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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 19:30







 

 

 

 


ISHII Hisaichi

Mes voisins les Yamada

Éditions Delcourt

Collection Shampooing, 2009








 


À première vue, la couverture ne paye pas de mine : le trait paraît simple, voire simpliste. Mais l'économie du tracé est inversement proportionnel à la profondeur de l'intelligence sobre, drôle, tranquille que distille l'auteur dans ses cases. Mes voisins les Yamada est l'équivalent de Peanuts aux États-Unis et de Mafalda en Amérique latine ; c'est dire l'ancrage que cette famille japonaise typique des années 1990 possède dans l'archipel nippon.


Est donc éditée en France l'intégralité des yonkoma (historiette verticale de quatre immuables cases) des Yamada, heureuse entreprise lancée par Lewis Trondheim, en trois volumes (le dernier sortant à la mi-octobre). Originellement, ces yonkoma se retrouvaient quotidiennement dans le journal à grand tirage Asahi Shimbun, de 1991 à 1997. Chaque tome contient environ 350 pages.


Procédons à la présentation : Takashi, le père de famille, chef de bureau, adepte du pachinko (machine à sous) ; Matsuko, sa femme, peu friande du ménage de masse, en quête perpétuelle du repas qui contenterait ses ouailles ; Noboru, le fils, dormeur invétéré, modèle du cancre ; Nonoko, jeune écolière pleine de vie, gourmande insatiable ; Shige, belle-mère de Takashi, désabusée face au comportement de sa descendance, inconditionnelle du sport télévisuel ; Pochi, le chien maussade de la famille, qu'il observe de loin.


Le but d'Ishii est de nous (r)approcher (d'où le Mes voisins) de ces six personnages principaux par le biais de leur vécu quotidien, sans tomber dans une caricature qui amoindrirait la qualité de l'ensemble, et de thèmes qui au fil des pages deviennent récurrents : l'éducation reçue par les enfants (le « c'était mieux avant » transpire entre les générations) ; la vie politique mouvementée de l'époque ; l'explosion de la bulle spéculative, renvoyant au futur incertain et à la « découverte » du chômage...


L'environnement extérieur touche les Yamada sans que cela les affecte réellement, et leur stoïcisme est d'une drôlerie à toute épreuve. D'autres thèmes inhérents à l'œuvre, mais qui n'en touchent que mieux leurs lecteurs, car plus terre-à-terre, reviennent régulièrement : le sport (football, baseball, le sumo avec des références qu'un ancien président aurait tenues en estime) ; la nourriture, très présente (la peur du riz « étranger » illustre parfaitement les croyances du Japonais de la rue, par exemple) ; les us et coutumes, très nombreux et fort intéressants, qui ponctuent les saisons et l'année...


Preuve que les Yamada retranscrivent l'humeur du temps, l'attentat au gaz sarin perpétré en mars 1995 dans le métro tokyoïte par la secte Aum, qui avait créé un climat de psychose à travers le pays. Cet événement que l'on retrouve dans le tome 2 dévoile l'étendue de la finesse comique de l'auteur au moyen de différents yonkoma, un lien tragique sur lequel Ishii s'attarde discrètement pour montrer la réception unique quen fait chaque membre de la famille, et, au-delà, chaque Japonais.


Pour les amateurs d'un humour délicieusement absurde, humain, sans gras ni colorant, la lecture de l'anthologie Mes voisins les Yamada est à recommander ! Et si, après cela, vous souhaitez continuer l'expérience, ou la commencer, sachez qu'il existe l'anime des Yamada, reprise des meilleurs historiettes, réalisé par les studios Ghibli (Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, et dernièrement Ponyo sur la falaise) en 1999, tout en style aquarelle.

 

Yohann, A.S. Bib.-Méd.

 

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