Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 08:08









George Orwell
La Ferme des animaux
, 1945
titre original : Animal Farm
Gallimard, 1964



















George Orwell

George Orwell est né en 1903 à Motihari en Inde ( à l’époque colonie britannique). De son vrai nom Eric Arthur Blair, il est le fils d’un modeste fonctionnaire anglais. Boursier, il étudie à Eton, une des plus prestigieuses écoles britanniques où il découvre les difficultés liées à la pauvreté, ainsi que les idées socialistes. Après ses études, il s’engage dans la police impériale des Indes, en Birmanie. Il démissionne en 1927 et écrit Tragédie birmane (1934) qui condamne l’impérialisme colonial. Suivront des années de galères, à Paris puis à Londres où il enchaîne les petits boulots pour vivre. Il en tirera Dans la dèche à Paris et à Londres en 1933 et Et vive l’Aspiditra en 1936. Cette même année, il s’engage dans la guerre d’Espagne aux côtés des républicains. Par la suite, il écrit Hommage à la Catalogne (1938), dénonçant les manœuvres de récupération de la cause républicaine par l’appareil communiste. Dans La Route du quai de Wigan (1937), tiré d’un de ses reportages, il décrit les conditions de vie déplorables des mineurs du nord de l’Angleterre. En 1939, avec Un peu d’air, s’il vous plaît, il s’en prend au régime hitlérien. La Ferme des animaux, paru en 1945, traite, de façon imagée, du remplacement d’une dictature par une autre. 1984 (1948) rend compte de l’oppression mise en place par un régime totalitaire qui annihile non seulement la liberté mais la pensée et l’espoir de vivre autrement. Ces deux derniers ouvrages peuvent être vus comme une allégorie de l’U.R.S.S. de Staline. Ecrivain et journaliste (il a travaillé à la BBC, dirigé The Tribune et été envoyé spécial en France et en Allemagne pour The Observer) engagé dans sa vie comme dans ses œuvres sans pour autant perdre son esprit critique, il meurt en 1950 à Londres des suites d’une tuberculose.



La Ferme des animaux

L’action se déroule quelque part en Angleterre, dans la première moitié du XXème siècle, à la Ferme du Manoir, tenue par Mr Jones. Le cochon Sage l’Ancien réunit les animaux de la ferme pour leur exposer son rêve : un monde débarrassé de l’homme où tous seraient heureux et libres. Il appelle donc les animaux à se préparer à renverser l’humanité, à faire la révolution. Il leur chante Bêtes d’Angleterre, un hymne à ce soulèvement.

Trois jours plus tard, Sage l’Ancien meurt mais tous travaillent à réaliser son rêve et trois cochons prennent la tête du mouvement : Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil. Ils élaborent un concept philosophique : l’Animalisme qu’ils enseignent aux autres, avec parfois des difficultés. Le 21 juin, Mr Jones rentre saoul et oublie de nourrir les bêtes. Excédées, celles-ci se soulèvent et chassent les humains de la ferme. Les cochons ayant appris à lire et à écrire dans de vieux abécédaires, ils renomment la ferme Ferme des animaux et inscrivent sur le mur de la grange les sept commandements de l’Animalisme :

    1- Tout deuxpattes est un ennemi.
    2- Tout quattrepattes ou volatile, un ami.
    3- Nul animal ne portera de vêtements.
    4- Nul animal ne dormira dans un lit.
    5- Nul animal ne boira d’alcool.
    6- Nul animal ne tuera un autre animal.
    7- Tous les animaux sont égaux.

Il est décrété que tous les dimanches, les animaux défileront devant le drapeau (un drap vert peint des  deux symboles de la corne et du sabot), et devant le crâne de feu Sage l’Ancien.

Le travail reprend ; les animaux, travaillant pour eux-mêmes, mettent de l’enthousiasme à finir les moissons. Les cochons dirigent les opérations. Malabar, le cheval de trait, met encore plus de cœur à l’ouvrage que les autres, sa devise étant « Je vais travailler plus dur ». Mais très vite, des dissensions apparaissent entre Napoléon et Boule de Neige, qui ne sont jamais d’accord. Boule de Neige décide d’organiser des cours du soir pour apprendre à lire à tous les animaux. Si certains s’en sortent bien, d’autres ne dépassent pas la lettre A. Afin de simplifier les sept commandements, il crée une maxime plus aisée à retenir : « Quatrepattes, oui ! Deuxpattes, non ! ». Napoléon, qui s’oppose à ces cours du soir, préfère s’occuper de l’éducation des jeunes, notamment des chiots, qu’il enlève et cache jusqu’à ce que les autres animaux oublient leur existence.

Mr Jones, avec l’aide de ses voisins des fermes de Foxwood et Pinchfield, décide de reprendre la ferme par la force. Les animaux se défendent et remportent ce qu’ils appellent la bataille de l’Etable. Ils décorent leurs deux héros, Boule de Neige et Malabar pour leur courage.

L’hiver arrivant, Boule de Neige propose la création d’un moulin à vent pour alimenter la ferme en électricité. Napoléon, s’opposant à ce projet, jette sur Boule de Neige les chiots q
u’il a élevés, devenus des molosses, et chasse son adversaire. Devenu le chef, il décrète que toutes les décisions seront prises par un comité de cochons. Malabar rajoute à son « Je vais travailler plus dur » une autre maxime : « Napoléon ne se trompe jamais ». Napoléon décide que finalement ils construiront le moulin.

Devant les difficultés matérielles, Napoléon décide d’entretenir des relations commerciales avec les humains ; il engage donc Mr Whymper comme intermédiaire. Les cochons s’installent dans la maison d’habitation, mangent dans des plats et dorment dans des lits. Croyant que cela était proscrit par un des commandements, Douce, la jument et Edmée, la chèvre, vont vérifier sur le mur de la grange. Le quatrième commandement dit bien : « Aucun animal ne dormira dans un lit avec des draps »

Un matin, les animaux découvrent le moulin détruit. Napoléon accuse le traître Boule de Neige et décide de reprendre la construction. Les rations sont réduites. Tous les problèmes de la ferme sont la faute de Boule de Neige, un agent des humains depuis le début. Ce dernier a des alliés dans la ferme, que Napoléon fait exécuter par ses chiens et interdit Bêtes d’Angleterre. Croyant se souvenir qu’aucun animal ne devait tuer un autre animal, Douce et Edmée retournent devant la grange lire le sixième commandement :  « Nul animal ne tuera un autre animal sans raison valable ».

Au fil du temps, Napoléon se montre de moins en moins en public, envoyant Brille-Babil annoncer ses décisions. Il est surnommée « Notre chef, le camarade Napoléon », « Père de tous les animaux », « Terreur du genre humain »… Une ode lui est même écrite, et inscrite sur le mur de la grange.

La répression se fait de plus en plus dure à l'égard des soi-disant complices de Boule de Neige ; Napoléon renforce sa garde personnelle et engage un goûteur personnel. Brille-Babil convainc les autres animaux que Boule de Neige n’a jamais été décoré pour son courage à la bataille de l’Etable, mais moqué pour sa couardise. Il est sans cesse accusé de vivre soit à Foxwood, soit à Pinchfield, selon les relations commerciales que Napoléon entretient avec ses voisins.

Le propriétaire de Pinchfield lance une attaque contre la ferme, voulant détruire le moulin, ce qu’il réussit grâce à des explosifs. La bataille est âpre mais les animaux, malgré la destruction du moulin, remportent la bataille qu’ils nomment « bataille du Moulin à Vent ». Napoléon est décoré pour sa bravoure.

Plus tard, les cochons trouvent par hasard une caisse de whisky, et décident de garder un champ pour la culture de l’orge et la distillation de bière. Le cinquième commandement devient donc « Aucun animal ne boira d’alcool à l’excès ».

La construction du moulin reprend et les rations sont encore réduites, sauf pour les cochons, qui affichent un certain embonpoint. La ferme devient une république, et Napoléon, seul candidat, est nommé président. En charriant des pierres, Malabar tombe et se blesse. Les cochons décident de l’emmener à chez le vétérinaire où il meurt. Mais des animaux affirment avoir lu sur la voiture le mot équarrisseur.

Les années passent et bientôt plus personne ne se souvient réellement du soulèvement ou de Mr Jones, ni si les conditions étaient pires ou non. Un jour, les cochons se mettent à marcher sur leurs pattes de derrière et le slogan « Quatrepattes, oui ! Deuxpattes, non ! » devient « Quattrepattes, bon ! Deuxpattes, mieux ! ». Douce va donc avec l’âne Benjamin voir le mur de la grange sur lequel il n’y a plus qu’un seul commandement : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».

Les cochons dirigent à présent les travaux de la ferme, un fouet à la patte avant, arborant des vêtements. Un soir, les animaux entendent des bruits provenant de la maison. Regardant par la fenêtre, ils découvrent les cochons et les fermiers des environ autour de la même table, portant un toast à la réussite de la ferme, la seule faisant travailler les bêtes plus dur pour moins de nourriture.  Napoléon déclare à ses amis fermiers qu’il renomme cette ferme Ferme du Manoir et abolit toutes ces étranges coutumes, comme s’appeler camarades ou défiler devant le crâne d’un vieux verrat. Puis ils jouent ensemble aux cartes. Ebahis, les animaux groupés devant la fenêtre, se retrouvent incapables de distinguer l’homme du cochon et le cochon de l’homme.

Analyse de l’œuvre

Les parallèles existants entre l’œuvre et l’U.R.S.S. stalinienne sont clairs. Chaque personnage peut donc représenter un élément de cette société.

Sage l’Ancien représente le précurseur des idéaux animalistes et des idées révolutionnaire. Il peut être assimilé soit à Karl Marx, soit à Lénine. Son crâne est vénéré dans les premiers temps, comme le mausolée de Lénine.

Napoléon est clairement identifié à Staline, devenant après l’éviction des ses adversaires, le seul maître de la ferme.

Boule de Neige peut être associé à Trotsky. Après avoir été chassé, il devient le bouc émissaire de tous les maux de la ferme puis tombe dans l’oubli.

Brille-Babil est un habile orateur qui fait prendre aux animaux des vessies pour des lanternes. Il représente la propagande faites par les dirigeants de l’U.R.S.S. par l’intermédiaire du journal La Pravda.

Malabar est le travailleur la plus acharné de la ferme, avec sa devise « Je vais travailler plus dur ». il représente le stakhanovisme.

Mr Jones peut être associé au tsar Nicolas II.

Les chiens qui composent la garde personnelle de Napoléon peuvent être associée à la police politique du régime (le N.K.V.D.).

Les moutons, suivant toujours les cochons car incapables de penser par eux-même sont associés aux masses endoctrinées par le régime.

Seul l’âne, Benjamin, cynique depuis le début quant à cette révolution, pourrait représenter l’auteur lui-même, plus que sceptique à l'égard du régime communiste, notamment depuis son expérience durant la guerre d’Espagne.

L’évolution du régime de la ferme, est similaire à celle de l’U.R.S.S.. L’influence de Napoléon se fait de plus en plus grande, jusqu’à ce qu’il devienne le seul maître à bord. Les principes de l’animalisme sont bafoués les uns après les autres, pendant que Brille-Babil convainc les animaux que ce sont eux qui font erreur et que leur mémoire leur fait défaut. Dans le même temps, il justifie les privilèges accordés aux cochons en prétextant que leur travail d’administrateurs de la ferme leur prend beaucoup d’énergie, et quand il sent que les animaux doutent, il menace du retour de Jones si tout ne se déroule pas selon les désirs de Napoléon.

A la base, les animaux, y compris les cochons, sont censés ne pas agir comme ces humains et rompre tout contact avec eux, comme les communistes voulaient rompre avec les idées capitalistes et asseoir la dictature du prolétariat. Cependant, les cochons, réputés être plus intelligents, abusent du pouvoir que les autres animaux acceptent de leur conférer. Ils s’approprient des rations alimentaires plus élevées, un temps de travail moins important, puis finissent par devenir semblables aux humains. Ils n’obéissent plus aux principes qu’ils ont eux-mêmes élaborés, devenant comme ceux contre qui ils se soulevaient.

Extraits

Page 16 : extrait du discours de Sage l’ancien.

« J’ai peu à ajouter. Je m’en tiendrai à redire que vous avez à montrer en toute circonstances votre hostilité envers l’Homme et ses façons de faire. L’ennemi est tout deuxpattes, l’ami tout quatrepattes ou tout volatile. Ne perdez pas de vue non plus que la lutte elle-même ne doit pas nous changer à la ressemblance de l’ennemi. Même après l’avoir vaincu, gardons-nous de ces vices. Jamais animal n’habitera une maison, ne dormira dans un lit, ne portera de vêtements, ne touchera à l’alcool ou au tabac, ni à l’argent, ni ne fera négoce. Toutes les mœurs de l’Homme sont de mauvaises mœurs. Mais surtout, jamais un animal n’en tyrannisera un autre. Quand tous sont frères, peu importe le fort ou le faible, l’esprit profond ou simplet. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux. »

Page 151 : fin du roman.

« Douze voix coléreuses criaient et elles étaient toutes les mêmes. Il n’y avait maintenant à se faire de questions sur les traits altérés des cochons. Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà, il était impossible de distinguer l’un de l’autre. »

Avis personnel

La Ferme des animaux, bien que court, est très dense mais malgré cela, reste toujours facile à lire. Exploiter par le biais d’une fable animalière, un sujet aussi grave que la dictature stalinienne, et que cela passe d’une façon naturelle, ne paraît pas évident au premier abord ; malgré tout la magie opère, et on entre très facilement dans ce roman.

A lire en complément
 

- 1984 du même auteur.
- Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley
- Nous autres d’Eugène Zamiatine


Anne-Claire Martin Torchin, 2ème année bib-med.

Par Anne-Claire - Publié dans : dystopies
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