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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 07:29









ISHIDA Ira,
Ikebukuro West Gate Park

Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai
éditions Picquier Poche, 2008
.















Biographie de l’auteur

ISHIDA Ira est né le 28 mars 1960 à Kyôto au Japon.

Après des études d’économie à l’université Seikei, il travaille dans la publicité, avant de se consacrer à l’écriture.

En 1997, le premier volume d’Ikebukuro West Gate Park se voit décerner le prix Orû Yomimono, grand prix de littérature policière au Japon. L’œuvre a inspiré un manga qui s'est vendu dans le monde entier. Depuis, l’auteur a publié de nombreux romans dont les deux volumes suivants d’Ikebukuro West Gate Park et des mangas, et a obtenu de nombreux prix littéraires comme le prix Naoki en 2003 avec le livre 4-TEEN.

De toutes ses œuvres, seul le premier volume d’Ikebukuro West Gate Park a été traduit en français.


Résumé

Majima Makoto est un jeune Tokyoïte de 19 ans qui vit dans le quartier d’Ikebukuro. Après avoir passé un baccalauréat professionnel, il décide d’arrêter ses études et de travailler au magasin de fruits et légumes de sa mère. 

Si pendant la journée le quartier d’Ikebukuro est rempli de gens ordinaires, la nuit tombée, ce quartier de Tokyo se transforme et devient un lieu de débauche avec ses nombreux love-hôtels, salons de massages et ses prostituées, un bastion de gangs et de yakouzas (mafia japonaise), une plaque tournante de la drogue…Bref, un quartier dangereux où règnent la violence et le crime.

Makoto, comme tous les jeunes de ce quartier, retrouve sa bande au parc d’Ikebukuro tous les jours. Là, tous attendent que le temps passe. Jusqu’au jour où une fille de la bande de Makoto est victime d’un meurtre commis par un fou qui sévit à Ikebukuro. Makoto décide de mener l’enquête…


L’œuvre

Ce livre est découpé en quatre parties : Ikebukuro West Gate Park (70 pages), Excitable Boy (80 pages), Les amants de l’oasis (80 pages) et Guerre civile rue Sunshine (160 pages).

Ces quatre parties racontent quatre enquêtes menées par Makoto à Ikebukuro. Elles ne sont liées que par la chronologie - les histoires se déroulent sur une année et se suivent dans le temps -, et par l’espace, le quartier d’Ikebukuro.

Le personnage principal et narrateur, Makoto, ainsi que Masa et Shun, ses deux amis, sont présents dans les quatre parties. Les deux principaux personnages secondaires, que l’on retrouve aussi dans les différentes histoires, sont Andô Takashi, le chef des G-Boys, le gang d’Ikebukuro, et l’ami de Makoto , l’inspecteur de la brigade des mineurs, Yoshioka.


Bref résumé des quatres parties

Ikebukuro West Gate Park


Cette première histoire se découpe en deux parties distinctes ; la première étant la présentation du personnage principal, des personnages secondaires importants pour la suite du livre, du quartier d’Ikebukuro et de son parc. La seconde partie décrit la première enquête de Makoto.

Tout débute durant l’été 1999. Makoto, Masa et Shun font la rencontre de deux jeunes filles de bonnes familles, Rika et Hikaru, avec qui ils deviennent amis. Au même moment, un serial killer sévit à Ikebukuro : il se fait appeler « L’Etrangleur ». Un jour, Rika est retrouvée morte dans un love-hôtel, elle portait les traces de « L’Etrangleur ». Makoto, aidé des gangs d’Ikebukuro et de ses amis, mène m’enquête. Ce dont il ne se doutait pas, c’est que « le fou » était proche, très proche de lui…

Excitable boy

Débutant par l’évocation d’une légende urbaine, la voiture fantôme, ce chapitre nous entraîne dans l’univers des yakouzas. En effet, quand la fille d’un chef des yakouzas disparait à Ikebukuro, que sa meilleure amie a été retrouvée violée et les talons d’Achille sectionnés après être montée dans une mystérieuse voiture, qu’on ne peut faire appel ni à la police ni à un détective privé, on appelle un gamin du quartier qui s’est fait connaître en arrêtant « l’Etrangleur » : Makoto.

Les amants de l’oasis

Une prostituée fait appel à Makoto pour cacher son amant, un immigré iranien, et découvrir qui se cache derrière la vente de « speed » qui contamine tout le quartier d’Ikebukuro.

Guerre civile rue Sunshine

Dans le quartier d’Ikebukuro, un nouveau gang, les Red Angels avec à sa tête Ozaki Kyôichi, tente de prendre le pouvoir à Takashi et aux G-Boys. La couleur des G-boys, le bleu, et la couleur des Red Angels, le rouge, sont des couleurs que l’on doit éviter de porter si l’on veut rester en vie dans le quartier d’Ikebukuro car la guerre des gangs a éclaté. Une journaliste, voulant tourner un film documentaire sur le sujet, fait appel à Makoto pour la guider dans le quartier et l’aider à entrer en contact avec les deux gangs. Makoto accepte car il veut régler ce conflit qui trouble la tranquillité de son quartier.

Analyse critique

La jeunesse japonaise d’aujourd’hui


Bien que l’espace se réduise à un quartier de Tokyo, avec ces quatre histoires, Ishida Ira nous transporte dans l’univers de la jeunesse japonaise d’aujourd’hui.

Makoto est l’archétype du jeune japonais vivant dans la désillusion et le rejet de la société japonaise traditionnelle. Plutôt que de continuer ses études et se trouver un bon travail, il a choisi de tout arrêter et d’aider sa mère au magasin, ne voulant surtout pas faire comme les « salarymen » japonais, c'est-à-dire passer toute sa vie à travailler au même poste d’une entreprise à un rythme effréné pour rester productif, sans prendre le temps de vivre vraiment. Ses deux amis, Masa et Shun sont à la faculté mais ils passent plus de temps au parc avec Makoto que dans les amphithéâtres de l’université.

Cependant, Makoto a son intelligence pour lui et est indépendant : il ne fait partie
ni de la mafia japonaise ni des gangs de rue. Beaucoup de jeunes Japonais, ayant abandonné leurs études, se retrouvent embrigadés par les yakouzas ou font partie d’un gang afin d’être protégés et de gagner leur vie. Même s’il n’a pas de réel but dans la vie, Makoto s’efforce toujours de ramener la paix dans son quartier, qui malgré tout, lui est cher.

La nouvelle génération japonaise vit à l’heure occidentale et subit une certaine américanisation ; elle s'adonneà la consommation de masse et souhaite échapper aux anciennes règles de la société. Dans le livre, les jeunes filles, qu’elles soient issues de familles riches ou pas, s’habillent très court et très moulant, oubliant les kimonos des fameuses geishas, portent de grandes marques de mode, sont maquillées à outrance et toutes sont décolorées… Les garçons eux, sont adeptes des salons d’UV, des piercings et des grandes marques de mode, ils ne boivent pas que du saké et pensent plus aux filles qu’à leurs études ou leur avenir.

Si, dans chaque histoire, l’auteur nous amène à réfléchir sur un point précis, il y a un sujet, toujours le même, qu’il aborde dans au moins deux parties et qu’il souhaite vraiment dénoncer, c’est la prostitution des jeunes filles japonaises. Ce phénomène est très répandu dans le Japon, surtout dans les grandes villes, et touche toutes les couches de la société. La particularité étant la prostitution des jeunes et riches Japonaises et les raisons qui les poussent à vendre leur corps. En effet, si elles se prostituent, et ce dès le collège, ce n’est pas pour survivre, ni pour se payer de la drogue, ni pour payer leurs études, ni pour nourrir leur famille mais pour avoir plus d’argent de poche afin de pouvoir se payer plus de vêtements de marque, de chaussures, de parfums, de bijoux afin de ressembler aux femmes des magazines de mode ou aux actrices de cinéma américain.

Ainsi, la jeune génération japonaise se transforme dans le but de se libérer des traditions qui les étouffent. Avec ce roman, Ishida Ira dénonce la débâcle de cette génération qui, pour vivre, n’hésite pas à se mettre en péril. Cependant, n’est-ce pas là le comportement que toutes les jeunes générations des pays développés adoptent ? Finalement, est-ce que ce n’est pas notre société qui fabrique des jeunes névrosés et désenchantés ? A méditer…     

La symbolique du parc d’Ikebukuro


Le parc d’Ikebukuro est l’espace central du livre. Il est d’abord le repère des jeunes d’Ikebukuro, leur QG pour se retrouver en bande. Il y a le groupe des danseurs, celui des chanteurs, celui des « boarders et des riders en BMX », le gang des G-Boys et la bande de Makoto. Chaque groupe a son territoire délimité par une frontière invisible mais connue de tous. Comme le dit souvent Makoto : « Il ne s’y passe rien » la journée mais pourtant les bandes continuent à s’y retrouver et attendent qu’il se passe quelque chose. Le soir, ce lieu devient un grand espace de drague. Le parc est l’espace des jeunes « paumés », un lieu où ils se retrouvent entre amis pour passer le temps parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. C’est un endroit qui leur permet de se sentir en dehors du quartier et du temps, puisqu’ils rejettent tous leur société et ce qu’elle veut faire d’eux. Nous remarquons aussi que c’est le lieu où seule la justice de la rue et des bandes règne car aucun policier ne s’y rend. C’est vraiment un endroit qui appartient pleinement aux jeunes du quartier, où seules leurs règles sont respectées, où ils sont libres de faire ce que bon leur semble sans constants rappels des traditions et des règles de la société.

Le parc d’Ikebkuro est situé à côté de la gare et bordé de love-hôtels, de bars, de karaokés et de salons de massages. Tous les éléments sont réunis pour faire de ce parc l’unique îlot paisible au milieu de l'océan de débauche et de dangers qu’est le quartier.

Cet endroit est en général le lieu où débute l’action d’une histoire, un lieu de réunion durant l’histoire ou l’endroit où se termine l’histoire, et bien que Makoto n’y passe pas tout son temps durant les différentes enquêtes, il en est toujours question puisqu’il le longe, l’emprunte comme raccourci ou tout simplement y fait référence en y pensant.

Nous voyons aussi que dans le parc d’Ikebukuro, Makoto est à l’abri de la violence de son quartier. Lorsqu’il en sort c’est pour résoudre une enquête et être ainsi « balancé » dans la vraie et dure réalité d’Ikebukuro.
   
Ainsi le parc d’Ikebukuro est un véritable monde à part dans le quartier. Tour à tour lieu de rencontre, lieu de vie, lieu de passe-temps, lieu de réunion, il appartient entièrement aux jeunes du quartier qui en font un lieu de lutte avec la société et aussi un oasis de liberté pour eux. Point de départ ou point final des histoires, il a grande importance symbolique dans le roman d’Ishida Ira, il ressemble à ce que les jeunes voudraient que soit la société : un lieu où leur vie soit respectée et libre.  

Parallèle avec l’adaptation en manga

Ikebukuro West Gate Park (IWGP), tome 1, histoire de Ishida Ira, dessins de Aritou Sena, publié au Japon en 2001 par Akita Shoten publishing et en France en septembre 2004 aux éditions Asuka, traduit par Clélia Delaplace.

Dans le manga, Ishida Ira a pris quelques libertés quant à la chronologie et à quelques détails de l’histoire. Ainsi, le manga débute le soir du 31 décembre 2000. Là, Makoto sauve une jeune fille, Hikaru, de jeunes malfrats, et fait la connaissance de l’amie d’Hikaru, Rika, avec qui il débute une relation. Quelque temps plus tard, Rika est assassinée et s’ensuit alors la même action que dans le livre, avec quelques détails en plus (comme un couple de jeunes se caressant sur un banc, la vue de la petite culotte d’Hikaru, …) bien que la plupart du temps, beaucoup de détails n’apparaissent pas pour une question de place et de genre. Le manga se termine juste avant que nous soit révélé la solution exacte de l’enquête… 

L’univers du manga, avec violence, sexe et dessins en noir et blanc, donne aux personnages une autre dimension, une profondeur qui n’existe pas dans le livre ; ils sont moins lisses, plus « humains » dans leur désir, leurs émotions et leur caractère.

L’humour est aussi très présent, et ne s’arrête pas à la fausse modestie de Makoto. Il est présent dans les dialogues mais aussi, et dans la pure tradition des mangas, dans les illustrations. Cependant, avec ce manga on s’intéresse moins au fond qu’à la forme. Si l’on passe un agréable moment en le lisant on oublie un peu ce que dénonce l’auteur dans le livre.

Je le recommande tout de même aux fans invétérés de mangas car bien qu’il ne soit pas récent, l’enquête policière surprenante et les personnages aux caractères et aux désirs réalistes changent du manga traditionnel de samouraï ou de magie.

Conclusion

   
A travers les yeux du jeune Makoto et dans un style simple et épuré, Ishida Ira dénonce des problèmes de société aussi graves que la prostitution des jeunes, la drogue, la violence des gangs et de la mafia… Il nous dresse le portrait d’une jeunesse à la dérive, qui se perd dans une société qui les étouffe et à laquelle ils ne veulent pas appartenir.

Ishida Ira met en avant les principes de solidarité et d’amitié qui permettent de régler des situations difficiles ; un pied de nez au monde individualiste dans lequel nous vivons aujourd’hui. Bien que l’on soit un peu déçu par la pauvreté des dialogues et par l’humour « gamin » de Makoto, Ikebukuro West Gate Park reste un bon roman policier qui nous fait passer un agréable moment et nous fait réfléchir sur la société.

Julie, Bib. 1A

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