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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 21:49
Madame Guegano, votre premier livre, MA PREMIÈRE ENCYCLO, est un documentaire destiné à la petite enfance, édité par les éditions Milan. Pourriez-vous décrire vos échanges avec votre éditeur ?

C’est un croisement de regards !

Depuis la conception jusqu’au BAT les  échanges furent très nombreux. Ils étaient indispensables à la compréhension mutuelle de logiques d’action qui ne coïncidaient pas toujours complètement. Ils se sont toujours situés dans un cadre professionnel très créatif. La contrainte étant un élément déclencheur de créativité, le projet s’est nourri des contraintes données et que nous sommes données. Bien sûr quelques éléments m’ont été imposés et nous ont été imposés. Mais globalement la négociation par  confrontation  d’arguments a bien fonctionné tout au long du projet.

Ce sont ces échanges qui ont donné sa forme à l’encyclopédie telle qu’elle a été éditée. La part de l’éditeur dans ce projet est réelle.

Ce livre est la rencontre d’un auteur et d’un  éditeur.

Vous avez exercé 3 métiers : enseignante, conseillère pédagogique et auteur. Avez-vous une préférence pour l’un d’entre eux ?

Ces trois activités sont très complémentaires et c’est une véritable chance de pouvoir les conjuguer ; elles se nourrissent l’une de l’autre. Cette conjugaison donne une originalité dans la façon d’exercer ensuite ces trois activités.

Pensez-vous que ces trois corps de métiers soient liés d’une façon ou d’une autre ?


Cette concaténation d’activités donne un point de vue sur l’éducation de l’enfant. Il ne faut pas en faire un modèle, il y a en beaucoup d’autres à trouver concernant le jeune enfant.

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’écriture après ce temps passé en tant qu’enseignante ? Quel a été le déclic ? Est-ce une rupture ou une continuité dans votre carrière ?

C’est l’accumulation d’expériences réussies, riches avec les très jeunes enfants qui a provoqué l’envie de toucher d’autres enfants dans cette relation. Comme une lente maturation et puis un jour ce bouillonnement quotidien d’idées, de mises en œuvre vous donne envie d’autres défis. C’est donc une continuité avec une rupture.

Le déclic, c’est la rencontre avec une éditrice de Milan.

Vos expériences d’enseignante et de conseillère pédagogique vous ont-elles influencée dans votre manière d’écrire ce documentaire ?

Mon expérience professionnelle est déterminante dans ma manière d’écrire. On y trouve mon regard, mon approche, mes actions avec mes élèves. J’ai voulu partager l’univers dans lequel  mes élèves évoluaient.  

Est-ce l’éditeur lui-même qui vous a fait cette proposition de travail ? Ou avez-vous proposé vos services ?

Milan recherchait un auteur pour une encyclopédie jeunes enfants, ils avaient déjà contacté plusieurs de leurs auteurs. Les projets rédigés ne leur convenaient pas : propositions jugées trop classiques, infantilisantes. Milan m’a alors contactée pour ma connaissance du jeune enfant et m‘a demandé de faire une proposition.

Ma proposition argumentée a convaincu … J’ai commencé à rédiger.

De nombreux illustrateurs ont participé à la création de ce livre. Est-ce une bonne chose à votre avis ? Les avez-vous choisis ? Avez-vous été en contact avec eux pour l’élaboration de leurs créations ?

Le découpage en chapitres correspondant à des savoirs très différents, le changement d’illustrateurs me semble possible et même souhaitable. Ils ont eu aussi chacun leur univers de prédilection. Dessiner le corps humain n’a rien à voir avec le dessin des plantes, des animaux.

Malheureusement à cette étape de la production nous étions très en retard sur les délais et je n’ai pas été associée  à leurs choix. Le plus difficile a été d’accepter ces illustrations fournies clef en main. Je n’ai eu droit à aucun retour sur les  propositions de ces illustrateurs. Elles ont été réalisées d’après mes indications mais sans négociation.

Et il y a un certain nombre d’illustrations qui ne correspondent pas à ce que j’en attendais. Dans un documentaire, ceci est très dommageable parce que l’illustration n’a pas un rôle d’illustration mais un rôle explicatif et descriptif.

Quel a été votre degré d’implication dans le choix des photographies ?

En revanche j’ai eu la chance d’être complètement associée au choix des photographies.  Là aussi le choix s’est fait à partir d’un descriptif rédigé souvent accompagné d’un exemple de photographie possible. J’ai eu la chance de travailler  avec une éditrice qui ne comptait pas son temps (et ses nuits) pour trouver les photos que nous cherchions. Le choix de chaque photo a été argumenté et négocié. Au final, toutes les photos correspondent à ce que nous souhaitions montrer.

Pour un livre tel qu’un documentaire, estimez-vous que la coopération entre auteur/illustrateur et iconographe devrait être plus étroite ?

Cette collaboration est indispensable dans un documentaire. Les informations du texte s’articulent avec les photos, les illustrations. La compréhension de l’information passe par le croisement de l’information donnée par chacun des éléments. Ce qui est difficile et  pose  problème au jeune enfant. Il a souvent besoin d’aide pour le réaliser.

Alors que, au même âge, on peut décider de choisir  l’illustration d’une narration en décalage avec le texte, on peut changer le  point de vue.

La diversité de votre parcours me  pousse à vous poser quelques questions d’ordre plus général : Avec l’expansion des NTIC, l’avenir de l’édition serait aujourd’hui en danger. En alliant vos points de vue de professionnelle de l’éducation et d’auteur, quelle est votre opinion et vos impressions quant à l’impact d’une forte diminution de l’édition papier ?

En ce qui concerne le documentaire, il est plus facile de faire comprendre un phénomène à un enfant grâce aux NTIC. En effet celui-ci garde alors ses trois dimensions et rend compte du mouvement alors que sur papier on est dans un univers en deux dimensions sans mouvement possible  (même le pop-up).

 Le documentaire papier s’adresse à une élite de la population qui maîtrise très bien le langage et la conceptualisation. Il est probable que celle ci continue d’utiliser ce support comme signe de distinction.

Si le multimedia apporte une satisfaction plus immédiate lors de la manipulation, l’objet est peu investi affectivement.

Nous avons tous dans notre souvenir des livres fétiches qui nous ont accompagnés toute notre enfance. Des images avec lesquelles nous avons rêvé des  centaines de fois. Nous connaissons tous des enfants qui cachent leurs livres, leurs magazines sous l’oreiller, sous le matelas pour les retrouver quand ils en ont besoin, parce que les illustrations, les histoires, les personnages les rassurent, les font rêver.

La contemplation, le rêve sont des éléments constitutifs de l’enfant. Pourquoi voudrions- nous les leur enlever ? Nous avons là deux pratiques culturelles différentes. Pourquoi devrions amener tous les enfants à choisir  entre la fraise et la cerise ? Les enfants entrent dans les pratiques culturelles que nous leur faisons découvrir et aimer.
Je n’arrive pas à croire que nos collectionneurs de beaux livres soient une forme  de fashion victims d’un support désormais périmé. Le fond et la forme restent intrinsèquement liés, ils renvoient à tellement d’humanité. L’Humanité ne peut pas se passer du livre.

Avec une centaine de parutions de moins que l’an dernier, la rentrée littéraire 2008 enregistre une baisse significative de production. Pensez-vous comme d’autres au début du déclin de la littérature ? Cette année, une tendance : les auteurs versent beaucoup dans le trash, le glauque, le violent. Douleur ; introspection ; finitude. Souhaitez vous commenter ?

L’art est toujours en résonance avec son époque, il exprime aussi son mal-être.
L’art n’est pas beau, il aide à vivre.


Marine B., L.P.

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Published by Marine - dans Entretiens
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