Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 23:13















Lázaro
COVADLO,
Trous noirs
,
L’Arbre vengeur, 2009, 214 p. (Forêt invisible)
[Titre original : Agujeros Negros ;
traduit de l’espagnol (Argentine) par Denis Amutio]








Je salue ici la bienheureuse initiative de L’arbre vengeur, la petite mais dynamique maison d’édition talençaise connue pour publier les perles méconnues de la littérature étrangère, qui permet de faire enfin connaître Lázaro Covadlo au public français alors que nos voisins espagnols et portugais reconnaissent depuis plus de dix ans le talent de cet écrivain hors –.norme.

L’auteur

 Eduardo Lázaro Covadlo est né à Buenos Aires en 1937. Après des études universitaires de physique, il devient journaliste scientifique tout en tâtant de l’écriture : il publie en Argentine un recueil de nouvelles, Los Humaneros (1969) puis un roman, La Cámara del Silencio (1973). Le retour au pouvoir du général Juan Domingo Perón suivi du début de la « sale guerre » où les escadrons de la mort servant la junte militaire traquent les dissidents et les démocrates (faisant au total 30 000 « disparus ») incitent Covadlo à s’exiler en Europe. Installé à Barcelone en 1975, il reprend des activités journalistiques dans lesquelles la critique littéraire domine. Ainsi, il collabore au magazine Qué Leer, donne articles et nouvelles pour des revues de littérature (Blanco y Negro, Caleta, Lateral, Turia) et les suppléments des quotidiens El País et El Periódico. A côté de son travail, il continue à écrire de la fiction. Son premier roman publié en Espagne, Conversación con el monstro (1993) ne rencontre d’abord d’écho qu’en Argentine où il remporte le Prix Planeta Sur. C’est avec le recueil de nouvelles Agujeros Negros (1997) qu’il connaît son premier succès d’estime dans son pays d’adoption, grâce aux critiques élogieuses de grands écrivains espagnols contemporains tels que Sergi Pámies, Quim Monzó ou Enrique Vila-Matas. Suivent deux romans, Remington Rand, una infancia extraordinaria (1998) et le très gothique La Casa de Patrick Chillers (1999), un recueil de nouvelles, Animalitos de Dios (2000) puis l’essai satirique, La Bodrioteca de Covadlo (2000) où l’auteur commente avec génie et humour des passages d’oeuvres antiques. En 2001, il s’essaie au roman pour la jeunesse avec El Mundo de Condela avant de revenir au thème du monstre exploitée dans Conversación…, dans Creaturas de la Noche (2004), roman où il revisite l’histoire d’Elisabeth Báthory pour mieux cerner les dérives de la société actuelle et qui lui vaut le prix Café Gijón. Sa dernière oeuvre en date, Las Salvajes muchachas del partido (2008) adapte avec bonhe(ur l’histoire du Juif errant aux XXe siècle en contant les aventures de Baruj Kowenski fuyant les pogroms de son Ukraine natale en 1905 pour l’Argentine où il se fait contrebandier, brigand et côtoie les chefs des mouvements indépendantistes, avant de revenir en Europe participer à la Révolution bolchévique ( pendant laquelle il rencontre Trotski et Félix Djerzhinsky, le fondateur de la tristement célèbre Tcheka, police politique) puis à la guerre civile espagnole dans les rangs des Brigades Internationales. Il est à noter qu’outre Agujeros Negros, aucune autre oeuvre de Covadlo n’est traduite en français.

Parmi ses inspirateurs, Lázaro Covadlo cite volontiers Isaac Babel, Franz Kafka, Roland Barthes, Jean-Paul Sartre, Marcel Camus et Friedrich Nietzsche.  L’œuvre Trous noirs rassemble douze nouvelles de longueur, de ton et de genre d’inspiration très divers où pointent l’humour ou l’ironie pour décrire des personnages flirtant avec le vide existentiel.

L'œuvre

En apéritif, Covadlo nous livre « Pour vos bons et loyaux services », une féroce satire des moeurs politiques des régimes dictatoriaux sud-américains. L’auteur, membre gouvernemental, évoque l’élimination successive de ses collègues ministres qui ont eu le malheur de déplaire au Président - à qui on présente les têtes décapitées sur un support de métal plus ou moins noble selon la valeur reconnue de son vivant au condamné. Avec une stupide fébrilité, il attend lui-même le bourreau et s’extasie à la confirmation de son élimination : « Voici environ deux heures, j’ai reçu mon plateau. Je n’ai pu dissimuler ma joie en voyant qu’il était en platine et or, avec des incrustations de pierres précieuses et une phrase gravée dans le métal : « Pour vos bons et loyaux services ». Dans quelques instants mon assistant va descendre avec la hache. J’ai décidé d’être décapité sans anesthésie, bien sûr » (p.12 – 13).


Il enchaîne avec « Quand l’après-midi décline », une parodie de récit policier où l’aveu, même tardif, d’un crime monstrueux ne paie pas : tout au contraire !

« Mon autre papa » entraîne un brutal changement de ton : Angel, un enfant qui a connu une gloire éphémère en jouant dans des publicités télévisées, doit affronter, outre la mort de son père, l’entrée dans la vie de sa mère du présentateur vedette qui un jour dans le secret des studios de tournage a abusé sexuellement de lui.

Après ce récit grave et feutré, les montagnes russes « covadliennes » nous conduisent au sommet de la farce kafkaïenne dans « Personne ne disparaît jamais tout à fait ». Pour ne pas être séparé de sa fiancée pendant son service militaire, Adalberto Arismandi décide de gruger le conseil de réformation militaire, en demandant à un ami étudiant en médecine de l’amputer d’un gros orteil et en expliquant cette mutilation par une ancienne gangrène. Hélas, le sacrifice de son orteil ne suffit pas à lui éviter la conscription. Affecté à l’intendance, il mène une vie routinière jusqu’au moment où des chatouillis dans ses orteils signalent le départ d’une réelle gangrène et de nouvelles amputations. Ce n’est qu’après avoir perdu son pied droit qu’il est rendu à la vie civile et que son supérieur, conscient de son handicap, le fait embaucher à « CENTRAGEN, la compagnie spécialisée dans la centralisation des compagnies de centralisation » (p. 57). Là, on le place devant « un ordinateur sur l’écran duquel s’affichaient les données provenant du module de contrôle N° 00465, lequel contrôlait le N° 00290. Son travail consistait à contrôler minutieusement ces données (celles du N° 00465) et vérifier le contenu dans les moindres détails, pour ensuite transmettre les résultats au module de contrôle N° 00328, en ayant spécifié son nom, prénom et module de contrôle […] A son tour le N° 00328 (son contrôleur) était contrôlé par le N° 00871, qui était lui-même contrôlé par le N° 00654. Celui-ci était contrôlé par un autre module, qui était contrôlé par un autre, lui-même contrôlé par un autre, et celui -là par un autre encore, ainsi de suite jusqu’au N° 00106 contrôlé par le N° 00290, contrôlé, comme on l’a déjà dit (la réitération est indispensable pour éviter d’inutiles confusions) par le N° 00465, celui-là même qu’Adalberto contrôlait » (p.63). Le jeune homme semble s’adapter à cette tâche lénifiante jusqu’au jour où la gangrène qu’il croyait enrayée se manifeste à nouveau. A mesure qu’on lui coupe des morceaux de son corps, il rétrograde dans la hiérarchie et on ampute son nom de lettres en proportion de sa diminution physique. Mais Centragen ne veut pas laisser s’échapper un si docile et utile employé en dépit de son pourrissement qui s'étend…

« Je n’éteignais jamais la lumière » évoque les terreurs enfantines. Le narrateur se rappelle avoir été empêché enfant de s’endormir par la vision d’un homme à sa fenêtre, un couteau au poing. Il pense que le cycle de la peur a cessé en grandissant mais quand son fils se plaint de la même vision nocturne, il court vérifier, lame en main, la présence d’un rôdeur sous la fenêtre de son garçon…

« Rouge satin » illustre le thème de la femme qui s’ennuie dans la routine de son couple et qui prend un amant. Tout va bien pour Délia jusqu’au jour où l’exotique et attentionné Vladimir l’abandonne pour sa partenaire de cabaret Katiushka, ne lui laissant comme souvenir de leurs  féeriques étreintes qu’une chemise de nuit en satin rouge. Alors, le soir, Délia revêt le.sous-vêtement, se glisse au côté de son mari, supplie de se faire appeler Katiushka tandis qu’elle lui susurre sa ferveur pour son Vladimir….

« Modetsonges » conte le quotidien d’Emilio, un garçon qui, pour fuir l’école qu’il n’aime pas et un père tyrannique, décide de se réfugier dans le monde onirique peuplé des personnages de contes de fées et des histoires de Lewis Carroll peints sur les murs de sa chambre par son excentrique tante Elisa.

Encore une histoire d’être qui fuit la réalité dans le fantasme et ne veut pas grandir dans « Beaucoup de cuir ». Le héros, enfant, développe une fascination pour les forces de l’ordre et, devenu adulte, postule, sans succès, pour entrer dans la police. Les agences de sécurité ne veulent pas plus l’embaucher. En désespoir de cause, son frère, propriétaire d’un commerce de vêtements en cuir, lui confie la sinécure de veiller sur son magasin. Mais bientôt le déguisement de shérif et l’attitude inquisitrice du héros qui prend sa tâche au pied de la lettre font fuir la clientèle et conduisent l’entreprise à la faillite. Abandonné par son frère, il se marginalise sans démordre de sa vocation insensée de justicier : « L’homme tout de cuir vêtu commença à surveiller les transports en commun. Il remit son étoile de shérif sur sa poitrine. Il portait dans un étui, passé à un gros ceinturon, un revolver en plastique qui ne cachait pas sa qualité de jouet. Il prenait le métro, les bus. Il ne cessait de scruter la présence d’éventuels délinquants, qu’ils fassent gaffe, avec lui on ne s’amuse pas […] Certains rient, et quand cela arrive, il les fixe en prenant l’air menaçant. Il est très connu dans les transports en commun et les rues de la ville » (p.121 – 122).

« Herren Krishna, Fischer Kampf, Golden Ravioli » constitue à mon sens la plus réussie mais aussi la plus dérangeante des nouvelles du recueil. Covadlo y campe Silas Rodgers, écrivain raté, illuminé et polygame, qui, pour fuir l’incompréhension de ses concitoyens devant la mission divine que lui confie Mussolini par le biais de sa radio, s’enfonce avec sa « tribu » dans les solitudes du désert de l’Utah, un beau matin de 1938. Arrivé au milieu d’un nulle part hostile, il le décrète lieu de sa future illumination : « C’est ici que nous bâtirons notre règne, estima Silas Rodgers » (p.125). Mais bien vite la question de la nourriture devient primordiale ; le prophète la règle en déclarant : « La vie se nourrit de la vie. Les chevaux pour commencer seront notre principal aliment car nous ne bougerons pas d’ici jusqu’à ce que notre fiancé, notre Grand Seigneur, vienne à notre rencontre dans son char de feu et nous apporte l’avenir » (p.125 – 126). Silas retourne à ses méditations et ses séances d’écoute de la radio pour s’informer des progrès de l’Axe dans la guerre et d’éventuels messages du Führer et du Duce à son attention ; et s’emploie à accroître le nombre de ses disciples à sa manière tordue :«  Entre temps, Silas Rodgers continuait à semer sa semence dans le ventre des femmes, et quatre des plus grandes filles ainsi qu’une petite-fille récemment nubile furent incluses dans le harem » (p.127). La tribu croît alors que la viande de cheval se tarit : Silas trouve à nouveau une solution à sa manière à la menace de famine : « Enfin est arrivée l’heure glorieuse de nourrir notre chair avec notre chair, notre sang avec notre sang, et nos os avec nos os. Celui ou celle dont l’être sera distribué aux autres continuera à vivre dans le groupe, car nous sommes tous un et chacun de nous est tous. D’ailleurs, dès la première ingestion, le niveau de conscience de notre peuple s’approchera de celui du surhomme. » (p.130 – 131). A l’inceste, la secte ajoute donc le cannibalisme. Le temps passe, le nombre des élus et la batterie de la radio faiblissent jusqu’au jour où Silas décide d’envoyer son fils Benito répandre la « bonne parole » à San Francisco. « Quand on le retrouva errant dans un coin perdu des alentours d’un village du désert, il ne cessait de marmonner des incohérences : " Herren Krisna, Bertha Krupp, Ezra raza, maine herren, maine Heidegger… ". Il avait sur lui trois mille feuillets manuscrits de Silas Rodgers et jurait qu’il se chargerait de les faire passer à la postérité. On l’interna dans un hôpital d'Oakland, là il raconta aux médecins les principaux épisodes de l’incursion dans le désert et de la fin de la famille Rodgers6Coobs. - Ils sont tous à l’intérieur de moi, disait-il, sauf quelques morceaux de mon père que j’ai laissé aux vautours. » (p.135).

Bernardo Aguado, le héros de « Trou noir », s’est embarqué sur le Neptune II pour faire une croisière au cours de laquelle il essaie d’oublier Clara Luz, son amour de jeunesse qui, au lieu de l’attendre pendant qu’il s’exilait faire fortune pour demander sa main à ses riches parents, a épousé un joaillier aux moeurs grossières et volages. Au cours d’une escale, dans un bar, Aguado retrouve une Clara quittée par son mari. Elle n’est plus la blanche colombe du passé, mais ils peuvent rattraper le temps perdu : Clara réembarque avec Bernardo et la croisière prend des allures de lune de miel passionnée. Jusqu’au jour où Aguado, descendu seul à terre, entre par erreur dans un cinéma porno qui diffuse le film de ses ébats avec Clara réalisé par ….l’ancien mari de cette dernière. A mesure que la caméra se focalise sur l’oeil noir de l’escroc déguisé en marin du Neptune II, Aguado sombre dans la folie comme une étoile s’effondrant sur elle-même pour former un « trou noir ». « Préparation pour l’abîme » nous fait retrouver le héros de « Mondetsonges ». Emilio, à force de rêvasser, a raté sa vie : il a assisté impuissant à la désintégration de sa famille et à la montée de la folie de son père, désormais interné. Squattant la maison familiale qui sera bientôt vendue, vautré sur un matelas dans son ancienne chambre et imbibé de vodka, il essaie de retrouver la clé de ses rêves d’enfants où il croit que se cache l’explication de la faillite de sa vie. Mais la magie des peintures de tante Elisa semble impuissante à lutter contre l’alcool qui nourrit ses mensonges et son auto-destruction.

Enfin, « Le courant du mal » rappelle les contes d’E.T.A. Hoffmann. Aristides Sterni s’est rendu pour un séminaire professionnel dans une petite station balnéaire argentine où, en une soirée, il s’est ruiné au casino. Sans un sou et assuré d’être bientôt licencié, il décide d’en finir en se noyant dans la mer. Alors qu’il va se jeter dans les flots, survient un personnage avec des cornes sur la tête et une queue pointue qui l’invite à prendre un dernier verre. N’ayant plus rien à perdre, il suit l’inconnu qui lui avoue vivre luxueusement en servant le Diable comme Agent du mal et l’invite à le rejoindre dans ses rangs. Rien de plus facile : mettant son âme en gage, il connaitra la réussite s’il commet une mauvaise action par jour. Croyant à une plaisanterie, Aristides accepte et aussitôt il regagne ses pertes au casino et apprend qu’il est le seul héritier d’un richissime oncle de Buenos Aires qui vient de décéder ! Il est alors convaincu de l’efficacité du pacte passé et toute sa vie s’acquitte consciencieusement de sa mission. Arrivé à la fin de sa vie passée, il fait le bilan : certes, il nage dans le luxe mais sa femme a finie internée et ses enfants se sont éloignés de lui. Avant de passer l’arme à gauche, ne pourrait-il pas faire pour une fois le bien autour de lui ? Il en est là de ses réflexion quand on lui annonce une visite impromptue : celle de son agent du mal tentateur qui lui aussi a vieilli et est en mauvaise santé. Arguant d’une mauvaise blague initiale, il mendie à Aristides l’argent pour se soigner. Le richard cède mais « Le vieil homme fit un mouvement de remerciement en recevant le chèque. Il le plia avant de le ranger dans sa poche, alors son visage commença à se transformer : un éclat nouveau apparut dans son regard, et Aristides découvrait avec frayeur que dans les yeux de son visiteur brillait la même lueur rougeâtre qui l’avait fait frémir lors de cette lointaine nuit. » (p.215).

Mon avis

Avec Trous noirs, Covadlo nous convie à une immersion sans tabou mais non dénuée d’humour, d’ironie et d’espoir dans les failles de la vie moderne : solitude des individus, fragilité des couples et des familles, pulsions inavouables, bureaucratie absurdement tracassière, peurs irrationnelles (viol, meurtre, différence) comme justifiée (ne pas être aimé, perdre son emploi), maladie, folie, dérives sectaires, etc. Avec la justesse d’un Dostoïevski, Covadlo décrit la profondeur psychologie d’êtres en proie au doute et à la tentation de s’évader dans le rêve ou la folie. Tel Borges ou Kafka, il pointe l’absurdité d’un monde privé de repères moraux et livré aux abus de pouvoir. Enfin, comme Hitchcock ou Fredric Brown, il construit des intrigues simples et originales mais à la chute toujours inattendue. Au total, à travers des histoires de rien, il ressuscite la fable philosophique avec un réel succès. Trous noirs possède en cela ce qui signe pour moi un grand livre  – donc un auteur à suivre : la capacité de fasciner au point qu’il est impossible de le refermer une fois ouvert, avec un supplément d’âme pour le lecteur. Personnellement, je n’ai qu’une hâte (qui pourrait être une invite aux grands pontes de l’édition française), celle de voir traduites en français les autres œuvres  de cet auteur unique et indispensable. Je signale en dernier lieu que Trous noirs a fait l’objet d’une pertinente critique de Camille Decivier dans le numéro 100 (février 2009) du Matricule des anges (disponible en ligne à l’adresse www.lmda/din/tit_lmda.php?Id=60852) et que Lázaro Covadlo possède son propre site internet (www.covadlo.com) où, si vous lisez l’espagnol, vous pourrez trouver des extraits et des critiques de ses oeuvres.


Laurent, AS BIB

Autres artilces sur
des ouvrages édités par L'Arbre vengeur :

Quatre articles sur Qinzinzinzili, ceux d'Isabel et de Marine, ceux de Maylis et de Marie

Eric Chevillard, L'autofictif, article de Marine

Léon Bloy, Histoires désobligeantes, article d'Adrien

Léo Lipski, Piotrus, article de Marie-Amélie

Marie-Louise AUDIBERTI, Stations obligées : article de Julie.

Partager cet article

Repost 0
Published by Laurent - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives