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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 19:30














Emily BRONTË
Les Hauts de Hurle-Vent
Le livre de poche, 1974

  















Le seul roman d'Emily, membre de l'illustre famille Brontë, est considéré par nombre de critiques comme une des œuvres-phares de la littérature anglaise. Traduite, adaptée, interprétée, revisitée, cette histoire est aujourd'hui ancrée dans notre culture, à tel point qu'elle peut en paraître effrayante. Il n'est jamais facile de s'attaquer à la lecture d'un grand classique quand tant d'analyses et d'avis de grands experts ont été publiés. Un lecteur lambda n'aura-t-il pas l'impression de ne pas être à  la hauteur d'un de ces « monstres » de la littérature ?

   Emily Brontë


Pourtant, la lecture des Hauts de Hurlevent peut être une preuve, s'il en fallait, que ces classiques sont avant tout des ouvrages destinés au public, à tous les publics. S'ils continuent de rayonner bien au-delà de l'époque de leur auteur, c'est en raison, bien sûr, de leur qualité d'écriture, de leur inscription dans un contexte particulier. Mais, souvent, ils sont aussi porteurs d'un sens qui touche à l'universalité. Un roman comme les Hauts de Hurlevent est le reflet d'une époque, et savoir ce qui s'est produit durant sa genèse est une aide à sa compréhension. Pourtant, ignorer les détails historiques et sociologiques de l'Angleterre de l'ère victorienne n'altère en rien le fascinant récit d'Emily Brontë, qui s'attache à décrire la destinée tragique de deux familles anglaises du dix-septième siècle.

L'histoire débute avec l'arrivée d'un certain M. Lockwood à Thrushcross Grange,  une demeure qu'il a louée, et dont il veut connaître le propriétaire. Celui-ci se nomme Heathcliff et vit non loin de là. Comme tous les membres de sa maisonnée, il se révèle irascible et peu attaché aux bienséances : il ne fait aucun effort pour recevoir son visiteur convenablement. M. Lockwood, refroidi par cet accueil glacial, se voit malgré tout contraint de passer la nuit dans cette demeure solitaire, dressée sur une hauteur où rien ne l'abrite des vents violents qui lui ont donné son nom : « The Wurthering Heights », ou « les Hauts de Hurlevent ». À son retour chez lui, après une nuit éprouvante et une longue marche dans la neige, il doit s'aliter, souffrant. Il demande alors à sa servante, Nelly, de l'éclairer sur le mystère qui entoure les Hauts de Hurlevent. Celle-ci raconte alors comment, un soir d'hiver, l'arrivée d'un jeune orphelin a bouleversé à jamais le destin de deux familles voisines, les Linton et les Earnshaw.

Les Hauts de Hurlevent abritaient M. Earnshaw, sa femme ainsi que ses deux enfants, Catherine et Hindley. Nelly, la servante, était la fille de la nourrice de Hindley, et donc sa sœur de lait. M. Earnshaw ramena un soir de Liverpool un enfant trouvé dans la rue, à qui il donna le nom de Heathcliff. Ce dernier, choyé et protégé par celui qui l'avait recueilli, subit dès lors la jalousie de Hindley, qui se mua en haine et en mauvais traitements à la mort du chef de maison. Mais le jeune orphelin se rapprocha de Catherine, au point qu'ils ne se séparaient jamais et couraient ensemble la lande avoisinante. C'est au cours d'une de ces promenades qu'ils firent la connaissance des Linton. Cette famille vivait à « Thrushcross Grange » et se composait du couple Linton et de leurs enfants, Edgar et Isabelle, qui avaient sensiblement le même âge que Catherine et Heathcliff.

La rencontre fut un choc pour chaque partie : les enfants des Hauts de Hurlevent étaient beaux mais sauvages, ils avaient grandi sans se soucier des bonnes manières. Certes, Catherine recevait quelque éducation, mais leur vie à tous deux était avant tout rythmée par les punitions et les tourments que leur infligeait Hindley, qui s'attachait tout particulièrement à martyriser Heathcliff. Les enfants Linton quant à eux, étaient totalement différents. Blonds, délicats, polis, bien élevés, choyés, ils avaient grandi à l'abri de toute menace et de toute privation. Malgré le choc de cette première rencontre, une relation s'établit entre Catherine et les Linton, qui considéraient Heathcliff comme un domestique mal élevé, négligé, et donc négligeable. Il ne fut pas introduit dans ce nouveau cercle. Edgar tomba éperdument amoureux de Catherine, qui accepta sa demande en mariage, malgré son amour inavoué pour son trop étrange compagnon, Heathcliff. Tout aussi attaché à la jeune fille, blessé au cœur, ce dernier prit la fuite pour ne revenir que trois années plus tard, prêt à accomplir une implacable vengeance.

Emily Brontë, sous les traits de la narratrice, la servante Nelly, va se livrer sur chacun de ces jeunes gens à une étude de caractère approfondie. Loin de sombrer dans des stéréotypes, elle n'en fait pas des modèles de vertu, ni des scélérats. L'attachement qui est né entre Heathcliff et Catherine est à l'image de leur caractère : fort, passionné, emporté et violent. L'adolescent qu'était Hindley Earnshaw était déjà jaloux et taciturne, la mort de sa femme à la naissance de leur fils, Hareton, ne le métamorphosera pas, au contraire, elle ne fera que révéler ce qui était déjà latent chez lui depuis longtemps. Les enfants Linton, quant à eux, si purs et innocents, si naïfs,  élevés à l'abri des horreurs du monde ne pouvaient qu'être fascinés par le sombre Heathcliff et la fantasque Catherine. Rien ne pouvait les laisser soupçonner leur égoïsme et le profond attachement qui liait ces derniers avant qu'il ne soit déjà trop tard.

Edgar et Isabelle seront broyés par le sombre orphelin, devenu propriétaire des Hauts de Hurlevent après avoir ruiné Hindley Earnshaw. Heathcliff enlèvera ensuite Isabelle Linton et l'épousera, la maltraitera avant qu'elle ne s'enfuie pour élever le fils, né de ce sinistre mariage, qu'elle baptisera Linton Heathcliff. Mais la destruction de Hindley et des enfants Hilton n'aura pas la saveur espérée. Catherine meurt après une dispute orageuse avec Heathcliff, en mettant au monde Cathy Linton, son unique enfant, héritière de « Thrushcross Grange ».

    La perte de son amour n'apaisera pourtant pas la colère froide et calculatrice de Heathcliff. Au contraire, il s'acharnera sur ceux qui n'avaient pas pris part à cette tumultueuse histoire d'amour et de haine mais en étaient les fruits. Il fera tout son possible pour détruire à leur tour Cathy Linton et Hareton Earnshaw, en se servant de son propre fils, Linton Heathcliff. Ceux-ci seront les jouets d'un homme que les mauvais traitements transformèrent en monstre machiavélique, et dont la soif de vengeance semblait inextinguible. Il avait élevé Hareton, le dernier descendant de la famille fortunée des Earnshaw, pour en faire un domestique rude, impoli, illettré, et, qui plus est, totalement dévoué à son service. Il se servit sans scrupules de Linton Heathcliff, fruit malade et souffreteux de son mariage avec Isabelle, pour piéger Cathy Linton et faire de sa vie un enfer. Tous ses complots aboutissaient inexorablement, aucun des personnages gravitant autour de l'impitoyable Heathcliff ne semblait capable de lui échapper. L'orphelin dont l'enfance n'avait été qu'une succession d'humiliations avait accompli une vengeance sans pareille en anéantissant les deux familles qu'il jugeait responsables, les Earnshaw et les Linton. Sa force et son intelligence avaient soumis le destin, qui, désormais à son service, poursuivait impitoyablement chaque membre de ces familles, leur faisant connaître le désespoir et l'horreur.

Emily Brontë explore minutieusement les traits de caractère qui forment les personnages. Complexes et tourmentés, rarement bons, ils sont avant tout profondément humains. Le tour de force de l'auteur est donc de nous livrer une étude de nos semblables sans artifices et sans indulgence, qui ne les rend pas pour autant haïssables. Au fond, chacun a trouvé l'occasion de montrer une bonté, une sensibilité qui affleure chez les personnages les plus noirs, mais qui n'apparaissent que si les circonstances sont exceptionnelles. Il n'y a pas de monstre dans les Hauts de Hurlevent, seulement des êtres dont la vie n'a été qu'une suite d'épreuves, de privations et de rancœurs. Emily Brontë dévoile dans cet ouvrage une humanité sombre et effrayante, qui, si les circonstances l'y poussent, peut se montrer d'une violence inouïe. Pourtant, ce récit n'est pas pessimiste. S'il a fallu attendre les dernières pages pour trouver une note d'espoir, celle-ci est telle qu'elle permet à son lecteur de refermer son livre troublé, certes, mais réconcilié avec sa propre humanité.


Mélaize, A.S. Bib.


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commentaires

Luna 18/03/2011 06:38


"Les hauts de Hurle-Vent" est loin d'être un roman qui m'a passionné... Je l'ai trouvé trop lent, peu crédible (pour le coup, ça se voyait vraiment qu'elle n'y connaissait rien !). Cela étant dit,
je comprends aisément pourquoi c'est l'un des romans préférés de beaucoup de personnes : au niveau de l'histoire, il a tout pour plaire !
Je viens d'ailleurs de poster ma critique sur ce roman d'Emily Brontë sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


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