Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 19:30

Il y a trois ans, alors que je parcourais l’Australie depuis plusieurs mois, je décidai de m’arrêter à Sydney quelques temps. Mes finances s’amenuisaient de jour en jour, aussi je comptais trouver un travail afin de pouvoir continuer mon périple.

Je décrochai un poste de barman dans le quartier de The Rocks, et répondis à une annonce pour une chambre à louer dans une maison près du port. Je dois préciser qu’en Australie, comme dans les autres pays anglo-saxons, on trouve beaucoup de boarding houses. Ce sont des grandes maisons dont toutes les pièces sont transformées en chambres à louer, souvent à des étudiants, ou à des voyageurs de passage.

Je me présentai au rendez vous que m’avait fixé la propriétaire, une vieille dame Néo-Zélandaise, et m’empressai d’accepter l’offre. Après avoir passé de nombreuses nuits dans des Backpackers hostels, lorsque ce n’était pas à la belle étoile, durant tout l’été, j’allais retrouver un peu de calme et de confort. Ce qui ne se vérifia pas tout à fait par la suite mais cela est une autre histoire.

J’emménageai donc le lendemain, si toutefois poser une malle et une guitare dans une chambre peut être considéré comme un emménagement, et payai mon premier loyer à la propriétaire. Son regard se fixa sur le livre de Graham Masterton que je venais de poser sur le rebord de la fenêtre.

—  Tu aimes la littérature fantastique ? me demanda-t-elle.

Je répondis par l’affirmative.

  Alors tu es bien tombé.

Que voulait-elle dire par là ?

Tu sais que Robert Louis Stevenson a vécu dans cette maison ?

J’avais lu des années auparavant L’étrange cas du docteur Jekyll et de Mister Hyde. Une histoire sombre qui traite de l’instinct animal qui se cache en chacun de nous, et un des premiers romans à évoquer le phénomène du lycanthrope, que l’on décline aujourd’hui sous la forme du loup-garou. Un roman que l’on peut certainement considérer comme un classique de la littérature fantastique, au même titre que Dracula de Bram Stoker ou Frankenstein de Mary Shelley.

Et il logeait dans la chambre au-dessus de la tienne, continua-t-elle. Cette maison fut l’une des premières construites dans le quartier au 19ème siècle. Lorsque je l’ai achetée il y trente ans, il existait un registre signé par tous les locataires avant qu’ils quittent les lieux, et l’une des premières signatures était celle de Stevenson. Malheureusement le registre a été volé depuis longtemps.

Je savais que Stevenson avait beaucoup voyagé mais je ne savais plus où exactement. Aussi, dès le lendemain, je me rendis dans une librairie pour trouver des livres de lui, et une biographie, car je restais sceptique devant une telle coïncidence.

Je fus d’ailleurs étonné du nombre de librairies dans le centre-ville de Sydney. Plusieurs appartiennent à la chaîne Dymocks mais certaines sont indépendantes et spécialisées dans les littératures les plus diverses.

Je trouvai donc facilement des livres à propos de Robert Louis Stevenson.



J’appris qu’il était né en Ecosse et avait longtemps
voyagé en Europe et aux Etats-Unis. Lorsqu’il se rendit en Californie avec sa femme, qui était américaine, ils décidèrent de traverser l’océan Pacifique. Ils se rendirent en Australie, et s’arrêtèrent effectivement à Sydney, d’où il obtint des nouvelles de ses publications qui obtenaient du succès en Europe. Ils partirent ensuite vers les îles du Pacifique sud : Fidji, Samoa, les îles Marquises... Il chercha ainsi toute sa vie un climat plus clément que le froid et l’humidité écossaise, car il souffrait de tuberculose depuis son plus jeune âge, et succomba dans une des îles Polynésiennes.




Aussi n’est-il pas étonnant de trouver dans sa bibliographie des récits d’aventures et de vo
yages, dont le plus célèbre est L’île au trésor, et des œuvres différentes telles que L’étrange cas du docteur Jekyll et Mister Hyde, Le voleur de cadavres, La flèche noire ou Le maître de Ballantrae.

La vieille dame m’apprit par la suite qu’un film avait été tourné sur l’écrivain et qu’une des scènes fut tournée dans cette maison. Mais elle n’en gardait d’ailleurs pas un très bon souvenir, car l’équipe était repartie en laissant la maison sens dessus dessous, et avec une vague promesse de rémunération qu’elle doit certainement attendre encore aujourd’hui.

Depuis j’ai relu Jekyll et Hyde, et lorsque que j’entends parler de Robert Louis Stevenson, je ne peux m’empêcher de repenser à cette vieille maison sur les docks de Sydney, dont le parquet craquait à tous les étages et les courants d’air faisaient trembler les vitres.

Il y avait autre chose de surprenant dans cette maison. Sa bibliothèque avait été constituée avec les livres que les voyageurs laissaient avant de reprendre leur route. Les genres étaient différents mais étrangement je constatais une dominance du fantastique. Pourquoi plus de fantastique ?

 « Hey it’s Stevenson’s ghost » m’avait répondu la propriétaire.

Lorsque je partis, des mois plus tard, je ne dérogeai pas à la tradition et laissai mes livres sur les étagères parmi les autres. Une fois dehors je regardai une dernière fois la fenêtre au-dessus de mon ancienne chambre.

De toutes les maisons du port de Sydney le hasard avait voulu que je trouve celle où avait séjourné Robert Louis Stevenson.

François, Éd.-Lib.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives