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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 19:30





Chris WARE
Jimmy Corrigan, the smartest kid on earth

Delcourt, 2002










Chris Ware est un auteur de bandes dessinées américain né en 1967. Il a reçu pour son œuvre semi-autobiographique Jimmy Corrigan, the smartest kid on earth le prix du meilleur premier roman du journal britannique The Guardian en 2001 (récompensant pour la première fois une bande dessinée), et le prix du meilleur album au festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2003.

Jimmy Corrigan est un homme d’une trentaine d’années, employé de bureau vivant seul, avec pour seule relation une mère en maison de retraite qui l’appelle plusieurs fois par jour au téléphone. Privé de père et d’amis, repoussé par les femmes, il ne vit qu’à travers ses souvenirs d’enfance et ses fantasmes, qui prennent parfois le pas sur la réalité. Il compense ce manque de figure paternelle par une admiration pour les super-héros. Mais un jour il reçoit une lettre totalement inattendue de son père, qui lui propose de le rencontrer. De son bureau, Jimmy voit Superman lui faire un signe et se jeter du haut d’un immeuble. Mais non, Superman ne vole pas, et s’écrase sur le sol. Non, son père n’est pas un super-héros de bandes dessinées, il existe bel et bien. C’est donc avec réticence que Jimmy part le retrouver, pour une confrontation tellement redoutée avec celui qu’il hait tout en désirant le connaître. L’histoire est ponctuée de flash-back, évoquant l’enfance de James Corrigan, le grand-père de Jimmy, qui a lui-même subi une relation difficile avec son père, avec pour décor l’Amérique de la fin du XIXème
siècle.

Jimmy Corrigan, the smartest kid on earth n’est pas seulement une bande dessinée, c’est aussi un objet graphique entièrement conçu par l’auteur. Chris Ware est exigeant. Exigeant avec lui-même tout d’abord, il fournit un graphisme très contenu, à l’image du personnage de Jimmy, renfermé en lui-même. Même lors des fantasmes les plus fous de Jimmy (plusieurs fois il assassine son père, en pensée), le dessin reste posé, rien ne déborde des lignes parfaitement dessinées, et donne toujours une impression de retenue vis-à-vis de la situation. L’auteur modifie le rythme de son histoire grâce à la disposition et à la taille des cases. Ainsi lorsque l’action s’accélère, les cases sont minuscules, puis retrouvent une taille normale quand l’histoire devient plus posée. Il fait ressentir la solitude extrême du personnage principal par l’encadrement incessant de celui-ci dans les fenêtres, portes et autres lignes perpendiculaires du décor, et également en masquant les visages de la plupart de ses interlocuteurs. Parfois il casse le rythme et le déroulement de l’histoire, pour introduire des passages humoristiques. Par exemple, au premier quart de l’album se trouve une double page présentant sous forme de gag un « Résumé de notre histoire à ce stade », qui parvient à détendre l’atmosphère pesante ressentie dans le reste de l’album. Chris Ware a conçu son objet-livre en ne laissant rien au hasard ou à la décision de son éditeur. Il a donné des consignes pour le format, l’épaisseur et la qualité du papier, et même pour le lettrage des versions traduites. L’auteur exploite ainsi magnifiquement l’intégralité de son œuvre, qui est bien plus qu’une bande dessinée.


Éric, A.S. Bib.

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commentaires

Gregoire Bessagnet 06/09/2009 23:15

Un magnifique classique de la BD indépendante US. Son auteur est quelqu'un d'assez exceptionnel. Pour l'avoir rencontré à Angoulême...

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