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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 08:05








Marcel MÖRING

La Chambre d’amis
Modelvliegen

Traduit du néerlandais par Emmy Bos
Le Rocher, collection Motifs, 2008














L'auteur



Marcel Möring est un auteur contemporain né au Pays-Bas en 1957. Ses deux autres romans traduits en français sont :

La Fabuleuse histoire des Hollander, Flammarion, 2001
Le Grand Désir, Flammarion, 1997




L’œuvre


Ce petit roman de cent vingt pages raconte comment une famille se retrouve à assembler des modèles réduits d’avions pour subsister. Cet épisode singulier des parents et de leur fils David est le point de départ d’une série de révélations aussi bien sur le passé que sur l’avenir. Sans trop en dire, le père ne peut plus exercer son métier de pilote d’avion d’épandage agricole, après s’être crashé avec l’appareil. La mère infirmière vient de perdre son poste. David, 10 ans, va alors vivre cette période de sa vie comme l’une des plus heureuses et des plus paisibles.

Mais les souvenirs se bousculent - la rencontre des parents, l’exil du père pendant la guerre - pour mieux dérouler le fil conducteur qu’est le présent. En effet, les retours dans le passé, tout au long de l’histoire, forment comme des voiles qui doucement glisseraient pour laisser transparaître la vérité. L’auteur emporte ainsi le lecteur, sans qu’il s’en rende compte, vers la suite du récit beaucoup plus grave. David grandit. Le temps des avions miniatures n’était qu’un fragment de sa vie. Au fil des pages la situation bascule. Les relations entre les protagonistes se précisent. L’entente entre les parents s’étiole. Plus âgé, David ne vit plus dans l’insouciance. La mélancolie se pose alors comme un décor de plus en plus envahissant.


Une écriture pudique, mesurée

Marcel Möring écrit dans un style tout en retenue, sans exagération. On perçoit ainsi les moments comme authentiques. C’est à travers différents aspects que l’auteur parvient à transcrire les sentiments des personnages de manière très juste. L’auteur nous révèle le récit à travers le regard lucide de l’enfant. On essaie en même temps que lui de comprendre et de percevoir la gravité de la situation. De plus, à plusieurs moments du livre,  l’auteur dépeint des personnages humbles, aux sentiments contenus. On pense au passage où le père cherche à avoir des nouvelles de ses parents. On sent que le personnage est troublé, qu’il redoute le contact avec eux principalement à cause de son exil. Mais le lecteur doit se contenter de ces quelques indices, de ces manifestations d’une certaine appréhension car les personnages ne nous livrent pas ostensiblement leurs sentiments. L’ellipse est également très utilisée par l’auteur. Cette absence totale de transition entre deux époques contribue à rendre ce récit sincère et dépourvu d’éléments surfaits. Marcel Möring à l’instar de la vie réelle ne nous montre pas tout du doigt pour nous faire comprendre ce que ressentent ses personnages. Au contraire, il fait le pari de la subtilité et de la suggestion.

Les personnages

L’enfant prénommé David est un personnage complexe qui ne tombe pas dans la caricature. Le jeune garçon, tout en étant naïf, fait preuve d’une étonnante lucidité quant aux adultes qui l’entourent. Il sent lorsque quelque chose ne va pas. Il entretient une relation très mature avec ses parents. Il a un côté rêveur et passionné que l’on retrouve chez son père.

Philip est effectivement une personne qui semble perdue, en décalage par rapport à la réalité. Lorsqu’il dit
« Quand tu dois raconter toute ta vie en quelques lignes, on dirait qu’elle n’est qu’une série de hasard et de cafouillages », le père de David donne l’impression d’être dépassé par les événements. Il a également un sentiment d’impuissance depuis son accident et pense qu’il ne peut plus travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.

En comparaison, sa femme nous donne à voir un tempérament plus déterminé ; elle est capable de quitter son emploi par conviction. Pourtant elle se révèlera peu à peu beaucoup plus indécise. Elle éprouvera alors le besoin de se réfugier, l’esprit plein de pensées nostalgiques, dans la fameuse chambre d’amis.

Un autre personnage surgit au cours de l’histoire. Mais je ne vous donnerai que son nom pour préserver tout l’intérêt du livre. Cet homme mystérieux est introduit dans le récit sous le nom d’Humbert Coe.

Tous les personnages de ce roman nous intriguent par leurs fractures secrètes et leurs remises en question.


Humour et poésie atténuent la gravité du roman

L’humour est loin d’être exclu de ce livre. L’auteur s’amuse à le faire flirter avec la gravité. Et les nombreuses anecdotes en sont riches. La rencontre des parents, par exemple, est relatée sur un ton amusant : « Mon père et ma mère se sont rencontrés lorsque mon père fut hospitalisé avec un si grand nombre de fractures que l’orthopédiste demanda à l’infirmière en chef d’appeler à la rescousse un collègue amateur de puzzles. » Un peu plus loin les mêmes traits d’humour sont utilisés pour décrire le caractère entêté de la mère. Cette dernière est persuadée que le père s’appelle Boris. Et David raconte sa réaction lorsqu’elle apprend le véritable nom de son futur mari : « elle ne se laissa pas ébranler pour autant. Ses parents avaient dû faire une erreur. »
   
L’écriture de l’auteur rappelle la poésie. Il exprime de manière très poétique un basculement vers le tragique, par exemple à travers des changements climatiques : « Le temps changea brusquement et arrivèrent les pluies ». Marcel Möring  décrit dans l’avant-dernier chapitre un paysage très mélancolique, à l’image du dénouement final : « la mer blême », « Le ciel d’un gris sombre se teintait d’un mauve maladif ». D’autres éléments poétiques servent plutôt à exprimer cette gravité mais à travers ce que ressent David : « Je regardais mon père. Les dernières rides de sourire autour de sa bouche s’évanouirent, l’éclat de ses yeux s’éteignit. ».

Ce roman tout en transparence évoque la complexité des sentiments qui réside en chaque être. Cet ouvrage met, à la fois, en lumière le désespoir mais aussi l’espoir qui gravitent autour de la condition humaine.

Samantha, 1ère année Bib.-Méd.

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