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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 07:59








Habib SELMI
La Nuit de l’étranger
traduit de l'arabe (Tunisie)
par Evelyne Larguêche
et Françoise Neyrod
Actes Sud, 2008.
collection Mondes arabes



























La Nuit de l’étranger est l’histoire d’une insomnie, d’une poignée d’heures nocturnes qui s’étirent à n’en plus finir. Ce roman a pour prétexte l’un de ces moments où le contraste entre le repos forcé du corps et l’éveil de l’esprit est à son paroxysme.


Dans une chambre parisienne un peu miteuse, un immigré tunisien en mal de sommeil meuble sa nuit comme il peut. Dans le carnet d’adresses qu’il feuillette, il puise des noms et se met à égrener les souvenirs.
Le lecteur, coincé dans la pénombre aux côtés de cet homme ordinaire, suit celui-ci du lit au bureau et du bureau au lit. Dans ce mouchoir de poche, Habib Selmi nous offre pourtant l’occasion de vagabonder dans une vie et de jongler sans cesse entre deux atmosphères : celles de Paris et de la Tunisie.


Il est alors question d’amitié, d’amour et surtout des vies de ceux avec qui le narrateur a partagé un bout de route. A travers le parcours de quelques personnages d’une grande simplicité, l’auteur explore peu à peu la diversité des raisons qui poussent tant d’hommes et de femmes à quitter le Maghreb pour la France et la palette des sentiments qui peuvent résulter de cet exil.

Il y a Adel Talibi, parti de chez lui pour devenir médecin et échapper à la pauvreté qu’il a connue enfant, et puis Souad, jeune femme rebelle qui a fui les fantasmes que nourissaient à son égard les hommes de son village ainsi qu’un père que sa beauté terrifiait. Il y a aussi Hamouda et sa femme Hadria, installés à Paris le temps de traiter ces « fainéants de spermatozoïdes », pensant retourner en Tunisie une fois les choses rentrées dans l’ordre, et qui sont finalement restés là.


Le style simple et coulant d’Habib Selmi est particulièrement propice à l’immersion totale du lecteur dans les pensées du personnage avec qui il est enfermé le temps d’une nuit.


Au-delà des destinées et des anecdotes qu’il nous livre, notre insomniaque, nous invite à partager l’intimité de migrants tiraillés entre leurs racines et leur pays d’accueil. Au fil des pages, le récit se teinte tantôt d’espoir, tantôt de nostalgie, de désillusion. On devine chez cet homme dont ne connaît pas même le nom, une certaine détresse, un vide, une absence de but. Il tente alors de tordre le cou à son ennui et à son cafard en passant en revue sa propre existence et en racontant la vie de ceux qui lui sont chers. Ses souvenirs deviennent une arme pour combattre en douceur la solitude qui l’affecte.


Habib Selmi est né en Tunisie, à Kairouan, en 1951. Agrégé d’arabe, il travaille à Paris depuis le début des années 1980. Il a publié deux recueils de nouvelles et huit romans dont trois ont été traduits en français et publiés chez Actes Sud : Le Mont-des-Chèvres, Les Amoureux de Bayya (2003) et La Nuit de l’étranger (2008). S’il ne dispose que d’un lectorat assez confidentiel en France, Habib Selmi est un écrivain reconnu dans son pays d’origine.
(1999),











Soazig, Année Spéciale Bibliothèques-Médiathèques


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