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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 08:01

LE LIVRE DES MONSTRES

« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus, il leur en fallut le spectacle. »



 

 

 

 

 

 







Amélie NOTHOMB

Acide sulfurique

Albin Michel, août 2005

Le Livre de Poche, mai 2007



 

 



Lorsqu'un monstre littéraire nous conte que les petites gens sont monstrueuses, on se retrouve avec Acide sulfurique entre les mains (pour moi, le meilleur livre de l'auteure, et sans aucun doute, le plus énorme, le plus osé, le plus dérangeant), un livre qui ne laisse personne indifférent, pour beaucoup un réèl chef-d'œuvre, pour d'autres un texte inutile et grossier...


Pourquoi ? Parce qu'Amélie imagine ce vers quoi tend la télé-réalité : l'horreur. Parce qu'Amélie raconte l'horreur à travers Concentration, un reality show qui prend place dans un camp de concentration reconstitué. Parce que les participants sont raflés au hasard dans la rue avant d'être parqués dans les mêmes conditions que pendant la Seconde Guerre mondiale. Parce que les créateurs de l'émission poussent jusqu'à faire participer le public (c'est ce qu'il aime, participer, avoir du poids, le public) en choisissant chaque jour qui mourra le lendemain. Parce qu'Amélie use de sa plume simple et recherchée, drôle et grinçante pour raconter cette horreur qui atteint des sommets en nombre de téléspectateurs : même ceux qui  n'ont pas la télévision et critiquent ouvertement l'émission se rendent chez leurs voisins pour ne rater aucune miette de leur société (la nôtre, donc) reconstituée dans le rapport dominés-dominants à travers les victimes d'une émission de télé-réalité et son public.


Le personnage principal, Pannonique, est une jeune femme de vingt ans, étudiante en paléontologie. Alors qu'elle se promène au jardin des plantes, elle est victime d'une rafle et se retrouve malgrè elle dans les studios de Concentration où elle deviendra en quelque sorte la mascotte des autres victimes. Dans le camp, pas question de garder son nom. Un nouveau matricule leur est tatoué sur le bras. C'est ainsi que Pannonique  est rebaptisée CZK 114. Elle fait la rencontre de EPJ 327, un sage professeur qui deviendra son ami et l'aidera à surmonter les attaques des autres prisonniers. Car CZK 114 fera également la rencontre de Zdena, jeune fille à l'esprit et à l'intelligence douteux qui tombera amoureuse d'elle. Elle n'aura alors de cesse de tenter de l'aider, mais la prisonnière ne répondant pas à ses avances, le comportement du kapo Zdena, puisque c'est ainsi qu'il faut l'appeler, va vite devenir désagréable pour Pannonique. Elle se retrouve tiraillée entre le choix de résister et celui de capituler afin d'aider son groupe. Reste à savoir si elle lui tiendra tête, comme elle le voudrait, ou bien si elle profitera de sa prétendante pour changer les choses de l'intérieur.


Je ne raconterai pas la fin puisque c'est certainement le livre que je conseille le plus souvent. Je souhaite donc ardemment que vous la découvriez par vous-même ! Je ne promets en aucun cas que vous aimerez, les critiques ont été pour la plupart très sévères, la rédaction de Lire a même consacré au livre une double page, avec un article « pour » et un « contre ». Le premier était signé Frédéric Beigbeder, c'est une des rares personnes l'ayant défendu dans les médias.


Cet ovni est à lire absolument, à dévorer, à prêter, à offrir et à relire sans modération. Enfin, vous l'aurez compris, vous n'allez peut-être pas l'aimer mais c'est un de ces livres qu'il faut avoir lus au moins une fois et qui deviendra sans doute culte avec le temps même si, en raison de leur succès et de leur poids dans la littérature française, il serait plus légitime de dire que Hygiène de l'assassin  ou Stupeur et tremblements deviendront les livres cultes d'Amélie Nothomb.

 

Sébastien Almira

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