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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 19:30










Gustavo BOSSERT
Les Domestiques

Titre original : Los sirvientes
Traduit de l’argentin par André Gabastou
J’ai lu, 2003


















Les Martí vivent loin de tout, dans la campagne argentine. Ils profitent pleinement de leur calme retraite jusqu’au jour où Némésis – ayant pris la forme d’une voiture bleue – apparaît sur l’unique chemin menant à leur petit nid. Le début de leur malheur. De la voiture sort un jeune couple de domestiques qui prétend venir en réponse à « leur petite annonce ». Les Martí, pensant à un malentendu, leur proposent néanmoins de les héberger pour la nuit qui approche. Mais dès le lendemain, les étrangers investissent la maison dans leur habit de domestique, sourds aux contestations des Martí. Car il s’agit bien d’un dialogue de sourds entre le domestique Javier qui soutient que « toute maison a besoin de personnel » et Pablo Martí qui s’efforce d’abord de les chasser sans brusquerie. Mais l’étrange comportement des domestiques va rapidement devenir insoutenable.

« Tout à coup, le traversin s’agita sous leur tête.
– Il est huit heures et demie, disait tout près d’eux la voix sèche et sans timbre du majordome qui le secouait pour les aider à se réveiller.
Sur ces entrefaites, Sofia [la domestique] déplaça l’aspirateur d’un bout à l’autre de la pièce en ânonnant « Celui qui dort toute la journée a un crapaud qui grandit dans son bidon, celui qui se lève de bon matin, Dieu lui veut du bien, et celui qui pique un roupillon récolte des morpions ». Quand elle passait près du lit elle leur disait d’un ton amical :
– Levez-vous, bande de roupilleurs !
Le regard que posait le majordome sur les Martí n’était pas de défi, il n’était pas non plus arrogant. Il exprimait uniquement la détermination de celui qui sait ou s’imagine qu’il fait dûment son devoir. Il ne répondit pas à la voix qui criait : « Sortez, espèces d’insolents ! ». Il ne fut pas non plus troublé par l’air étonné ou peut-être horrifié de la vieille femme qui l’observait, médusée, tirant les couvertures jusqu’à ce qu’elles recouvrent son visage, comme si elle cherchait à se protéger. Debout près du lit, le majordome se contenta de dire :
– Levez-vous, s’il vous plaît. C’est l’heure de faire le ménage. Et n’oubliez pas que, désormais, le petit déjeuner est à neuf heures et le déjeuner à midi.
Quand Martí, recouvrant son sang-froid, réussit à crier :
– Vous allez le payer cher, vous allez le regretter, vous êtes en train de commettre un délit,
le majordome, imperturbable, répondit :
– Exécuter les tâches domestiques n’est pas un délit, Monsieur. »
(p 28)

Dès le début  la couleur est annoncée : « la Captive », tel est le nom de la maison des Martí. D’abord simples parasites au comportement étrange et absurde, les deux intrus prennent peu à peu les Martí en otages dans leur propre maison ; et ils s’avèrent finalement être les vengeurs de Dorotea, ancienne domestique des retraités. La devise de Dorotea est simple : « Œil pour œil, dent pour dent ». Son but, retourner la situation en prenant la place des maîtres de maison. L’absurdité de la situation se transforme, au fur et à mesure que le stratagème se dévoile, en une tension angoissante et palpable. Notamment à l’arrivée de la vindicative Dorotea. Avec ce roman, Gustavo Bossert donne à la loi du Talion toute son ampleur. Dorotea compte prendre sa revanche en traitant ses anciens maîtres à leur tour comme des domestiques. Quant au lecteur, il est emprisonné dans cette situation tendue, oppressé comme les  Martí par ces domestiques machiavéliques.


Gaëlle, Bib.-Méd.-Pat.

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