Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 08:11











MURAKAMI Haruki,
Le passage de la nuit

Traduit du japonais
par Théodore Morita et Hélène Morita
10/18, 2008
















 



MURAKAMI Haruki est né à Kyoto en 1949. Passionné de littérature occidentale – il fait de très nombreuses références à notre culture dans Le passage de la nuit –  il est notamment le traducteur de Francis Scott Fitzgerald, John Irving et Raymond Carver au Japon. Il est une des figures du réalisme magique.

Le passage de la nuit

Ce court roman relate l’histoire de deux sœurs, Eri et Mari Asaï, le temps d’une seule nuit à Tokyo. Mari est dans un restaurant ; elle lit lorsqu’un jeune homme, Takahashi, la reconnaît et vient s’asseoir à sa table. On apprend qu’il était dans le même lycée que sa sœur Eri.  Puis Takahashi part répéter avec son groupe de musique. Un moment après, Kaoru, la gérante d’un love-hôtel, demande l’aide de Mari sur les conseils de Takahashi : elle a besoin d’une traductrice car une prostituée chinoise s’est fait tabassée par un client. Mari va donc aider la jeune fille, tandis que Kaoru cherchera à se venger de ce client violent. En parallèle, Murakami nous raconte la nuit d’Eri, qui dort profondément dans son lit, chez elle, et ce depuis deux mois. Mais la télévision dans sa chambre, pourtant débranchée, tente d’afficher une image, celle d’une pièce vide à l’exception d’un homme assis sur une chaise. Plus tard, Eri va se retrouver dans cette même pièce alors qu’elle dort toujours dans son lit, et l’homme va disparaître…

Les deux sœurs sont au centre de l’histoire et autour d’elles vont graviter d’autres personnages : Takahashi, Kaoru, deux employées du love-hôtel, le client violent Shirakawa… Les destins vont se croiser, quelquefois de manière insolite : par exemple, Eri trouve un crayon de l’entreprise de Shirakawa lorsqu’elle se réveille de l’autre côté de l’écran. On est toujours à la limite du fantastique, du magique : Eri passe à travers l’écran de la télévision, les miroirs gardent l’image de celui qui vient de se regarder dedans…


Les deux personnages principaux : Mari et Eri

J’ai trouvé très intéressants les liens fraternels développés dans le roman. Par la conversation que Mari entretient  avec Takahashi, on apprend qu’elle et sa soeur ont des relations plutôt difficiles car elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Eri paraît superficielle, elle est admirée pour sa beauté et pose pour des magazines. Au contraire, Mari est dans l’ombre de sa sœur, elle fait beaucoup moins attention à son apparence et est plus pragmatique. Au fil du temps s’est installée une distance entre elles ; elles n’arrivent plus à communiquer, d’autant plus qu’Eri dort depuis deux mois. Ainsi, au cours de cette nuit, Mari a fui la maison familiale pour s’éloigner de cette situation et semble donc n’avoir d’autre occupation que de faire passer ces heures sombres. Elle cherche à s’échapper de ce silence oppressant qui s’est établi entre elles. J’ai beaucoup apprécié la façon dont Murakami a mis en scène cette relation car les deux sœurs ne vont jamais se parler ; ce sont les autres personnages qui apporteront leur lumière sur cette relation.

Le style

L’écriture de Murakami est très cinématographique : signalons qu’il souhaitait au départ devenir scénariste. La présence du narrateur est évoquée par le pronom personnel « nous », qui semble englober le narrateur et le lecteur et qui est souvent confondu avec une caméra ou un regard faisant des mises au point. Mais le narrateur ne semble pas diriger l’histoire, même s’il nous emmène pour nous montrer ce que l’on doit voir ; il est au contraire passif, tout comme le lecteur.

 « Nous nous confondons avec un œil qui regarde, ou mieux, peut-être, avec un regard caché qui vole l’image de cette femme. Devenu caméra suspendue en l’air, notre regard est apte à se déplacer librement dans la chambre. Pour le moment, la caméra se juste trouve au-dessus du lit et cadre le visage endormi de la femme. »

Le style de Murakami est haché, il utilise des phrases courtes, simples, parfois même nominales : il pose un décor grâce à des descriptions très précises. Il nous donne beaucoup de choses à voir et accorde une place importante à la lumière et au son, comme s’il voulait retranscrire ce que l’on sentirait s’il s’agissait d’un film. Quand il décrit, il n’utilise pas les schémas traditionnels, il ne dit pas « il y a » mais énonce tout de suite l’objet, sans l’introduire.

« Contre le mur, un lit à une place en bois, sur lequel dort Eri Assaï. Une couette blanche unie. Sur le mur opposé, une étagère, avec, dessus, une microchaîne hifi et quelques boîtiers à CD empilés. A côté, un téléphone et une télé à 18 pouces. Une coiffeuse avec un miroir ; sur la table de toilette, un baume pour les lèvres et une petite brosse ronde, et c’est tout. »

On a l’impression que les images nous sont directement données, que l’on n’a pas l’effort d’un regard qui parcourt une pièce : cela vient renforcer l’idée du « nous » transformé en caméra et prépare l’apparition du fantastique qui peut surgit d’un miroir.

Représentation de l’espace urbain

L’importance accordée à la lumière et au son donne l’image d’une ville qui ne se repose jamais, même la nuit. Les personnages semblent évoluer dans une agitation permanente, agressés par des néons fluorescents, les chansons qui passent dans les bars et la présence continuelle d’autres personnes. Pourtant, Murakami aborde un de ses thèmes favoris, la solitude des personnages, qui n’est pas une solitude physique mais une solitude morale et même affective.

L’écriture de Murakami reflète peut-être sa vision de l’univers urbain, le point de vue de la caméra donnant l’impression d’un écran, sorte de barrière froide, à l’image des relations qu’entretiennent les hommes entre eux dans une ville.

Anaïs, 1ère année Ed.-Lib.

Autres articles sur Haruki Murakami





Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d'Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.





Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives