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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:30












TANIGUCHI Jirô
Quartier Lointain
Casterman, 2003
Intégrale : 2006

   











Les mangas auraient-ils acquis leurs lettres de noblesse en France? Le public est de plus en plus conscient de leur valeur littéraire, et le festival d'Angoulême a couronné Quartier Lointain de Jirô Taniguchi du Prix Alph'art en 2003. Cette reconnaissance a permis à cet ouvrage de bénéficier d'une couverture médiatique intéressante, et m'a incitée à le lire. Pourtant, je ne lis que peu de bandes dessinées, et je ne lis jamais de mangas. Toutefois, quelques bonnes critiques et la lecture de la quatrième de couverture m'ont donné envie de tenter ma chance. La perspective de lire l'histoire d'un homme à qui le destin permet de revivre son adolescence m'a séduite.










Nakahara Hiroshi, le narrateur de ce récit, est un homme âgé d'une quarantaine d'années. Il n'est pas un être exceptionnel : c'est un mari et un père lointain pour sa femme et ses filles, un employé qui « picole » de temps en temps, seule entorse à ce qui semble être une vie morne et bien réglée. Il quitte son foyer, un matin, pour un voyage d'affaires. Affligé d'une « parfaite gueule de bois » , il se trompe de train. Au lieu de se rendre à Tokyo, il est en route pour la ville de son enfance : Kurayoshi. Il ne fait pas demi-tour pour autant, et profite de cet incident pour se rendre devant son ancienne maison, puis sur la tombe de sa mère, décédée trois ans plus tôt. Plongé dans ses pensées et ses souvenirs, il s'assoupit dans le cimetière.

   








À son réveil, et à sa grande surprise, Nakahara Hiroshi découvre qu'il n'est plus l'homme qu'il était. Il a de nouveau quatorze ans, et la ville qui l'entoure a fait, elle aussi, un bond de plusieurs dizaines d'années en arrière. Il se précipite alors chez lui, et y trouve sa famille au complet : son père, qui quittera le foyer quelques mois plus tard, sa mère et sa grand-mère, toutes deux encore vivantes à l'époque, et sa petite sœur. C'est la veille de la rentrée scolaire et Hiroshi, qui est toujours, au fond de lui, un père de famille, doit reprendre le chemin de l'école. Cet étrange rebondissement va lui permettre de vivre sa vie d'adolescent avec le recul et l'expérience d'un adulte, et va aussi lui offrir une opportunité extraordinaire : empêcher le départ, jusqu'alors inexpliqué, de son père, l'été de ses quinze ans.

   
Nakahara Hiroshi redevient un adolescent, sans doute celui que nous rêvons d'être. Il a une maturité suffisante pour posséder du recul sur les événements, recul qu'il lui était impossible d'avoir la première fois qu'il a eu quatorze ans. Ses camarades et sa famille le remarquent, et il devient un jeune homme apprécié, considéré comme mature et intelligent. C'est pour cette raison que sa grand-mère lui confiera le secret du passé de ses parents, déterminant dans l'explication de la disparition du père. Le départ annoncé de M. Nakahara rythme le récit : plus son départ approche, plus son personnage devient central, reflétant l'obsession du fils. Celui-ci le guette, le suit, et il découvre ainsi un personnage complexe, qui, à son grand désespoir, semble inaccessible, lointain, malgré son apparence de bon père et de bon mari. Le temps passe, inexorable, jusqu'au jour du départ, de l'abandon : Hiroshi se battra jusqu'au bout pour qu'il reste.

   
Quartier lointain s'achève sur le retour de Nakahara Hiroshi dans son présent. Il a de nouveau quarante ans, il retrouve sa femme, ses deux filles. Mais il n'est plus le père, l'époux qui a quitté son foyer quelques jours plus tôt. Si l'adolescent avait acquis une certaine maturité, le père de famille semble aussi en bénéficier. Il perçoit différemment le rôle du père dans la famille, le Hiroshi froid et distant a peut-être disparu. Mais les souvenirs de ce retour en arrière ne s'estompent pas, et l'auteur semble nous suggérer qu'ils l'aideront à affronter son futur, et à s'éloigner du spectre de l'abandon, de la fuite qui planait sur son destin.

    
Cette œuvre propose une réflexion sur la paternité, sur la maturité qu'il faut acquérir afin de devenir père. Les planches sont simples, entièrement au service de la narration. Quartier lointain est une quête douce-amère qui, une fois terminée, laisse le héros, comme le lecteur, grandi.


Mélaize, A.S. Bib.-Méd.

Sur Taniguchi, voir aussi




l'article de Sandrine sur La Montagne magique





  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase
 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

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commentaires

morue la fée 06/10/2009 23:19


très bel album que ce one shot, ta chronique m'a donné envie de le relire ! merci


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