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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:30
Compte rendu de la journée professionnelle
Etonnants voyageurs

Festival international du livre et du film de Saint-Malo 2009



Qui a peur de la littérature ado ?

C’est le thème de la table ronde qui a réuni toute la matinée auteurs, éditeurs et professionnels du livre : Hervé Jubert, Viviane Moore, Ella Balaert, Michel Laporte, Jérôme Noirez, Rageot et T. Magnier autour des enjeux de la lecture et du pouvoir des livres. Qu’est-ce que l’adolescence ? Pourquoi cet âge transitoire dérange-t-il les adultes ?


C’est aussi le titre de l’essai d’Annie Rolland édité chez Thierry Magnier en 2008. Psychologue, maître de conférence à Angers, elle a publié divers ouvrages dont un recueil de proverbes touaregs… Cet essai s’annonce important car selon Soazic Le Bail (éditrice chez Thierry Magnier) il apporte enfin un étayage « clinique » à ce débat récurrent et très controversé de la littérature ado. À la question « qu’est-ce que la littérature ado ? » Soazic Le Bail répond : « c’est une question d’étagère chez les libraires comme dans les bibliothèques ».



Différentes formes de censure

Parfois les « passeurs de livre » que sont les bibliothécaires, documentalistes, professeurs de français, libraires se demandent s’ils peuvent conseiller ce livre, à quelle tranche d’âge, etc. Ils expriment une crainte de choquer les lecteurs et aussi la peur d’avoir des remarques de parents et d’association de parents en tout genre. Mais ces professionnels restent généralement ouverts à la discussion et sont même souvent créateurs de débat.

Il existe plusieurs formes de censure et, dans certain cas, il n’y a pas de possibilité de dialogue avec les censeurs… Ainsi, lorsque le scandale éclate autour de L’Amour en chaussette de Gudule sélectionné pour le Prix ado d’Ille et Vilaine (donc une sélection de livres établie par les jeunes eux-mêmes) des voix s'élèvent réclamant la censure de cet ouvrage. Une rencontre est alors mise en place entre bibliothécaires, documentalistes, éditeurs et écrivains afin d’en débattre ensemble, les seuls absents étaient les représentants des voix qui appelaient à la censure…

C’est à partir de cet événement qu’Annie Rolland a commencé à axer son travail sur la littérature adolescente et les peurs qu’elle suscite chez les adultes.
Elle se pose également la question suivante : si ce ne sont pas les professionnels du livre qui sont les plus légitimes pour conseiller, qui l’est mieux ?



Les « dangers» du livre…

L’ensemble des intervenants est d’accord pour dire que le livre rend le lecteur « actif », contrairement au visuel qui met dans une position de passivité et relève d’une certaine fascination , il peut se fermer s’il dérange. L’idée d’un véritable choc en lisant un livre pour ado ne relève visiblement pas d’une réalité, en tout cas pas pour le lectorat jeune.

Pour A. Rolland, la littérature ado sert simplement de bouc émissaire, c’est une espèce de faux débat sur une littérature prétendument dangereuse alors que la représentation du corps notamment de la femme dans la publicité est bien plus problématique pour l’adolescent en pleine transformation et recherche de soi.

C’est une littérature qui émeut, qui bouleverse ou donne à penser et que, pour ces raisons, on hésite peut-être à donner à des ados en période mouvementée, de création de leur identité…

On parle souvent d’une littérature trop déprimante mais lire Pascal n’est-il pas déprimant ? demande E. Balaert. Alors il faudrait peut être songer à interdire toute la littérature aux adolescents ( !) poursuit-elle.


Est-ce que ce débat n’est pas plutôt à l’image d’un pays qui a peur de sa jeunesse et n’arrive pas à répondre face à la violence exprimée par ces jeunes… ? Violence qui est par ailleurs normale à cette période de l’adolescence et même nécessaire : « Il faut que le conflit ait lieu » dit Annie Rolland. Ces réflexions sont depuis longtemps étayées par des textes psychanalytiques.



Des peurs d’adultes et des confusions…

Le débat du danger potentiel dans la littérature ado s’avère donc illégitime. Tout d’abord, parce que le mot et la chose sont bien distincts et ne peuvent être confondus à part lors de maladies graves, dit A. Rolland.

Les mots que la littérature adolescente met sur cette période ne sont pas les choses… C’est un re-création virtuelle qui est de l’apanage de l’art. Le problème ne réside pas dans l’art (la production de la littérature ado) mais dans la réalité des adolescents, la solitude, la violence…


Cette confusion entre le réel et la fiction s’illustre par la censure qui touche essentiellement la littérature réaliste. Même s’il y a des scènes violentes en SF ou fantasy, on considère que ce n’est pas grave car c’est inclus dans un monde imaginaire. S’il y a ces mêmes scènes dans un roman réaliste, cela fait l’objet d’un scandale. Cela résulte donc bien d’une confusion entre le réel et le réalisme littéraire de la part des adultes.


Pour étayer cette distinction psychologique on peut citer Lacan qui donne trois axes de l’organisation psychique qui permettent d’appréhender le monde normalement : le réel, l’imaginaire et le symbolique. Le réalisme littéraire n’est donc rien d’autre qu’une configuration imaginaire du réel, confirme A. Rolland. L’adolescent est en mesure de faire la différence entre la vie réelle et le monde imaginaire créé par des livres.


Lorsqu’un ado se suicide, certains invoquent ses lectures comme la cause de son acte (comme cela s’est passé avec Suicide, mode d’emploi…). Mais jamais un livre n’a tué quelqu’un, s’indignent en chœur les intervenants.

Ces personnes cherchent juste à l’extérieur des jeunes les causes qui les poussent à faire ce genre d’acte alors que ces causes sont en eux, et résultent d’un mal-être profond… Les médias préfèrent tellement avoir un scandale qu’ils en oublient de dire que dans tous les cas de ce genre ces jeunes avaient des antécédents psychologiques…


Conclusion

« Il faut laisser tout lire à des ados » dit Annie Rolland, « et il faudrait peut être apprendre à faire confiance aux ados, car ce sont des personnes responsables qui font des choix et que la peur que les adultes ont constamment enferme, étouffe… De plus, la peur n’a jamais été bonne conseillère donc il faut apprendre à la combattre ».
Puis Annie Rolland cite à l’attention de tous ceux qui dévalorisent la littérature ado une phrase extraite de son livre :
« Quand on n'est pas capable de prendre le point de vue de l’intelligence, on prend celui de la morale »…


Camille, A.S. Bib.-Méd.

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Published by Camille - dans jeunesse
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