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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 19:15







Orhan PAMUK
Istanbul. Souvenirs d’une ville, 2003

Traduit du turc
Par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy
Et Jean-François Pérouse
Gallimard, 2007



















Istanbul et Pamuk. Cinquante années.

«Stamboul», qu'il disait Pialat en la filmant dans ses « courts-métrages turcs ». Orhan Pamuk, lui, il l’écrit.  Maintenant, il l’écrit lui et elle. Autobiographique. L'enfant avait un rapport particulier à l'image. Le miroir. Les photographies. Un autre Orhan. De la même façon, son écriture fabrique une autre Istanbul. Celle de Pamuk. Ou la véritable Istanbul.

Lieu de départ : l'immeuble Pamuk. Murs à la famille fissurée. Le père est absent, la mère fragile, le frère rival, l’argent manque. Comme un musée, la maison. Etalage pittoresque d'une tentative d'occidentalisation. Et la lumière là-dedans, faible. Alors jeux d'ombre et de lumière. Univers marquant.

L'enfant Pamuk. C'est la maison qui l'emmène dehors. Le dehors stambouliote et ses rues.

Aux antipodes de son bazar turc. Terrain non répertorié. Les rues d'Istanbul. Froides. Blanches le jour et noires la nuit. C'est ce qu'il dit. Istanbul en noire et blanche. Rues tordues. Cassées. Sales. La montre sa ville Pamuk. Avec les photographies. Du noir et blanc. Ont tout leur sens dans ce livre. Elles sont partout les photographies. Istanbul. Ruinée. Konaks* incendiés. Fini l'empire Ottoman. Le détruisent, veulent l'oublier. Et pourtant ne veut pas partir. Deuil manqué. A cause du Huzun*. Ça vient de là. Mélancolie s'enracinant dans la chute de l'empire. Etat général de tristesse. S'abattant sur toute la ville. Vient de là aussi le noir et blanc. Huzun. Malgré l'envie d'avancer, de s'occidentaliser, le Huzun immobilise les stambouliotes. Impossibilité pour Istanbul de se moderniser, de se laïciser, de s’enrichir, de passer outre l’Histoire.

Seul le Bosphore vit. Sorte de fleuve d'énergie pour Pamuk. Dépeint par de nombreux artistes.

Tampinar et Yahya Kemal, tous deux écrivains turcs dont Pamuk admire les oeuvres.  Et puis Nerval, Gautier, Flaubert, écrivains étrangers dont Pamuk aime la vision occidentalisée d'Istanbul. Ils voient en Istanbul ce que les Stambouliotes ne réalisent pas avec leur regard turc. Vision que partage aussi Pamuk, ayant vécu dans une famille riche avec une volonté d'occidentalisation, et étudié dans un lycée étranger.

Pamuk se sent stambouliote et étranger à sa ville.

L'écriture chez Pamuk ne se ferait pas sans Istanbul. L'un et l'autre liés. D'ailleurs toutes ses oeuvres portent sur elle. Elle est intériorisée en lui. A tel point qu'il y a certainement un mélange ville réelle et ville vue par Pamuk. Pas besoin d'enjoliver le style, de poétiser les phrases. Une sorte de force s'installe peu à peu dans ses descriptions. Rapport presque transcendantal à sa ville. On comprend par nous même ce qu'il ne dit pas. On voit la poésie là où il la refuse. De façon plus ou moins consciente, Pamuk réinvente sa ville, parce qu'il la montre comme personne. Plus qu’une vision documentaire, historique, et culturelle. Il la prend d'en dessous.

Pamuk aime être à la frontière. A la frontière du réel et de l'inventé.

Le peuple turc est-il dans l’immobilité parce qu'il est assiégé par le Huzun ? Met-il des mots sur l’ineffable ou réinvente-t-il Istanbul pour lui rendre son authenticité ?
 

A la frontière aussi entre étranger et stambouliote. Se sent à la fois plus que stambouliote n'ayant jamais quitté le pays, mais étranger.

Marque les frontières entre ombre et lumière. L'ombre de la maison est chaude et la lumière de l'extérieure est froide (étrange pour un pays turc).

Le présent est à la frontière du passé. Sentiment d'avoir vécu, d'appartenir et d'être enchaîné à ce passé tout en étant dans le présent, sentiment commun à tout les Stambouliotes.

Et, propre de l'autobiographie, mince frontière chez Pamuk entre le soi et le reflet du soi.

Ces frontières font son identité, son mélange.


Istanbul. Faut-il renoncer à la raconter pour rester dans son pays ? Pamuk est maintenant en exil aux Etats-Unis sous les menaces des nationalistes turcs. A osé raconter le génocide arménien.

*Huzun : mélancolie turque
*Konak : riche et grande maison aux façades de bois turque


A lire
La maison du silence, 1988
Le livre noir, 1995
Mon nom est rouge, 2001
Neige, 2005


Chloé Dragna,1ère année bibliothèque.

Lire également l'article de Claire.

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commentaires

Nina d'istanbul 14/08/2009 18:38

le passage sur le huzun est réussi et le huzun représente bien plus que la mélancolie, la nostalgie, une certaine tristesse, un certain sentiment turc ,celui de celui qui aime sa ville, y voit ses défautes et pauvretés,ses richesses et son passé, le sentiment de celui qui ne peut plus se passer de cette ville qui le dépasse, l'absorbe, le noie ou le chérit. Le sentiment d'appartenance à cette ville que l'on asocie au temps qui passe , le huzun c'est un peu la, poésie des ruines de nos jours heureux et l'attachement à nos jours à suivre ICI..
Où ailleurs à ne penser qu'à ICI..

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