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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 19:15









Bret Easton ELLIS

American Psycho
Robert Laffont Pavillons, 2000
10/18 domaine étranger, 2005


                                                   

 

 

 











Bret Easton Ellis est né en 1964 à Los Angeles. Le succès de son premier roman, Moins que zéro, le place à l’âge de 21 ans sur le devant la scène littéraire américaine. Il écrit ensuite Les Lois de l’attraction, Zombies, Glamorama et Lunar Park.

En 1991, la sortie d’American Psycho provoque un scandale. Beaucoup sont choqués par le sujet et la violence du roman et tentent d’interdire sa publication. L’auteur se voit même contraint de se rendre à certaines conférences de presse accompagné d’un garde du corps suite à des menaces de mort.

Aujourd’hui la polémique est éteinte et je la résumerai en citant Umberto Eco qui s’était fait l’un des premiers défenseurs du roman : On ne peut interdire un roman comme American Psycho dans nos pays alors que l’œuvre du Marquis de Sade est publiée dans la Pléiade. Chez Sade la violence est largement aussi explicite.

L’histoire

American psycho raconte l’histoire de Patrick Bateman qui est cadre exécutif à la Chemical Bank à Manhattan. Il est jeune, beau, riche et d’une ambition féroce. Il représente le type même du Golden Boy des années 80 qui évolue dans le milieu des finances à New York, fréquente les soirées mondaines, et a beaucoup d’amis et de maîtresses. Mais Patrick Bateman est aussi un assassin. Il agresse, tue, torture aussi bien des passants que des sans-abri et parfois même ses amis sans jamais éprouver le moindre remords. Alors que sa double existence passe inaperçue dans son entourage, ses crimes, qu’il décrit sur le même ton que ses autres activités de la journée, le plongent progressivement dans la folie.

Le style de Bret Easton Ellis et les personnages du roman

Dans ses deux premiers romans, Moins que zéro et Les Lois de l’attraction, Bret Easton Ellis décrivait les milieux et les gens qu’il fréquentait à l’époque : la jeunesse d’Hollywood et les universités américaines. Son écriture se caractérisait déjà par l’utilisation de la première personne et une approche sans jugement. Dans American Psycho il garde cette liberté de ton pour dresser le portrait effrayant d’un assassin dont personne ne remarque les agissements.

Les descriptions sont détaillées et nombreuses. Il aime citer les marques des vêtements avec lesquels ses personnages sont habillés ou celles des voitures qu’il utilise.

On retrouve souvent les mêmes situations : Patrick Bateman parle avec ses collègues de son travail, de leurs maîtresses, et des gens présents dans le bar où ils se trouvent. Puis ils décident dans quel restaurant réserver. Au cours de la soirée les personnages dont la plupart sont sous l’emprise de l’alcool et de la drogue se parlent mais ne s’écoutent pas. Ils se confondent les uns les autres et tiennent parfois des propos incohérents.

Bret Easton Ellis montre ainsi des personnages que leur superficialité rend incapables de se connaître véritablement. Ils sont prisonniers de cette vision du monde fondée sur les critères de la mode et sur lesquels ils fondent tous leurs jugements. C’est au milieu de cette indifférence que Bateman commet ses crimes qu’il décrit longuement. Plus il persiste dans sa folie meurtrière moins il prend de précautions pour se cacher et il va jusqu’à tuer un enfant dans une foule en pleine journée. Parfois il parle ouvertement à ses amis des crimes qu’il a commis ou de ceux qu’il aimerait commettre mais ils ne le croient pas et pensent qu’il plaisante.

Le seul personnage véritablement différent des autres est celui de la secrétaire de Patrick Bateman. Elle n’appartient pas au même milieu que lui et se comporte de manière spontanée et sans arrière-pensée. Ce que Bateman et les personnes de son entourage sont incapables de faire. C’est l’un des rares moments où il se trouve désemparé car il semble ne pas comprendre cette sincérité. Son instinct criminel reprend très vite le dessus comme pour occulter cette possibilité de penser et de vivre autrement.

Bateman, comme ses amis, agit toujours comme s’il était en représentation et ce jusque dans les moindres détails. On trouve de longs passages où il décrit sa façon de s’habiller, le mobilier de son appartement, ou les marques des objets qu’il utilise. L’obsession de cette représentation et de l’image qu’il renvoie contribue à lui ôter tout jugement naturel même lorsqu’il décrit ses meurtres. Ses pulsions meurtrières agissent sur lui comme une drogue ultime. Il les assouvit car elles représentent le dernier rempart que l’on pourrait croire infranchissable de la conscience et atteindra ainsi la cruauté la plus sauvage allant jusqu’au cannibalisme et à la nécrophilie.

Personnellement je ne peux pas dire avoir été enthousiasmé par la lecture du roman. Mais Bret Easton Ellis possède certainement un mérite : celui d’oser décrire ce que nous préférerions ne pas voir dans les comportements humains. Selon lui l’être humain cherche toujours de nouvelles voies, physiques et psychologiques, pour exercer sa violence dans un monde aseptisé par les jugements superficiels. Voilà le constat pessimiste que nous propose American Psycho.


 François Giraud, 1ère année Ed.-Lib.




Lire également les articles de Marie-Aurélie et de Julie sur Zombies.

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