Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 08:31










Marina Lewycka,
A Short History of Tractors in Ukrainian

Penguin Books, 2006
Une brève histoire du tracteur en Ukraine
Éditions des Deux Terres, 2008
(trad. Française : Sabine Laporte)


 













 
Le premier roman de Marina Lewycka, Anglaise sexagénaire d’origine ukrainienne, a connu un grand succès commercial en Grande-Bretagne et a été acclamé par des journaux et revues anglaises comme le Daily Telegraph, le Daily Express, The Times, Literary Review,… ainsi que par des journaux américains.

Ce livre est lauréat du SAGA  Award for Wit et du Bolinger Everyman Prize for Comic Fiction ; il a été traduit dans plus de trente langues.



Bien que beaucoup moins remarqué en France, A Short History of Tractors in Ukrainian, littéralement traduit par Une brève histoire du tracteur en Ukraine, est une comédie acide et loufoque en bien des chapitres, mais aussi émouvante, à l’humour typiquement anglais (cela se ressent peut-être différemment dans la version française) et qui aborde la question de l’immigration, des relations avec les personnes âgées et de la manière dont ces personnes cohabitent avec les générations suivantes.

Marina Lewycka met en scène deux sœurs, Nadia et Vera (l’auteure leur attribue les mêmes origines ukrainiennes qu’elle) qui assistent, d’abord impuissantes, à l’arrivée tapageuse d’une Ukrainienne d’une quarantaine d’années plantureuse et fort blonde, ainsi que son fils, chez leur père veuf depuis peu, la quatre-vingtaine passée et deux fois plus âgé que sa future épouse dont il est fou amoureux.


« "You like vodka ?"
"I’ve made a pot of tea", I say.
My father’s eyes are fixed on her as she moves about the room.
»
(p.77)

L’invasion de Valentina est celle d’une femme qui réclame le luxe à l’occidentale et se moque de son vieillard de compagnon tout en espérant bien obtenir la nationalité anglaise, mais c’est aussi une réflexion sur ce que serait pour Nadia et Vera, qui sont fâchées pour des questions d’héritage et de tendance politique, un « véritable » immigrant, et les raisons « valables » pour immigrer.

« We snarl at each other like mongrels.
"Valentina, why are you driving around in two cars, when my father doesn’t have enough money to pay for the repairs on one car? Why are you talking on the telephone to Ukraina while he’s asking me for money to pay the bills? You tell me !"
"He give you money. Now you give him money," the big red mouth taunts.
»
(p.99)

Le roman prend toute son ampleur lorsque ces dernières conjuguent leurs efforts pour faire capoter le projet de remariage de leur père, désormais faible de cœur et d’esprit mais têtu et excentrique… et déterminé à terminer avant sa mort son œuvre qu’il a déjà intitulée A Short History of Tractors in Ukrainian.

La narration à la première personne par le personnage de Nadia nous montre que celle-ci n’a de cesse de chercher à protéger et comprendre son père Nikolaï, ex-ingénieur ès tracteurs, qui immigra en Grande-Bretagne pour échapper à la famine en Ukraine sous Staline. En se penchant sur le douloureux passé de ses parents, elle comprendra en quoi son enfance protégée durant la Paix la rend si différente de sa sœur aînée Vera, qui a connu la guerre.

Ce roman montre par moments des personnages absurdes et cruels, caricaturaux, mais parfois profonds et émouvants, à l’image du père qui subit plus qu’il n’agit alors qu’il avait un certain pouvoir sur son ancienne épouse Ludmilla. Entre humour et gravité, A Short History of Tractors in Ukrainian donne à réfléchir sur les rapports entre immigrants de l’ancienne et de la nouvelle génération, et Marina Lewycka exprime à travers tous ses personnages, mais selon des visions différentes, la souffrance du déracinement et l’immersion dans la société de consommation.


Eva, 2ème année Bib.-Méd.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives