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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 06:10








Gilbert SORRENTINO,
Petit Casino
Publié en 2006 chez Actes Sud
Traduit de l’américain par Bernard Hoepffner
avec la collaboration de Catherine Goffaux
Titre original : Little Casino, publié en 2002
























Gibert Sorrentino est né à Brooklyn en 1929 et mort en 2006. Il a fondé le magazine littéraire « Néon » en 1956 et a été critique littéraire et professeur à l’université de Stanford. Il a reçu le prix John Dos Passos en 1981, le prix Lannan de la Meilleure Fiction en 1992 et le prix de l’Académie américaine des arts et des lettres en 1985. Il a écrit une trentaine d’ouvrages de poésie et de fiction. Son roman le plus connu est Salmigondis (Mulligan Stew) paru en 1979.


Petit Casino c’est cinquante-deux histoires, historiettes, vignettes ou encore saynètes, les mots ne manquent pas pour tenter de définir l’indéfinissable. Cinquante-deux morceaux de vies. Des rêves mais avant tout des souvenirs, incertains et désordonnés comme ils le deviennent toujours. Les personnages de ce roman ont principalement vécu dans le Brooklyn des années 1950, ils nous font partager leurs impressions par le biais de quelques minutes de leurs existences. Premiers émois, expériences sexuelles, soirée sétudiantes, incertitudes, croyances, questionnements, morts et désespoir sont au cœur de leurs mémoires. Ce sont tous des hommes sans éclat, aux destins tragiques ou aux vies ennuyeuses, comme il en existe par milliers, ils sont tout simplement humains.

Gilbert Sorrentino brosse le portrait d’une culture qui échappe en grande partie aux Européens, rendant la lecture plus difficile. Certains passages restent, malgré plusieurs relectures, toujours aussi obscurs. Il faut accepter de mettre les pieds dans un univers qui nous est étranger, mais n’est-ce pas là l’intérêt de la lecture ?

Chacune de ces tranches de vie est accompagnée d’un commentaire, certains paraissent sans lien avec ce qui est dit précédemment tandis que d’autres pourraient continuer l’histoire. Ils sont comme des regards supplémentaires sur un point précis ou un personnage. L’auteur y inclut souvent des citations de chansons, de poèmes et de romans sans en préciser la source. Il nous perd délicieusement dans les références musicales et littéraires.

Ses commentaires sont brillants, allant du constat sur l’état d’esprit des Américains à leurs modes de vies en passant par des anecdotes imprévues qui ne cessent de surprendre le lecteur. Gilbert Sorrentino semble s’amuser, il lui arrive de changer radicalement de sujet ou encore de nous abreuver d’informations pour semer le doute sur l’exactitude de ses propos quelques lignes plus tard. Il joue avec différents styles d’écriture, nous rappelant parfois Queneau et ses Exercices de style. Il maîtrise l’ironie et nous en fait une magnifique démonstration. Il se moque avec brio de la paranoïa de la société envers les maladies, l’alcool et surtout la cigarette. Il caricature les phobies pour mettre en évidence le ridicule, l’absurde.

C’est tout simplement la vie dans le Brooklyn des années 1950 qu’il dépeint, ressuscitant d’une manière unique la ville de ses 20 ans, usant et abusant d’un humour qui lui est propre, pour le plus grand plaisir des amateurs d’ironie, de noirceur et de dérision.

Quelques extraits

« Mario chaussait tous les jours des caoutchoucs pour aller à l’école, car l’empeigne de ses chaussures était craquelée et déchirée, les semelles usées jusqu’à la corde. Naturellement, il aurait pu choisir de ne pas mettre de caoutchoucs car c’était, même pendant les années 1930, l’Amérique, et la liberté, plus grosse qu’une maison, était en phase définitivement ascendante.»  ‘Les potes de 6B4’ page 15.

« Je crains que les noms des deux filles mentionnés dans cette « réminiscence » présomptivement tendre mais cependant complètement vaine, voire inutile, n’aient été mélangés. Il s’agissait de Constance Ryan et d’Helen Mangini. La première était la bénéficiaire de ce qu’elle pense maintenant avoir été « les attentions sexuelles non désirées » qu’on lui avait manifestées dans le parc. Constance portait une jupe en lin à rayures blanc et bleu, et s’inquiétait des taches d’herbe qui auraient pu faire penser à son frère, Paulie, qu’il y avait eu badinage amoureux. Il a posé sa veste par terre quand elle a dit qu’elle ne voulait pas que Paulie soit au courant. Au courant de quoi ? a-t-il dit, une main sous la jupe étroite.

« Ils ne boivent pas beaucoup de Dant en Californie, pour autant que je puisse le savoir, vous ne pensez pas ? On n’en entend jamais parler.»

 « Eh bien, le whiskey et les cigarettes vous tuent en plus ou moins vingt minutes en Californie, un fait avéré. Les seules choses qui ne peuvent pas vous faire du mal sont le soleil implacable et les milliers de tonnes de gaz d’échappement empoisonné qui, quotidiennement ajoutent un peu d’épices au pollen et aux spores de l’air. De toute façon, « Sacré beau temps ! » est une expression à garder à toutes fins utiles au milieu des sourires amicaux et creux »
Commentaire page 200.

« Ses exploits relevaient d’une américanité éclatante car il était l’homme qui obtenait ce qu’il ne méritait pas. » Commentaire page 84.


Extrait d’un entretien de Bernard Hoepffner

« Peu d’écrivains ont autant mis l’accent sur le refus d’écrire des histoires réalistes, avec une intrigue “minutieusement composée, intéressante, pleine de suspense”, des personnages “plausibles, pleins de substance et de motivation”, un décor “qui vous rappelle quelque chose”, au contraire, il insiste sur le fait qu’il n’y a là que de l’encre sur du papier, que sa création est pure imagination; et pourtant le Brooklyn de ses livres, les personnages qui s’y trouvent sont d’une humanité étincelante — qu’il s’agisse de gens ordinaires, pauvres et sans espoir, ou du monde artificiel des arts (qu’il ne cesse de fustiger). Son oreille exceptionnelle lui permet de jouer de la langue anglaise comme d’un instrument, de la tordre, de la déformer, tout en restant constamment d’une grande lisibilité. Même lorsqu’il caricature un mauvais écrivain, son style est incomparable. Le tout est un mélange de noirceur extrême et d’humour, de dérision et d’humanisme dans lequel le lecteur pénètre pour ne plus en ressortir. » Bernard Hoepffner, traducteur des livres G. Sorrentino

Retrouvez la totalité de l’entretien avec Bernard Hoepffner à cette adresse : http://table-rase.blogspot.com/2007/04/dcouvrir-sorrentino-entretien-avec.html


Marion Philippeau
1ère année édition-librairie


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