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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 19:30













Bruce CHATWIN
En Patagonie

Grasset, les Cahiers rouges, 2002            

















Il m’est très difficile de parler d’En Patagonie. En effet, ce livre me pose problème. Bien qu’attirée par la littérature de voyage et intriguée par l’ami Bruce et ses théories sur le nomadisme, je ne suis pas parvenue à apprécier son récit et j’ai lutté pour en venir à bout.

Loin de moi l’idée de vous dire que c’est un mauvais livre. Peut-être n’était-ce pas le bon moment pour le lire, peut-être me faut-il découvrir d’autres paysages avant ceux de Chatwin. Peut-être aussi que la littérature de voyage ne s’apprivoise pas et qu’elle vous attrape sur le chemin à un moment précis.

Je pense avoir raté le bus qui aurait pu m’emmener en Terre de feu mais je vais néanmoins tenter de vous présenter cet ouvrage et ce routard dénommé Bruce Chatwin…

En Patagonie est le premier ouvrage de Bruce Chatwin. L’histoire est tout à fait intrigante. Petit garçon, Bruce était obsédé par  un lambeau de peau enfermé dans une vitrine chez sa grand-mère. D’après sa mère, cette peau était sans doute le vestige d’un brontosaure, un de ces géants trépassés il y a 65 millions d’années.

Il ne s’agit pas là d’une version de Jurassic Park, mais de l’obsession d’un enfant qui le mènera à réaliser un rêve. En grandissant, et comprenant qu’il ne s’agit pas d’une peau de brontosaure mais de celle d’un mylodon, sorte de paresseux géant, il rencontre Eileen Gray, qui trop vieille pour voyager, incite Bruce à partir en Patagonie à sa place.

A partir de là, Chatwin part pour l’Amérique du sud et sillonne l’Argentine du Rio Negro jusqu’en Terre de feu.

Le livre est composé de 97 petits chapitres qui sont autant d’anecdotes, de photographies. Bien que suivant un fil conducteur tout au long du récit, les chapitres ne sont pas réellement liés entre eux. Au travers de ces morceaux choisis, c’est la Patagonie qui s’ouvre à nous avec ses villes chaudes,  sa population brassée  pleine de nationalités différentes, ses paysages battus par les vents.

Mais c’est aussi tout un contexte politique et social que nous découvrons. La Patagonie de Chatwin, c’est celle marquée par le couple Perón.

Après toutes ces pérégrinations, rencontrant les personnes les plus différentes les unes des autres, on retrouvera le fameux lambeau de peau… La boucle et bouclée, voyage circulaire que l’on peut recommencer à l’image que Chatwin se faisait du voyage.




J'admets cette histoire a l’air très bien, pleine d’anecdotes, de pistes à découvrir, mais c’est justement cet aspect qui m’a dérangé. Ce découpage ne m’a pas permis d'entrer dans le récit, je n’ai pas eu le temps de m’imprégner des personnages, des odeurs, des images. Je me suis sentie perdue dans la multitude d’anecdotes. J’avais peut-être une autre vision du voyage et de la littérature de voyage. Je m’attendais à une évasion loin du monde connu, dans une terre vierge de toutes civilisations. Mais tous ces détails politiques, ces épisodes qui s’enchaînent, certes intéressants, m’ont gardée attachée à notre vision du monde tandis que je cherchais à m’évader.

Chatwin reste un personnage passionnant pour autant : il faut savoir que son départ en Patagonie s’est fait sur un coup de tête. En effet, journaliste au Sunday Times à l’époque, il laissera pour  seule indication : « Parti en Patagonie ».

Il reviendra six mois plus tard avec les prémices de son ouvrage qu’il publiera en 1977.

Chatwin a toujours eu la « bougeotte », il détestait rester sur place, le domicile le rendait claustrophobe. Il passera sa vie à développer une théorie du voyage, du nomadisme. Il considère que l’homme n’est pas fait pour être sédentaire, notre simple condition physique nous pousse à marcher :

« L’acte de voyager contribue à apporter une sensation de bien-être physique et mental, alors que la monotonie d’une sédentarité prolongée ou d’un travail régulier engendre la fatigue et une sensation d’inadaptation personnelle. Les bébés pleurent souvent pour la seule raison qu’ils ne supportent pas de rester immobiles. Il est rare d’entendre un enfant pleurer dans une caravane de nomades. (…) “Notre nature, écrivait Pascal, est dans le mouvement. La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement.” Divertissement. Distraction. Fantaisie. Changement de mode, de nourriture, d’amour, de paysage. Sans changement notre cerveau et notre corps s’étiolent. L’homme qui reste tranquillement assis dans une pièce aux volets clos sombrera vraisemblablement dans la folie, en proie à des hallucinations et à l’introspection. Des neurologues américains ont étudié des électroencéphalogrammes de voyageurs. Ils y ont constaté que les changements d’environnement et la prise de conscience du passage des saisons au cours de l’année stimulaient les rythmes du cerveau, ce qui apportait une sensation de bien-être et incitait à mener une existence plus active. Un cadre de vie monotone, des activités régulières et ennuyeuses entraînaient des types de comportement produisant fatigue, désordres nerveux, apathie, dégoût de soi-même et réactions violentes. »

Passionné par Rimbaud, Chatwin disparaîtra de façon toute aussi énigmatique que le poète. Malade du SIDA, il continue de faire croire à l’exotisme et aux voyages en racontant qu’il est atteint d’un mal venu de Chine qui l’empêche de se mouvoir : « Je ne peux plus bouger, ce qui pour quelqu’un qui adore bouger est quelque chose de vraiment horrible ».

Il décède le 18 janvier 1989 dans le sud de la France. A la disparition de l’écrivain-voyageur, un journal titrera : « Chatwin est reparti ».


Pour aller plus loin
Bibliographie
  •  En Patagonie, 1977
  • Le Vice-roi de Ouidah, 1980
  • Les jumeaux de Black Hill, 1982
  • Le chant des pistes, 1987
  •  Utz, 1988
  • Qu'est-ce que je fais là, 1989
  • Anatomie de l'errance, 1996


Tracy Moureau, A.S BIB

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