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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 08:56









Françoise SAGAN,
Bonjour tristesse
,
Julliard, 1954
rééd. Pocket mai 2009

























21 juin 1960.

Cher journal,

J’achève à peine la lecture de Bonjour Tristesse, qui a fait scandale il y a maintenant six ans. Et pour cause, son auteur plante un décor de rêve dans une villa sur la Côte d’Azur, dresse le portrait psychologique de chacun de ses personnages avec habileté, tout en restant dans la peau d’une adolescente de 17 ans, Cécile. Un été qui s’annonce parfait pour elle, en compagnie de son cher père et de sa maîtresse du moment, la jeune, jolie mais légère Elsa. Mais l’arrivée d’une amie de la famille, la cultivée et bourgeoise Anne va ajouter jalousie, manipulation et vengeance au farniente. Alors, tu me diras, pourquoi un tel scandale pour un scénario si peu sulfureux ? Parce que c’est durant cet été que Cécile va découvrir la sexualité sans réels sentiments, exposant ses attentes et désirs d’adolescente frivole, bousculant les conventions sociales. Et c’est pourtant là que je trouve ses écrits fascinants bien qu’inconvenants.

Me revient en mémoire un phénomène semblable, arrivé il y a une quarantaine d’années, que Papa m’avait raconté. Il s’agit de Raymond Radiguet qui à 17 ans avait écrit Le Diable au corps, roman initiatique, roman à scandale s’inspirant de son propre vécu. Il était aussi jeune que Sagan, âgée de 18 ans à l’écriture de ce premier roman, dont la vie s’apparente également à celle de son héroïne Cécile.

C’est dans les chroniques mondaines de Jours de France que j’ai découvert la vie de femme libérée de Sagan, fréquentant le milieu des vedettes, entre St Tropez et St-Germain-des-Prés. Drogue, alcool et voiture de sport rythment le quotidien de cette femme alors que moi, je me contente de ma vie bien rangée de sténodactylo, certainement mariée dans quelques mois, avec un homme qui restera le seul homme de ma vie. Je parle de ma vie, mais elle est en réalité semblable à celle de toutes les filles de 20 ans aujourd’hui. Et c’est maintenant, à la lecture de ce livre et de la liberté osée que prend Sagan que je m’en rends compte. Nous avons des vies toutes tracées, entrées dans la vie professionnelle et mariées à la sortie de l’adolescence, c'est dans les mœurs. Et ce n’est pas moi qui vais oser être différente. Certes, sa vie de débauche n’est pas des plus saines, mais elle se le permet car c’est comme cela qu’elle lui convient.

J’ose espérer, sans grande conviction, qu’un jour nous pourrons toutes suivre nos envies sans complexe. Malgré ce goût d’amertume qui persiste, je continue la vie qui m’est destinée, sans faire de vagues. « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. »



Clémence, 1ère année édition-librairie

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Published by Clémence - dans fiches de lecture 1A
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