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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 19:30













Junot DÍAZ
La Brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao

traduit de l'américain
par Laurence Viallet
Plon, 2009
Coll. Feux croisés













Junot Díaz naît le 31 décembre 1968 à Saint Domingue. Il déménage aux Etats-Unis  à six ans. Il grandit dans le New Jersey. En 1996, il publie un recueil de nouvelles intitulé Comment sortir une Latina, une Black, une blonde ou une métisse (publié sous le titre Los Boys. Paris : Plon, 2000. (10/18)), ce premier ouvrage lui vaudra des critiques dithyrambiques. On le retrouve 11 ans plus tard avec son premier roman, La courte et merveilleuse vie d’Oscar Wao, pour lequel il a reçu le prestigieux pris Pulitzer ainsi que par le National Book Critics Circle Award.

 « On dit qu’à l’origine il arriva d’Afrique, charrié par les hurlements des captifs ; […] que c’était un démon précipité dans la Création par une porte cauchemardesque entrouverte sur les Antilles. Fukù americanus, ou, plus familièrement, fukù- en général une sorte de malédiction ou de fatalité ;  la Malédiction et la Fatalité du nouveau monde. […] Qu’importe son nom ou son origine, il paraît que l’arrivée des Européens en Hispaniola libéra le fukù dans la nature et que depuis, on est tous dans la merde. […] Si vous ne croyez pas à ces « superstitions », tant mieux. Grand bien vous fasse. Car peu importe en quoi vous croyez, le fukù, lui, croit en vous. »

Ainsi commence l’histoire de la famille Cabral, frappée de plein fouet par le fukù. En 1944, la République Dominicaine est sous le joug du dictateur Rafael Léonidas Trujillo Molina. Il régna de 1930 à 1961 «  avec une brutalité implacable, impitoyable ». Le tyran était connu entre autres pour son faible pour les belles demoiselles et la fille d’Abelard Luis Cabral était plus que jolie, elle était magnifique. Pour la protéger, Abelard tenta de cacher sa fille au despote, en vain ; ainsi, il attira sur sa famille le fukù. On suit alors trois générations de Cabral, touchés les uns après les autres par cette malédiction.

Bien que l’histoire d’Abelard soit racontée, on trouve les personnages principaux chez les membres
de la famille immigrés aux Etats-Unis ; sa troisième fille, Hypaticia Belicia Cabral dit Belli et ses deux enfants, Lola et Oscar.
Belli, une femme magnifique mais têtue, naît en République Dominicaine. Elle y subira son fukù incarné en la personne du Gangster, l’amour de sa vie qui se trouve être le bras droit de Trujillo mais également son beau-frère. Elle émigre aux Etats-Unis à 16 ans.

Lola, la première fille de Belli est une jeune fille forte, en opposition incessante avec sa mère, est l'éternelle alliée de son frère Oscar. Elle se trouve être l’amante intermittente du narrateur qu’elle remplace parfois.

Et enfin Oscar, surnommé Oscar Wao en référence à Oscar Wilde. Geek obèse, il rêve d’être le nouveau Tolkien dominicain. Son fukù à lui c’est sa virginité ; aussi près qu’il ait pu être de la perdre, un évènement a toujours contrarié ses plans.

S’ajoute à la famille le narrateur, Yunior. Éternel amoureux de Lola, il s’installe avec Oscar à la fac pour lui faire plaisir.Bien qu’il ne fasse pas partie des personnages principaux, il est  très présent dans la narration, par la langue qu’il utilise ainsi que par les digressions dans les notes de bas de page.

L’auteur utilise pour sa narration, un niveau de langue proche du langage parlé. C’est un mélange de plusieurs genres, de plusieurs langues, qui s’explique par l’histoire du narrateur. On trouve à la fois un langage riche qui provient sûrement du temps passé avec Oscar « qui parle comme un livre » ; des expressions d’argot qui ponctuent les phrases ; du verlan ; ainsi que de l’espagnol hérité de ses origines dominicaines. Ce « jargon » rend difficile le début de la lecture, mais, le lecteur prend le pli et s’habitue à ce  rythme particulier.

Concernant les notes de bas de page, l’auteur explique : « J'ai voulu donner des informations sur la République Dominicaine, sur son histoire, mais j'ai surtout voulu rappeler combien la conscience historique est importante. ».


Comme précisé précédemment, Yunior n’est pas le seul narrateur ; ce changement est rendu possible par la construction du roman. En effet, celui-ci est découpé en petites histoires, matérialisées en chapitres. L’auteur ne suit pas une chronologie, il raconte les histoires des personnages au grè de ses envies ou peut être au grè de ce que le narrateur apprend sur cette famille. Mais l’incessant va-et-vient entre les époques, les lieux rend la compréhension de l’histoire globale difficile.


Cette saga familiale sur fond de grande Histoire symbolise la quête d’identité d’un jeune homme différent, de ces immigrés déracinés, de cette famille qui, frappée par le fukù, va perdre tout ce qu’elle était. L’auteur a également souhaité montrer que tout drame a ses conséquences et que les séquelles de toute histoire se font sentir même des années après. Bien que l’auteur semble imposer au lecteur cette langue ardue, ce rythme haletant, ce changement de genre intempestif, il reste très attentif au lecteur et prend en compte l’horizon d’attente de ce dernier : « J'appréhende ma propre écriture comme une manière d'être au plus près de mes lecteurs. ».


Pauline M., A.S. Bib.-Méd.

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commentaires

Nicolas 20/08/2009 12:16

J'ai beaucoup aimé ce roman, original et aux styles très divers. On passe sans cesse du rire aux larmes. Très bon roman.

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