parce que Gaspard est trop meurtri, il ne peut pas ressortir indemne de cette ascension sociale tourmentée. Il fallait une issue fatale au roman.

Vous faites dans ce livre une métaphore de notre société (lassitude du peuple, désirs trop vite satisfaits, idée de réussite sociale à tout  prix). Quel message  voudriez-vous  faire  passer ?

Je ne veux pas faire passer précisément de message. Chacun reçoit le roman à sa manière. Je voulais juste aborder des thèmes contemporains que l’on peut aussi noter au 18e siècle, le 20e siècle n’a rien à envier au 18e et vice-versa. Le peuple est affamé, lassé, son avenir lui apparaît sans issue, la cour est dépensière ; on assiste à deux extrêmes : les pauvres et les bourgeois, ce thème-là est un large écho de la dimension contemporaine.

Dans La Librairie francophone, vous avez dit que la réussite sociale était un rempart contre le monde. Votre succès vous  fait-il peur ?

Non, j’ai les pieds sur terre et je relativise car les choses linéaires sont exceptionnelles, je me prépare à rencontrer des bas. Et puis, en habitant à Montpellier, je suis à l’écart, préservé des médias.

Vous préparez un nouveau roman…

Oui, ce sera un roman contemporain qui se déroulera à Sète avec pour thème principal celui de la famille. Mais on retrouve aussi des thèmes comme la sexualité, la recherche identitaire ou le rapport au corps.

Mais, je ne suis pas encore certain que le manuscrit soit accepté par mon éditeur…


Voilà un roman pessimiste, noir mais fascinant et qui récuse la possibilité de l’ascension, même par le sexe. Une Education libertine est un premier roman remarquable, c’est aussi la découverte d’un nouvel auteur au talent très prometteur, qui a répondu obligeamment entre deux dédicaces à mes quelques questions. En espérant que le succès lui sourie pour son prochain roman.

Marie Pare, Bib 2A


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