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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 22:30








MINEKURA Kazuya,
Stigma

éd. Ki-oon, 2007












L’h
istoire


«  " Tiens, Juiggy, ça faisait un bail qu’on ne t’avait pas vu ! " C’est par ces mots que m’a accueilli le patron d’un bar où j’étais entré au hasard. Alors je l’ai salué évasivement. Apparemment, je me faisais appeler "Jiggy " dans cette ville. Dans la ville d’avant je me faisais appeler " Toy " et dans les villes précédentes, " Wood " ou " Killy "… Pourtant ces noms ne m’évoquent rien. C’étaient sans doute des noms d’emprunt.»
 
C’est ainsi que l’on rencontre Stork, un homme sans passé ni nom fixe qui erre sans but depuis on ne sait combien de temps, sans aucun souvenir ni attache d’aucune sorte. Il tue, il vit, il ne reste jamais dans la même ville et voyage à la recherche de son passé en espérant qu’une personne le reconnaisse. Son dernier souvenir est de s’être réveillé nu, au milieu de déchets, couvert de blessures avec une mallette remplie d’argent à ses côtés. Sur sa route, il va faire la rencontre d’un jeune garçon orphelin, Tit, qui est à la recherche d’un oiseau. Dans ce monde, les oiseaux ont disparu de la surface de la terre de même que le « ciel bleu », remplacé par un ciel éternellement gris.  Ensemble, ils décident de continuer leur voyage, l’un pour retrouver son passé, l’autre un oiseau…


Le texte et les graphismes

 L’on pourrait qualifier Stigma de « manga-roman » au vu de la place du texte dans cette bande-dessinée. Tout au long de cette histoire écrite à la première personne, nous sommes plongés dans les pensées du personnage principal. Les pensées de Stork (l’histoire ne se déroulant que de son point de vue) ne sont pas écrites sous formes de bulles ou encadrées, comme dans la bande dessinée traditionnelle, mais sont directement intégrées dans l’image. Par cela, l’auteur crée un lien particulier entre le texte et l’image. Les deux expressions se mêlent, se répondent et se donnent mutuellement du sens.

La plupart des dialogues sont, non pas transcrits sous la forme traditionnelle de bulles, mais plutôt sous la forme de dialogues tels qu’on les trouverait dans un roman : utilisation de guillemets et de tirets. On en viendrait même au paradoxe de penser que l’image n’est ici que pour illustrer le texte.
 
 Les graphismes de Stigma sont très soignés et nous plongent dans une ambiance sombre, jonglant entre obscurité et naïveté grâce au personnage de Tit. L’auteure charge ce personnage d’une symbolique de pureté et de lumière. Elle force le trait et revêt Tit de l’apparence classique que l’on donne à ces êtres à part : candeur, cheveux blonds et iris d’un bleu profond.

Les souvenirs qui apparaissent petit à petit au cours de l’histo
ire sont tous traités en noir et blanc. La seule touche de couleur est le rouge, le rouge du sang. Ce choix graphique met en valeur la césure entre le passé de Stork et sa vie après sa rencontre avec Tit. Celle-ci est traitée en couleur, hormis le ciel qui, lui,  reste imperturbablement gris.

Le récit est divisé en chapitres ayant chacun un titre, comme pour un roman. Chaque chapitre est séparé des autres par une page d’illustration sans texte représentant les personnages principaux.  Ces dessins, sans lien direct avec le récit, permettent au lecteur d’aller plus loin dans la connaissance des héros, de cerner un peu mieux la portée symbolique du livre. Ils rapprochent Stork et Tit et semblent créer un lien entre eux.

Le roman-bande dessinée est aussi coupé de pages illustrées, toujours avec Tit et/ou Stork mais contenant une des nombreuses définitions du mot « stigma », chaque définition ayant un lien avec l’avancement de l’histoire. Cette organisation renforce la dimension symbolique du récit : mise en scène souvent sombre, en rapport avec leur histoire et leurs sentiments, répétition et multiples définitions du mot « stigma » (stigmates).




Avis personnel

Ce qui rend ce manga original est la place du texte par rapport à l’image, ce qui en fait un livre hybride : à la fois roman et bande dessinée.

Ce côté « texte » peut déranger du fait qu’il ne correspond pas aux attentes du lecteur quand il ouvre un manga. Pourtant, on se laisse vite prendre par l’ambiance particulière de Stigma. Les textes collent parfaitement à l’état d’esprit du personnage principal et à ses doutes.

 L’atmosphère, sombre, est pleine de poésie. Le texte est riche, les dessins extrêmement travaillés, les couleurs fluides et le travail sur le lien texte-image très poussé. Il n’y a pas rien de superflu, l'écriture est sobre. L’histoire est centrée essentiellement sur la relation qui s’instaure en Stit et Stork, et sur la recherche du passé du héros.

Au total un agréable moment, dérangeant. Un récit qui déroute, qui interroge, et dont les textes sont aussi forts que les graphismes.





L’auteure

 Kazuya Minekura  est seulement connue sous son pseudonyme, son  vrai nom étant jusqu’alors encore inconnu du grand public. Née le 23 mars 1975, elle débute sa carrière de mangaka en créant des dōjinshi (bandes dessinées dérivées d’œuvres déjà existantes, fanzines). Quand ses premières œuvres sont publiées en 1993 par le magazine Kadokawa Shoten elle a  18 ans.

 Kazuya Minekura est surtout connue pour son manga Saiyuki sorti pour la première fois au Japon en 1997 et publié en France par les éditions Génération Comics. Bien qu’elle ait achevé de nombreuses œuvres, peu sont encore publiées en France.

Du même auteur

- Just!!, 1995 ;

- Brother, 1996 ;
- Saiyuki*, 1997, (9 volumes, adapté en animé*) ;
- Shiritsu Araiso Kôtôgakkô Seitokai Shikkôbu, 1998 (2 tomes);
- Saiyuki reload* ,
- Saiyuki Gaiden, 2000;
- Wild Adapter, 2001 ;
- Bus Gamer, 2001(sortie dvd cette année en France) ;
- Hachi no Su, 2003.

* parus en France aujourd’hui


Julie, 1ère année Éd.-Lib.

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letienne 12/07/2009 02:17

Rodolphe Oppenheimer nommé Chevalier Dans l’Ordre National des Arts et des Lettres


La création du prix de littérature politique Edgar Faure a valu à son fondateur, Rodolphe Oppenheimer, d’être décoré au grade de Chevalier dans l’Ordre National des Arts et des Lettres, la médaille fut remise des mains du secrétaire d'état à l'Outre-Mer, Yves Jégo, le 11 décembre dernier.

L'occasion de faire le point sur un prix qui n'a pas deux ans d'âge, et qui, après seulement deux éditions, se voit grandi par le destin hors norme de deux de ses jurys, et de son dernier lauréat.

En effet, après Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, respectivement membres du jury 2007 et du jury 2008, Bruno Le Maire - récompensé par notre prix le 25 novembre dernier pour son ouvrage "Des hommes d'Etat " (Grasset) - s'est vu appelé aux hautes fonctions de secrétaire d'état aux Affaires Européennes, offrant à la jeune histoire du prix Edgar Faure son troisième ministre en exercice.

Rappelons que le Président de l’association Edgar Faure avait fait appel aux deux ministres alors qu’ils étaient respectivement députés, le prix serait il prémonitoire au poste de ministre ?

Alors que la sélection des ouvrages de la prochaine édition est en cours, Rodolphe Oppenheimer poursuit sa trajectoire politique en tant que maire-adjoint de Clichy-la-Garenne (Hauts de Seine) sous l’étiquette Démocrate et Progressiste, et se rapproche toujours plus de son aïeul en relançant l'idée d'un Nouveau Contrat Social, rassemblant des participants de tous bords politiques afin de dépasser les clivages au bénéfice des idées.

Rappelons qu’Edgar Faure fut ministre des Affaires Sociales sous Georges Pompidou, et qu'à ce titre, sa loi du 29 décembre 1972 permit la généralisation de la retraite complémentaire pour les salariés.

L'homme a occupé tant de fonctions qu'on oublie son engagement pour la défense et la protection des travailleurs. La mensualisation du Smic et l'extension de la participation et de l'intéressement aux bénéfices de l'entreprise, c'est encore lui.

Enfin, le fabuleux destin d'Edgar Faure n'aurait probablement pas suivi le même cours sans son épouse, son égérie, Lucie Faure, grande femme de lettre qui dirigea jusqu'à sa mort en 1977, La Nef, revue d'avant-garde dans laquelle les plus grands intellectuels d'après-guerre abordaient les sujets qui fâchaient alors, et qui paraissent, étrangement, d'actualité : la guerre d'Algérie, les femmes, la justice, la police, les libertés...

Les débats d'aujourd'hui mériteraient eux aussi des plumes trempées à l'acide caustique, comme celles d'autrefois.

C'est en tout cas ce qu'espère Rodolphe Oppenheimer, jamais en peine de rêves. Le prochain ? Relancer la Nef, avec le concours des penseurs du XXIe siècle.
Il se remet donc déjà au travail

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