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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 19:30
Entretien avec Xavier Vernet,
libraire et gérant de la librairie Scylla,
spécialisée en science-fiction
(9 mars 2009)


Scylla est une librairie spécialisée surtout en science-fiction pour adultes, mais aussi en fantasy et fantastique. Elle a commencé par vendre uniquement de l’occasion.


— Quand avez-vous créé la librairie ?

Le 1er janvier 2004, et l’ouverture s’est faite le 9 février 2004.

Quand vous êtes-vous lancé dans le marché du livre neuf et pourquoi ?

En mai 2004 avec Harmonia Mundi, sur la demande des clients et mon envie de défendre certains livres

Quels sont les types de public ?
—  habitués ? 214 clients ont réalisé 70% du CA de 2008
—  hommes ? 165 (77.10%)
—  femmes ? 49 (22.90%)
—  quelle(s) tranche(s) d'âge ? entre 20 et 40 ans pour 80% d'entre eux
Les 10 plus gros clients font 22% du chiffre d’affaires par an.


Nombre de titres de la librairie ? (neuf et occasion séparés)

En tout il y en a plus de 10 000 dont 60% sont de l’occasion et 40% du neuf. Les poches représentent 60% des livres tandis que les grands formats représentent 40%.

Nombre de titres en science-fiction (si possible) ?

Il est impossible de les compter.

Surface de la librairie ? (Surface occupée par le neuf, surface occupée par l'occasion)

La librairie fait 20 m² en tout et la répartition entre le neuf et l’occasion c’est à peu près moitié/moitié.

Depuis quand avez-vous un rayon science-fiction ? S'est-il développé au fil des ans ou a-t-il régressé ?

Depuis le début, forcément. Tous les rayons de Scylla ont une énorme tendance à se développer quelle qu'en soit l'étiquette.


Comment voyez-vous votre librairie dans l’avenir ? (Développement ?)

Je pourrais la faire devenir une société (c’est une entreprise individuelle pour l’instant), mais ce serait plus compliqué…

Fréquence des réassorts ?

Hebdomadaire.

Fréquence des retours ?

4 fois par an pour Harmonia Mundi.
1 ou 2 fois par an pour les autres distributeurs
Certaines années il n’y a pas de retour sur certains distributeurs.


Classement (Interclassement ? total ? partiel ?)

Je ne divise pas les genres, c’est plutôt un classement par collection. Pour ce qui est du neuf je range par éditeur puis par ordre alphabétique d’auteur.

Intitulés des rayons ?

Il n’y a pas d’intitulés et ça manque à la première visite, on s’y perd. Mais on sait ensuite comment tout est rangé, on sait où chercher les livres et surtout le libraire est là pour renseigner ! D’un côté on trouve l’occasion, de l’autre le neuf.

Suivi des nouveautés ? Suivez-vous toutes les nouveautés, ou faites-vous un choix ?

Je suis toutes les nouveautés de l'imaginaire sauf les licences (Star Trek, Star Wars, Terminator, Alien…) que je ne travaille que sur commande (c'est-à-dire jamais). Je référence tous sauf les licences donc, les choix se font au niveau des quantités : j’essaie de suivre et de garder 80% de chaque édition tout le temps.

Passez-vous souvent des commandes ? Quels sont vos services aux clients ?

J’offre souvent des boissons aux habitués. Je stocke aussi pas mal de livres donc je peux en mettre de côté pour les habitués. C’est de la reconnaissance et ça a un grand impact. Je peux aussi passer des commandes pour les habitués, ce qui se fait assez régulièrement.

Saisonnalité du genre ? Y en a-t-il une ? Si oui, quand ?

Non, il y a juste une petite hausse à Noël malgré tout. Ou sinon en fonction des signatures.

Quels sont vos outils de communication ? Comment vous faites-vous connaître (surtout au départ, comment vous êtes-vous fait connaître ?) ? Êtes-vous en relation avec des acteurs majeurs dans le genre ? Si oui, lesquels ?

Via le net, les forums des sites spécialisés comme ActuSF, le Cafard cosmique, CultureSF. Et puis les sites d'éditeurs pour les annonces de dédicaces. Je suis en contact avec des acteurs majeurs qui sont des éditeurs, auteurs et illustrateurs.

Quelles sont vos relations avec la librairie YS ?

Clément Bourgoin est un ami, je lui fournis des livres et prends une commission sur les ventes des livres fournis. Le panier moyen de la librairie en ligne est de 40 à 50 euros.

Comment promouvoir le secteur selon vous ?

J’ai participé au salon de Sèvres une année, mais c’est trop dangereux : j’ai fait 10% de mon chiffre d’affaires de l’année sur un seul samedi. Je ne travaille pas avec des collectivités, sauf avec un comité d’entreprise (Filipacchi). Le libraire ne prend que 40% du prix du livre, le reste revenant au reste de la chaîne du livre. Le loyer prend 8% du chiffre d’affaires, le salaire (en 2008) 15,5%, les charges sociales 15%, il n’y a donc qu’un gain de 2% ça n’en vaut pas la peine.

Pour vous, quelles sont les éditions et collections-phares ? (Les plus représentatives du genre de la SF, celles qui marchent le mieux, celles que vous conseillez).

Les plus représentatives du genre de la science-fiction ? « Folio SF » peut-être avec un patrimoine de qualité. Les plus importantes sont Denoël avec « Lunes d'encre » qui a une vraie ligne éditoriale (12 livres par an) et Le Bélial qui est indépendante.
Celles qui marchent le mieux sont celles que je conseille donc : « Folio SF », « Lunes d'encre », Le Bélial.


En ce qui concerne la clientèle, comment fonctionnent vos ventes ? Plus à travers vos conseils de lecture, ou par l'attrait de la nouveauté, ou l'attirance des clients pour votre fonds ?

Les comportements d'achats sont assez variés, ça devrait pouvoir se restreindre à ceux qui achètent :
1/ que de la nouveauté en neuf
2/ que de l'occasion (collectionneurs)
3/ le moins cher
4/ selon les conseils (du libraire, des autres clients, des critiques, des chroniques des forumeurs et blogueurs)
5/ sur impulsion en flânant dans la librairie
6/ chacune des précédentes catégories est sujette à de nombreuses exceptions et toutes se mélangent.

Qu'est-ce qui marche le plus dans votre librairie ? (chiffres, pourcentage) Fantasy ? Poche ?
SF ? Grand format ?
Autres ?

N'étant pas informatisé, impossible de le dire avec exactitude mais pour 2008 ce qui est sûr c’est que le chiffre d’affaires se compose de la manière suivante :
17% pour l’occasion
37% pour le neuf de moins de 6 mois (la nouveauté)
46% pour le neuf de plus de 6 mois (le fonds)
De plus en neuf : les poches toutes collections confondues : 15% et les grands formats toutes collections confondues : 85%

Quels sont vos rapports avec le monde de l'édition ? Comment travaillez-vous ? Êtes-vous en relation directe avec les éditeurs ? Voyez-vous des représentants ?

J’ai des contacts réguliers avec presque tous les éditeurs du genre qui me fournissent les plannings de parutions à venir, avec qui j’organise des rencontres avec des auteurs, à qui je peux poser des questions précises de détail (par exemple : quand est-ce que tel ou tel livre va être réimprimé et va-t-il l'être ?). Le secteur de la science-fiction dans l’édition est une niche, les éditeurs n’ont quasiment pas de budget, alors ils doivent se bouger s’ils veulent faire marcher leurs livres.

Comment voyez-vous la place de la SF dans l'édition aujourd'hui ?

Qualitativement elle se porte bien, des auteurs intéressants avec une voix qui leur est propre existent même s'ils vendent peu. Quantitativement, elle vend moins que la fantasy mais bien plus que le fantastique. Ici, je vends plus de science-fiction, beaucoup de titres qui ne se vendent d’ailleurs pas ailleurs.

Pour vous, est-ce un genre qui marche bien ? Qui stagne ? Qui régresse ? Qui tend à se stabiliser ?

Au niveau des ventes, sauf exceptions, si les ventes se réduisent plus qu'elles ne le sont aujourd'hui, il ne sera bientôt plus possible de traduire des ouvrages anglais faute d'acheteurs pour rentabiliser ne serait-ce que la traduction. La science-fiction est toujours en vie même s'il faut aujourd'hui aller la chercher aussi (et surtout) hors des rayons et de l'étiquette science-fiction. Par exemple La route de McCarthy chez L'Olivier qui a eu le prix Pulitzer et est un gros succès mondial, Terreur de Dan Simmons chez Robert Laffont, Le club des policiers Yiddish
de Michael Chabon chez Robert Laffont collection « Pavillons » (Prix Hugo), classés en littérature générale.

Depuis plusieurs années la fantasy grandit et surpasse la science-fiction ; comment pensez-vous que cette « mode », ce « courant », va évoluer ?

Ce n’est plus forcément vrai. Si le marché de la science-fiction se réduit encore on ne pourra bientôt plus traduire.

Pour vous, qu’est-ce que la science-fiction ?

Une bonne science-fiction doit être distrayante, doit être une découverte, doit faire réfléchir. Ce n’est pas une paralittérature « naze ».

Quels en sont les meilleurs prescripteurs ?

Il y a les libraires, et aussi le poids de la masse. Il y a les revues comme Bifrost, il y a ActuSF, le Cafard Cosmique, Jacques Baudou aussi avec ses articles dans Le Monde, Curval également au Magazine littéraire. Frédérique Roussel dans Libération, qui fait des papiers et des interviews avec des bons retours. Les blogs aussi (comme Nébal), Culture SF (forum), les forums éditeurs comme le Coin des Lecteurs (Griffe d’Encre)… La prescription se fait plus sur Internet car c’est plus rapide qu’un trimestriel.



Nombre de revues existant aujourd’hui : laquelle marche le mieux ? Surtout en abonnement ?

Elles gagnent à être bien référencées en bibliothèque. Il y a : Bifrost, Lunatique, FictionOpta créée en 1953 qui a été arrêtée dans les années 1980 après environ 412 numéros puis qui a été reprise chez Les Moutons électriques) et Galaxie, arrêtée également dans les années 1980 (elle a été racheté par les éditions Opta en 1964) puis reprise mais… la reprise n’est pas si bonne que ça. (anthologie périodique, qui paraît 2 fois par an), c’est une revue des éditions



Il existait d’autres collections et éditions à l’époque de l’apogée du genre ; quelles étaient, pour vous, les meilleures ? (qualitativement…)

Chez Robert Laffont « Ailleurs et Demain » a été la collection de référence pendant 20 ans (les premières années), aujourd’hui elle a 40 ans.
Chez Denoël « Lunes d’encre » (avec 21 salariés) est une très bonne collection. Calmann-Lévy avec sa collection « Dimension SF » visait à être une collection de science-fiction « intelligente », elle compte 80 titres. Bragelonne joue la stratégie de la quantité (plus de 35 salariés avec Milady). Les éditions Opta (Office de Publicité Technique et Artistique, maison d'édition française spécialisée dans le roman policier et la science fiction fondée en 1933) ont eu tous les formats possibles (revues, poche…). NéoActuSF est une association.
(Nouvelles Éditions Oswald) fantastique aventure, 214 livres.



Quels sont les grands auteurs classiques pour vous ?

Asimov, Herbert (science-fiction moderne), P. K. Dick, Bradbury, Tolkien, Orwell, Huxley, Priest, Greg Egan, Whitemore…







Pour vous, un éditeur pourrait-il se lancer dans la SF ? Est-ce que ce serait viable ?

Griffe d’encre s’est lancé et a publié 20 titres en deux ans avec moins de 500 titres par volume. Ils n’ont pas de distributeur pour l’instant. C’est viable mais sans grande rentabilité.




Selon vous, le genre va-t-il finir par disparaître ? Avenir du genre ?

Non le genre ne disparaîtra pas car les étiquettes permettent de savoir quoi vendre à qui (même si je ne suis absolument pas d'accord avec ça).

Isabel, Éd.-Lib.


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Published by Isabel - dans Entretiens
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