Samedi 18 juillet 2009
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MURAKAMI Haruki,
Saules aveugles, femme endormie
Traduit
du japonais par Hélène Morita.
Editions Belfond, 2008
Sorti en France en septembre 2008 aux éditions Belfond, Saules aveugles, femme endormie de Haruki Marukaki est composé de 23 nouvelles. Comme le
souligne la quatrième de couverture, ce recueil « nous plonge dans un univers […] insolite et drôle, où d’une situation d’apparence anodine peut surgir à tout moment le fantastique et l’absurde.
»
La première nouvelle de cet ouvrage qui donne son nom au recueil raconte l’histoire d’un jeune homme accompagnant son cousin à l’hôpital. Ce dernier, devenu
sourd suite à un incident pendant un match de base-ball, part essayer un nouveau traitement. Cependant, les médecins semblent impuissants face à son mal…
Commençant de manière banale, « Saules aveugles, femme endormie » débute en nous montrant les rapports distants entre le jeune homme (notre
narrateur) et son cousin. Etant parti à Tokyo, le jeune homme n’avait pas revu son cousin depuis des
années. Il se sent donc un peu étranger en sa compagnie :
« Nos familles respectives vivaient tout près l’une de l’autre, mais j’avais une dizaine d’années de plus que mon
cousin et nous n’avions jamais été vraiment proches. Lors de nos réunions familiales, je devais toujours l’accompagner ou jouer avec lui. Cela n’allait pas plus loin. » (p.13)
Le narrateur est donc avec son cousin par obligation plus que par plaisir et leurs échanges resteront courtois.
Le retour du narrateur dans sa ville natale, Kobe, est l'aboutissement de plusieurs histoires malencontreuses qui l’ont ramené
vers ses racines. Cependant, il ne ressent plus d’attaches avec cette ville et souhaite repartir le plus tôt possible. Pourtant, une fois arrivé, il ne trouve plus la motivation de partir
:
« J’avais prévu de rentrer à Tokyo deux ou trois jours après l’enterrement de ma grand-mère. […] Plus
les jours passaient pourtant, plus je ressentais de l’ennui à me bouger. Pour être encore plus exact, même si j’avais eu envie de me remuer, j’en étais en fait incapable. » (p.12).
Au moment où commence cette histoire, le narrateur ne fait plus rien de sa vie et emmener son cousin à l’hôpital est
pour lui une corvée. Il ne s’agit pas d’une sortie prévue. Pourtant cette dernière va l’emmener petit à petit vers d’autres horizons insoupçonnés. Ce voyage va être propice à réveiller des
souvenirs enfouis de sa jeunesse. Ceux du temps où il était encore lycéen. On va ainsi naviguer de petites descriptions anodines sur son passé à de longues descriptions fondées sur des
réminiscences du narrateur. Ces retours dans le passé seront entrecoupés de moments présents de telle sorte que le passage du présent au passé va ponctuer le récit. Dès le départ, le cousin
souhaite savoir « quelle heure [il] est » Puis l’heure reviendra à chaque fois que le narrateur évoquera le passé pour le
ramener dans le présent.
Le début du récit sur le voyage des deux personnages commence donc par des descriptions anodines du narrateur sur l’état neuf
du bus, sur les caractéristiques du quartier qu’ils sont en train de traverser, sur celles des passagers. Ces descriptions sont l’occasion pour le narrateur de les comparer au bus qu’il prenait
du temps où il allait au lycée. Une fois arrivé à l’hôpital, alors que le narrateur voit un couple avec deux jeunes filles, cette image va lui rappeler un autre hôpital à une époque où avec
un ami, il était allé rendre visite à la petite amie de ce dernier. Ce souvenir, beaucoup plus précis, va parcourir le reste de la nouvelle. Il invite le personnage à faire
travailler sa mémoire, mais aussi son imagination et transforme petit à petit l’histoire en un conte. En effet, ce souvenir va lui rappeler une histoire fantastique racontée par
la jeune femme, huit ans plus tôt. Il s’agissait d’une histoire de saules aveugles et de femme endormie qu’elle venait d’inventer. Ces saules aveugles (des arbustes imaginaires) sont pleins
d’un pollen que de petites mouches portent sur elles et ces dernières vont dans les oreilles d’une femme et la font dormir. Un jeune homme qui souhaite la secourir brave courageusement les
mouches et essaye de pénétrer dans la forêt de saules aveugles, mais il n’y arrive pas malgré son désir de la revoir. Telle était l’histoire qu’avait racontée cette jeune femme…
Le souvenir de cette rencontre et sa venue avec son ami à l’hôpital vont se faire de plus en plus précis et cela jusqu’aux
conversations qu’ils ont eues. Puis l’histoire reprend son cours avec le retour de son cousin dont les tests ne sont guère concluants. S’ensuit alors une conversation presque absurde au
sujet de l’oreille de ce dernier et d’une phrase que John Wayne aurait prononcée dans Le Massacre de Fort Apache. Son cousin n’a plus vraiment d’espoir de retrouver un jour son
ouie. Cependant dans un acte désespéré, il demande au narrateur d’examiner lui aussi son oreille. Celui-ci ne peut alors s’empêcher de penser que l’oreille humaine « est dotée d’une morphologie quasiment inconcevable. »
Cette nouvelle se terminera alors comme elle avait commencé. Les deux personnages attendent de nouveau le bus. Mais le
narrateur semble comme happé par une force mystérieuse, c’est son cousin qui le ramène à la réalité. Malgré cela, « Saules aveugles, femme endormie » finira sur une note de mystère, le narrateur
disant que ce bus l’emmène « ailleurs » …
Cette fin ainsi que le récit du conte et la conversation absurde que le narrateur a eue avec son cousin donnent à cette nouvelle un côté quasi irréel et
fantastique avec lequel Haruki Murakami aime à jouer.
Indices biographiques
Haruki Murakami est né en 1949 à Kobe. Il ira aux Etats-Unis pour enseigner dans diverses universités puis reviendra au Japon
après le tremblement de terre de sa ville natale. Il rencontre son premier succès littéraire avec Écoute le chant du vent qui lui valut le prix Gunzo. Aujourd’hui Haruki Murakami
est l’auteur de nombreux ouvrages traduits dans le monde entier.
Quelques propositions de lecture
- Les amants du Spoutnik (édité chez Belfond en 2003 et 10/18 en 2004)
- Kafka sur le rivage (édité chez Belfond en 2006 et 10/18 en 2007
- L’éléphant s’évapore (édité chez Belfond en 2008)
- Saules aveugles, femme endormie (édité chez Belfond en 2008)
- Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (édité chez Belfond en 2009)
Claire, A.S. Ed.-Lib.
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Les amants du spoutnik, article de Julie
L'éléphant s'évapore : articles de Noémie et de Samantha
Le Passage de la nuit : articles d' Anaïs, Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E.
M., Virginie.
Kafka sur le rivage : articles de Marion, Anthony, P.

La Course au mouton sauvage : articles de Laura, J., et B.
Par Claire
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Publié dans : Réalisme magique
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