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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 07:00





Michael CUNNINGHAM,
Le Livre des Jours

Titre original : Specimen days
Traduit de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 2006
Collection Littérature Etrangère
Pocket 2008

















Quelques mots sur l’auteur

Michael Cunningham est né en 1952, à Cincinnati dans l’Ohio, mais il grandit en Californie. Passionné par les lettres, il étudie la littérature anglaise à l’université de Stanford, et obtient un diplôme d’écriture à l’université d’Iowa. Il publie ses premières nouvelles dans des magazines tels que "The Atlantic Monthly", "The Paris Review", ou "The New Yorker". Celles-ci sont saluées par la critique, mais il n’obtint réellement le succès qu’avec son premier roman, La Maison du bout du monde, publié en 1990. Il signe ensuite De chair et de sangLes Heures, publié en 1999, pour lequel il recevra le prix Pulitzer et le Pen Faulkner. en 1995, avant son best-seller

On peut remarquer l’écriture cinématographique de Michael Cunningham ; d'ailleurs ses romans La Maison du bout du monde et Les Heures ont tous deux été adaptés au cinéma.

Aujourd’hui, Michael Cunningham enseigne au Fine Arts Work Center à Provincetown (Massachusetts) ainsi qu’au Brooklyn College. Il vit à New York, lieu de l’action du Livre des Jours. Celui-ci, publié en 2006, est son quatrième roman.



Quelques mots sur l’oeuvre

Ce roman a la particularité d’être divisé en trois histoires distinctes mais reliées par une série d’indices troublants. Ces histoires se déroulent toutes dans la célèbre ville de New York, mais à trois époques différentes.

"Dans la machine" voit ses héros évoluer au XIXème siècle, à l’apogée de la révolution industrielle. Lucas, 13 ans, est obligé de remplacer son frère Simon, mort suite à un accident du travail, à l’usine. Lucas a deux obsessions : Catherine, la fiancée de Simon, qu’il veut protéger d’un danger qu’il sent imminent, et le poète Walt Whitman, auteur de l’unique livre qu’il possède et qui l’inspire au point de le connaître par cœur et d’utiliser ses vers dans ses conversation quotidiennes.

"La Croisade des enfants" se déroule de nos jours, après l’attentat du 11 septembre 2001 qui frappa les gratte-ciel new-yorkais. Cat est psychologue dans la police, chargée de recevoir les appels de suicidaires et de terroristes. Un jour, elle n’arrive pas à convaincre un adolescent qui prétend vouloir faire sauter quelqu’un. Le lendemain, elle est informée par ses collègues qu’un enfant s’est fait exploser en enlaçant un homme. Il se produit le même événement le lendemain. Un troisième enfant, l’appelle, plus jeune, mais lui a la particularité de citer les vers de Walt Whitman. Elle se lie à lui, car il lui rappelle son fils décédé, Luke.

Enfin, "Une pareille beauté" se passe dans un futur lointain, imaginaire. Simon, un androïde, vit dans le Vieux New York, où son job n’est autre que de faire peur aux touristes, malgré le fait que dans ses circuits ont été intégrés une incapacité à utiliser la violence, et une étrange manie de citer les vers de Walt Whitman au lieu de parler normalement. Il doit quitter la ville pour rejoindre Denver avant le 21 juin, d’autant plus que le nouveau gouvernement cherche à détruire tous les androïdes. Il entraînera dans sa fuite Catareen, une garde d’enfants extraterrestre ressemblant à un lézard (une Nadienne), ainsi qu’un adolescent rencontré en chemin, Luke.

Le roman trouve son unité dans les points communs qui relient les histoires entre elles. Tout d’abord, les noms des personnages principaux, qui sont quasiment les mêmes dans chaque histoire (Catherine, Simon et Lucas), est un point commun frappant. Il existe d’autres indices difficilement interprétables, comme par exemple un bol blanc en porcelaine, un cheval, ou encore une boîte à musique.


Mais le lien le plus important est certainement la présence du poète new-yorkais  Walt Whitman dans les trois histoires. Ce livre est une invitation à découvrir son œuvre d’une vie, Feuilles d’herbe. Les personnages sont hantés par l’omniprésence du poète et de son œuvre :

« Elle se prépara un thé, prit son volume de Whitman sur l’étagère et se pelotonna sur le canapé à deux places.
Je chante ma gloire
Et ce que j’assume tu l’assumeras
Car chaque atome m’appartient autant qu’il t’appartient.
Whitman, Walt. A la vérité, il lui était sorti de l’esprit depuis qu’elle avait quitté l’université. Certes elle était une lectrice assidue, mais pas du genre à rentrer chez elle le soir et à lire de la poésie par plaisir. Elle connaissait son œuvre dans les grandes lignes : le poète visionnaire de l’Amérique du XIXème siècle, qui avait écrit cet unique et énorme livre durant toute son existence, s’acharnant à le corriger et à le compléter comme un autre passerait sa vie à redécorer et à agrandir sa maison. Une longue barbe blanche de Père Noël, un chapeau à large bord. Il aimait les garçons.[…] » "La Croisade des enfants", p.187-188.

Michael Cunningham utilise la poésie pour d’autres raisons. Dans son œuvre, il nous narre des facettes de l’histoire de la société américaine, notamment la révolution industrielle et la misère des ouvrier, la peur de la menace terroriste après le 11 septembre 2001, et le possible futur désastre écologique dû aux actions humaines.
Les hommes ont peur de l’avenir, ou bien ont perdu l’espoir d’un monde meilleur. Dans Le Livre des jours, c’est comme si la poésie de Walt Whitman était capable de redonner espoir aux hommes. Dans la première histoire, c’est même Walt Whitman lui-même qui redonne de l’espoir à Lucas :


« Il leva la tête, et aperçut le visage de Walt.
Il était là devant lui, avec la cascade blanchâtre de sa barbe, son chapeau à large bord et le mouchoir noué autour de son cou. Il ressemblait en tout point à son portrait. Il sourit à Lucas d’un air étonné, son visage semblable à du papier brun chiffonné et défroissé. Ses yeux brillaient comme des clous d’argent.
« Bonjour, dit-il. Perdu quelque chose ? »
Lucas cherchait de l’argent, et avait trouvé Walt. Une vaste promesse tremblait dans l’air. »
"Dans la machine", p.103.

La poésie serait également un moyen de rendre les gens meilleurs. En effet, dans "Une pareille beauté", Simon apprend par son créateur que la poésie a été le seul moyen de contenir son agressivité :


« Dans le troisième protocole, je vous ai insufflé la poésie.
- Pourquoi ?
- Pour vous réguler. Pour éliminer les extrêmes. J’aurais pu brider vos capacités d’agression. J’aurais pu vous programmer de façon à ce que vous soyez bons et serviables, mais je voulais vous donner aussi un certain sens moral. Pour vous aider à faire face à des événements que je ne pouvais prévoir. J’ai pensé que si vous étiez programmé avec les œuvres de poètes célèbres, vous seriez mieux à même d’évaluer les conséquences de vos actes. »
"Une pareille beauté", p.403.

La mort est également très présente dans le texte de Michael Cunningham, avec les morts de Simon dans "Dans la machine", de Luke, des enfants et de leurs victimes innocentes dans "La croisade des enfants", et la mort de Marcus et de Catareen dans "Une pareille beauté". La poésie peut alors être un moyen d’exorciser la douleur.

La poésie de Walt Whitman semble ici la seule évasion possible des personnages, elle les guide hors du monde sombre de leur époque. La poésie est alors salvatrice de tous ses maux.


Les quelques mots de la fin

Ce roman est magistral. L’idée de division du roman en trois temps en fonction de l’époque est très inventive, même si on peut faire un rapprochement avec le précédent roman de Cunningham, Les Heures, où l’histoire relie trois femmes à différentes périodes du XXème siècle autour de Virginia Wolf. Le changement de style, passant du roman historique à de la science-fiction, est de même original. Les personnages, complexes, sont brillamment décrits.

On peut penser que Walt Whitman n’est pas un simple élément du roman, et que Michael Cunningham a rédigé son roman en hommage au poète. En effet, il est intéressant de noter qu’en 1882, Whitman avait publié un recueil de textes en prose, intitulé Specimen days & Collects. De plus, il y a des similitudes indéniables entre les deux artistes, notamment leur passion pour la littérature et leur homosexualité.

Pour conclure, ce livre est agréable et facile à lire, mais peut être déroutant par les modifications de styles entre deux histoires, et par la violence humaine qui y est décrite.

Yolaine, 1ère année BIB .

Voir également les articles d'Elisa, de Chloé et d'Annie.

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