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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 07:00

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Ahmadou KOUROUMA
Allah n’est pas obligé
Seuil, Cadre Rouge, 2000
Points, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Tel devrait être le titre en entier de ce récit selon le narrateur, Birahima, « petit nègre », comme il se qualifie lui-même.



Le livre se découpe en plusieurs chapitres, qui suivent chronologiquement le parcours initiatique de Birahima, évoluant entre les guerres tribales de l’Afrique de l’ouest.



Birahima est un jeune garçon d’une dizaine d’années, appartenant au peuple Malinké[1]. Il vit au départ en Côte d’Ivoire avec sa mère, malade d’un ulcère à la jambe ; elle finit par en mourir. Les circonstances de sa mort et les événements qui l’y conduisent introduisent dès le départ la magie dans l’histoire. Celle-ci sera présente tout au long du récit, entre croyance et doute des personnages.

Ainsi, sa mère n’aurait pas voulu se marier avec le fils d’une sorcière du village, celle-ci lui a alors lancé un sort, créant un ulcère dans sa jambe. Le narrateur démontre alors comment les personnages oscillent entre croire à cette magie et l’utiliser pour guérir la mère ou se tourner vers la science. Finalement, la tradition et les anciennes croyances l’emportent : la médecine ne saurait guérir ce qui a été créé surnaturellement. Le narrateur se trouve confronté à la réalité quand sa mère en meurt, faute de soins.

Il quitte alors son village, partant à la recherche de sa plus proche famille : sa tante, qui vit au Liberia. Commence alors son voyage initiatique. Il est accompagné d’un sorcier du village, Yacouba. Celui-ci crée des « gri-gri », ou « fétiches », sortes d’amulettes protectrices qu’il vend à des soldats ou des personnes cherchant une protection, ces amulettes peuvent ainsi protéger des tirs de balles par exemple. Le narrateur continue à être bercé par cette magie, y croyant car c’est une forme de tradition dans sa culture et son éducation. Il se trouve confronté à plusieurs situations qui le confortent dans ses croyances. Ainsi, lorsque des soldats sont tués alors qu’ils portaient des amulettes, il en déduit que les soldats ont entaché la pureté du fétiche et donc son fonctionnement (ne se lavant pas après un rapport sexuel, etc.). Lorsqu’il quitte son village avec Yacouba, celui-ci étudie les signes des animaux alentour pour savoir s’ils peuvent partir en voyage : l’âme de la mère de Birahima le guide et le protège donc pendant son voyage. Ce passage évoque les oracles et les prédictions des récits de l’Antiquité.



Le narrateur raconte une histoire et une forte oralité se dégage du récit. Il ponctue ses phrases d’expression malinkés comme « Faforo » ou « Walahé ». En règle générale, chaque paragraphe se termine par une de ces expressions. Peu à peu, elles deviennent presque une marque de ponctuation, qui remplacerait un point d’exclamation. Il explique à chaque fois, entre parenthèses, la signification de ces expressions.

Birahima précise dès le départ qu’il ne parle pas bien le français, il utilise donc le dictionnaire Larousse, le Petit Robert, l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique noire et le dictionnaire Harrap’s. Ceux-ci lui ont été donnés par son cousin, qu’il retrouve à la fin du récit. Lorsqu’il utilise un des ces mots, il le définit aussi ensuite, encore entre parenthèses.

Cette alternance ponctue le récit, crée une forme de double ton et renforce l’oralité. Le premier s’adresse au lecteur, en décrivant les faits, les expliquant… Le second (entre parenthèses) arrête le récit, comme si le narrateur s’adressait à un enfant ou une personne non initiée.

Birahima se reprend aussi, directement au fil du texte, lorsqu’il veut préciser sa pensée. Il s’adresse même au lecteur, lorsqu’il définit plusieurs fois la même expression :

« Les autres ont suivi, pied la route. Oui pied la route. (Je vous l’ai déjà dit : pied la route signifie marcher.) »

Il prend presque un ton réprobateur et paternaliste lors de ces interventions, montrant la lassitude que lui inspire la définition de ces expressions, qui sont pour lui évidentes.

Birahima est déjà impertinent dans son rapport aux autres personnages, il démontre ici qu’il peut aussi l’être envers le lecteur, peu importe son avis. Il ne cherche pas à provoquer la sympathie, de qui que ce soit, et le prouve dans sa façon de fonctionner.



Très tôt dans son voyage, Birahima se rend compte que le seul moyen de se libérer et de ne pas subir la force des autres est d’être un enfant-soldat.  En effet, ceux-ci travaillent pour les bandits qui dirigent les régions qu’ils ont acquises. Ainsi, Birahima est confronté à divers groupes, tous violents et cherchant à acquérir le pouvoir : le NPFL (National Patriotic Front of Liberia), l’ULIMO (le Mouvement uni de libération pour le Liberia), l’ECOMOG (le ECOWAS Monitoring Group)… Il fera partie des deux premiers et combattra les derniers.

Plusieurs fois, il reprend l’histoire du Liberia, pays qu’il parcourt en hésitant entre la recherche de sa tante et son activité d’enfant-soldat. Ainsi, au début de la guerre tribale du Liberia, seulement deux « bandes » étaient opposées : celle du NPFL (dirigée par Taylor) et l’ULIMO (dirigé par Samuel Doe). Le Prince Johnson, qui appartenait au départ au NPFL a créé son propre groupe et entend séparer le Liberia non plus en deux mais en trois.

La présence occidentale, notamment américaine, et l’argent qu’elle apporte oriente le fonctionnement de chaque groupe. Ainsi, chacun veut avoir le plus de pouvoir possible, pour pouvoir commercer avec les pays occidentaux, vendre les pierres précieuses.



Birahima ne s’attarde pas sur les personnes qu’il tue, il ne décrit aucun meurtre qu’il commet. Il justifie le port de l’arme de chacun par le fait que cela soit obligatoire : « c’est la guerre qui veut ça ». De même qu’il a voulu être enfant-soldat pour survivre, porter une arme permet à tous de survivre. Cette lucidité teinte le roman, sans pour autant être défaitiste, Birahima donne une image finalement assez pessimiste de ce qu’il a vécu.
 

Ce roman a reçu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2000.

[1] Les Malinkés ou Mandingues sont un peuple d’Afrique de l’Ouest. Ils sont environ quatre millions aujourd’hui et se trouvent principalement au Mali, en Guinée et au Sénégal.


Marine Gheeraert, 2e année éd.-lib.


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