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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 19:30












Henri CALET
L’Italie à la paresseuse

Gallimard, 1950
Le Dilettante, 2009



















Qui est Henri Calet ?

Raymond Théodore Barthelmes est né à Paris le 3 mars 1904. Son enfance est marquée par des événements rocambolesques tels que les combines de ses parents faux-monnayeurs. Il multiplie les petits métiers jusqu’à son entrée comme comptable dans la société Electro-Câbles en 1925. Le 23 août 1930 il s’empare d’une somme représentant dix ans de salaire avant de fuir pour Montevideo en se procurant un passeport au nom d’Henri Calet, commerçant nicaraguayen né à León le 13 mars 1903, de père belge et de mère hollandaise… Il vit à Paris clandestinement, condamné à 5 ans de prison à 3000 francs d’amende. Au lieu de purger sa peine, il écrit trois romans publiés chez Gallimard en 5 ans, inspirés de sa vie bouleversée. Il est fait prisonnier en 1940 mais s’évade. A la Libération, sa carrière littéraire s’accélère : il écrit des scénarii, des nouvelles pour la radio et en décembre 1944 Albert Camus l’invite à participer à la revue Combat où il se crée un personnage burlesque, quelque peu naïf. Il trouve ainsi une grande notoriété.

En 1945, dans le cadre de ses reportages, Calet se rend à la prison de Fresnes où un grand nombre de résistants avaient été conduits sous l’Occupation pour y recueillir des messages  inscrits sur les murs,
parfois avec leur propre sang,
par les prisonniers, écrits. Les documents des Murs de Fresnes, accompagnés de photographies et d’un sobre commentaire, paraissent en décembre 1945.

Le Bouquet reste aujourd’hui encore l’un des meilleurs témoignages sur cette période. Par la suite, il écrit une série de livres, de récits de voyage « à la paresseuse ».

Henri Calet meurt le 14 juillet 1956 à Vence, laissant derrière lui un ensemble important de textes rares, parfois inédits. Ecrivain méconnu de son vivant, lui et son œuvre furent redécouverts avec passion au début des années quatre-vingt.

Résumé

En 1949, un ami d’Henri Calet le convie à participer à un congrès de scientifiques en tant que journaliste français. C’est en train qu’il effectue le voyage à travers l’Italie.


Récit de voyage

Le voyage en Italie, pays tant de fois raconté, peint, est quasiment un genre littéraire à part entière. Nombre d’écrivains ont enfilé la botte pour en rapporter toutes sortes de récits. Henri Calet a choisi de le dire à travers « un journal intime de voyage ». Ici rien d’original. Il s’aligne dans une véritable tradition. Aux teintes humanistes, sa manière de narrer n’en est pas moins imprégnée de l’influence des récits de voyage du 18e siècle. Au fil des « chapitres » titrés, se déroulent des décors empreints d’Histoire, des paysages lumineux, des lieux symboles de la toute puissance culturelle. Pourtant tout cela n’est qu’évoqué, à peine cité.

Les récits ne sont herméneutiques qu’en apparence. Calet regrette l’influence de la tradition sur ses sensations qu’il ne veut pas automatiques.

« Et c’est bien ce qui déconcerte en Italie : on ne parvient pas à voir au-delà, au-dessous de la peinture (ni de la légende, ni de l’Histoire, ni des chansons).
L’Italie est recouverte d’une croûte, d’une patine artistique et romanesque qu’il faudrait avoir l’énergie de gratter… »


L’auteur vit l’Italie de façon bien plus triviale en profitant de tous les « petits plaisirs de la vie ». Il arpente Rome, Venise, part à la recherche de femmes superbes, découvre d’enivrants apéritifs au goût amer, les courses de chiens, déambule dans des ruelles mal famées. Il visite Venise à l’aide «d'un petit vapeur (vaporetto) surchargé de monde. Nous étions serrés les uns contre les autres, ainsi que dans le métro aux heures de pointe, ce qui m'empêchait de m'extasier de façon convenable devant les palais que mon ami nommait au passage».

Quelques mots lui suffisent pour exprimer une émotion, un lieu, une femme …

Il se détache de la tradition de bien des manières, créant l’originalité, il impose sa personnalité. Approcher la poésie ne semble pas être le but suprême d’Henri Calet qui déboute lui même ce projet en insérant des épigraphes déroutantes en début de chaque chapitre (la plupart tirées des Lettres d’Italie de De Brosses, écrivain du 18e siècle) :

« Les canaux [vénitiens] étroits sont d’une horrible infection. On sait bien qu’il faut que les choses sentent ce qu’elles doivent sentir. Il est permis aux canaux, quels qu’ils soient, de puotter en été, mais pour le coup, c’est abuser de la permission ».
 

Le didactisme est ainsi évincé en douceur par ces phrases :

« Je confesse que je suis un touriste apathique, et même décourageant ; j'attends que les choses retiennent mon attention, qu'elles me raccrochent, qu'elles me fassent de l'œil. »

Les mots, les phrases transcrivent une émotion bucolique, citadine ambiante. Vit-il réellement le dépaysement ? Oui Pourtant  les trajets en  train agissent comme un lien entre Paris et l’Italie. L’origine du départ est cruciale pour l’auteur. La littérature d’Henri Calet peut être qualifiée de « littérature arrondissementière ». Le lien avec Paris et le 14e arrondissement, la France en général est là, partout. Dans le chauvinisme, dans la comparaison.

Où que l’on aille, où que l’on se trouve, il ne s’agit pas de s’oublier, en tant qu’être humain, duel mais Un. Le personnage tente de se faire passer pour un autre. Il endosse une fausse identité, celle d’un journaliste représentant la France à un congrès de scientifiques autour du méthane. Pourtant cet effort est vain. Il conclut :

« Ce qui rend les voyages à peu près inutiles, c'est que l'on se déplace toujours avec soi, avec les mêmes pensées, le même passé, les mêmes ennuis. Où que l'on se trouve, on n'est jamais seul. »

A ce titre l’Italie n’est alors plus qu’anecdotique.

Pourquoi choisir ce livre ?

L’Italie à la paresseuse est réédité en 2009 aux éditions Le Dilettante. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de découvrir cet auteur pour moi inconnu. Texte original et étonnant autant par son fond que par sa forme. Sous un aspect de récit de voyage, Henri Calet en feignant de raconter l’Italie se dit en tant qu’être humain contradictoire mais Un.

Camille, A.S. Bib.-Méd.


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