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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 18:00
L’erreur est une humaine ou comment se détendre en dix-huit nouvelles.















Woody ALLEN
L’erreur est humaine

Titre original : Mere Anarchy
traduction de Nicolas Richard

J’ai lu, 2007.














Woody Allen (de son vrai nom Allen Stewart Königsberg) est né en 1935 à Brooklyn. Il est auteur, compositeur, musicien est surtout l’un des réalisateurs américains « les plus prolifiques de ces quarante dernières années  ». Woody Allen écrit depuis son plus jeune âge, il manque d’intérêt pour les études de cinéma et ce n’est que grâce à son talent d’écrivain qu’il se fera une place (et pas des moindres) dans ce milieu.

L’ouvrage est composé de dix-huit nouvelles, toutes plus loufoques les unes que les autres, mais empreintes d’une vérité qui nous concerne quoi qu’on pense de la société américaine moderne. Une satire de la plume d’un réalisateur hors norme, qui construit son récit comme un story board et laisse le lecteur intégrer ses scènes à la manière d’un figurant.

Dans chacune de ses nouvelles, le thème de l’exclusion, de l’erreur et ce sentiment omniprésent pour le lecteur que ses personnages sont toujours borderline, pas comme les autres. Un condamné à perpétuité pour un papier de Snickers tombé sur le trottoir, un homme d’affaires dépressif à cause de son fils recalé à l’entretien d’entrée à la garderie, un psychiatre alcoolique, un homme marié qui s’empoisonne à la place de sa nounou, autant de personnages insensés sortis tout droit de l’imaginaire de Woody Allen et tous plus burlesques les uns que les autres.

Woody Allen nous livre un peu de lui-même et de ses relations complexes avec les femmes dans cet ouvrage, tout comme il sait si bien le faire au cinéma. Attiré par les femmes plus jeunes, il se mariera avec la fille adoptive de son ex-compagne, et on retrouve cette ambigüité dans la nouvelle "Nounou très chère", où tout passe par les sous-entendus et les attitudes. En effet, le mari ressent un malaise lorsque sa femme lui annonce qu’en allant remettre en place deux Tic-Tacs qu’elle avait empruntés quelques jours plus tôt, elle est tombée sur un manuscrit, rédigé par la nounou, concernant leur famille. Aussitôt le mari se met à transpirer, à bafouiller et il refuse de mettre la nounou à la porte ; le lecteur ne peut que se demander quel genre de relation il entretient avec cette employée.

Chacun de ses héros comporte une part de sa personne mais aussi une part de tout être humain. L’adultère, l’alcoolisme, les psychanalyses, le sexe, l’argent, le temps ; autant de thèmes empreints d’une modernité évidente et qui résument assez bien les préoccupations de la société moderne.

L’auteur arrive également à faire comprendre au lecteur que notre système économique et politique nous pousse à avoir des inquiétudes qui nous paraissent normales mais qui sont en réalité aberrantes. Nous perdons du temps avec des soucis qui n’en sont pas. Certes, pour nous faire intégrer cette notion, Woody Allen exagère :

« Comme je classais mon courrier, minutieusement, et par ordre alphabétique, dans la déchiqueteuse à papiers (...) ».

Malgré cette réflexion sur les habitudes de consommation et les préoccupations modernes, cet ouvrage n’en est pas moins fantaisiste. Mais le parallèle entre les deux est intéressant car on sent, au fil du texte, que l’humour sert à faire passer un message.


 « Par une grise matinée de juin, un mardi, Comfort Tobias, la gouvernante des Washburn, entre chez ses employeurs comme chaque jour depuis dix-sept ans. Le fait d’avoir été licenciée neuf ans plus tôt ne l’empêchait pas de venir faire le ménage, et les Washburn ne l’appréciaient que davantage depuis qu’ils avaient cessé de lui verser son salaire. Avant de travailler pour les Washburn, Tobias murmurait à l’oreille des chevaux dans un ranch du Texas, mais elle était entrée en dépression nerveuse le jour où un cheval lui avait répondu, en chuchotant lui aussi. »

Une satire drolatique qui prouve qu’à soixante-douze ans, Woody Allen n’a rien perdu de son  sens du sarcasme ni de sa verve.

Grinçant, cynique mais terriblement lucide sur la société bourgeoise américaine contemporaine, Woody Allen cerne les États-Unis mais surtout leurs habitants. Américains avares de mouvements zygomatiques et dépourvus d’autodérision s’abstenir.

Charlotte, ED2A

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Published by Charlotte - dans Nouvelle
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