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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 19:00







Ahmadou KOUROUMA

Allah n’est pas obligé

ou

Allah n’est pas obligé d’être

juste dans toutes ses choses ici-bas

Editions du Seuil

collection Points

paru en 2000 (grand format) et 2002 (poche)

 
















L’auteur


Ahmadou Kourouma est né en 1927, en Côte d’Ivoire. Il suit des études de mathématiques en France avant de retourner dans son pays. Là, il est inquiété par le régime du président Félix Houphouët-Boigny qu’il dérange avec des pièces dénonçant les différents gouvernants africains. Il va alors connaître la prison puis l’exil dans différents pays comme l’Algérie, le Cameroun et le Togo pendant plus de quarante ans. Il retourne en Côte d’ivoire en 1994 et publie En attendant le vote des bêtes sauvages qui obtient le prix Inter et où l’on reconnaît le parcours du dictateur togolais,  Gnassingbé Eyadéma. Cette œuvre lui permet d’être reconnu en Afrique mais aussi en Amérique et en Europe. Il décède en 2003 en France, alors qu’il écrit la suite d’Allah n’est pas obligé, Quand on refuse on dit non, sorti en librairie en 2004.


Ahmadou Kourouma est un homme très engagé dans les sujets qui le touchent : enfants soldats, gouvernements corrompus, dictature… En 2002, il prend position pour le retour de la paix dans son pays, ce qui lui vaut des critiques et accusations diverses.


Sa bibliographie est riche de romans pour adultes mais il a aussi écrit pour la jeunesse. La plupart de ses œuvres pour enfants sont disponibles aux éditions Grandir.



Le livre


Allah n’est pas obligé paraît pour la première fois en 2000. Il reçoit le prix Renaudot ainsi que le Goncourt des lycéens de la même année. C’est donc une œuvre qui a touché le public aussi bien adolescent qu’adulte. Cela s’explique par un thème fort, les enfants-soldats, et une écriture simple mais puissante, celle d’un enfant, Birahima.


Birahima a une douzaine d’années et vit à Togobala, en Guinée. C’est un enfant des rues comme il le dit lui-même, « un enfant de la rue sans peur ni reproche ». Après la mort de sa mère, on lui conseille d’aller retrouver sa tante au Liberia. Personne ne se dévoue pour l’accompagner mis à part Yacouba « le bandit boiteux, le multiplicateur des billets de banque, le féticheur musulman ». Les voilà donc sur la route du Liberia. Très vite, ils se font enrôler dans différentes factions, où Birahima devient enfant-soldat avec tout ce que cela entraîne : drogue, meurtres, viols… Yacouba arrive facilement à se faire une place de féticheur auprès des bandits, très croyants. D’aventures en aventures, Birahima et Yacouba vont traverser la Guinée, la Sierra Leone, Le Liberia et enfin la Côte d’Ivoire (voir carte).


Le thème est dur, la réalité de la vie quotidienne de ces enfants encore plus. C’est sous la plume de Birahima qu’Ahmadou Kourouma a voulu traiter ce sujet. C’est une sorte de journal, écrit par l’enfant à son arrivée en Côte d’Ivoire. Aidé par plusieurs dictionnaires puisqu’il ne connaît pas bien le français, il nous raconte ce qu’il a vécu en expliquant chaque mot africain pour que les Français comprennent et chaque mot compliqué français pour que les Africains puissent suivre aussi.


Comme il ponctue la plupart de ses phrases par une interjection ou un gros mot africain, nous avons souvent le droit à des définitions !

-          Faforo : sexe de mon père ou de ton père

-          Gnamokodé : bâtard ou bâtardises

-          Walahé : au nom d’Allah


On retrouve aussi plusieurs expressions typiquement africaines comme :

-          « On suit l’éléphant dans la brousse pour ne pas être mouillé par la rosée ». Cela veut dire qu’on est protégé lorsqu’on est proche d’un grand.

-          « Ce qui mord sans avoir de dents ». Cela définit en africain une surprise désagréable.

-          « Dormir du bébé de la laitière », c’est-à-dire dormir à poings fermés car le bébé de la laitière dort en paix puisqu’il est sûr d’avoir du lait quoi qu’il arrive.


Il y a aussi des us et coutumes qui peuvent nous surprendre mais qui nous permettent de mieux comprendre la façon de penser de Birahima. Par exemple :

-          Il n’est pas nécessaire en Afrique de connaître le jour et l’année de naissance des enfants puisque tout le monde mourra un jour et que l’on peut bien vivre sans savoir.

-          Le droit des femmes d’après Birahima : elle doit rester auprès de son mari quoi qu’il puisse lui faire subir.

-          La circoncision dans les règles de l’art africaines.

-          Le fait d’être enfant-soldat est admiré par les enfants qui ne le sont pas… On en fait un portrait fascinant en appuyant sur le fait qu’ils ont leurs armes, qu’ils sont libres, qu’ils mangent bien…


Birahima nous raconte sans fanfreluches la guerre civile et la place que les enfants-soldats y occupent. La religion aussi tient une place importante dans son récit puisque toutes les factions n’ont pas la même et que cela peut s’envenimer jusqu’à la mort… Cela donne des passages assez violents et pourtant expliqués si simplement ! Il en a vu tellement qu’il nous raconte cela comme des faits banals… Cela ne le choque pas.

-          Sarah, une des rares filles qu’il a croisées dans les groupes d’enfants-soldats qu’il a côtoyés, se fait tirer dessus par son petit ami…

-          Une des chefs qu’il a eus, Rita Baclay, abuse de lui…

-          Lorsque des enfants-soldats meurent, Birahima fait l’oraison funèbre de ceux qu’il a appréciés.



Allah n’est pas obligé fait partie d’un genre de littérature africaine appelé picaresque. Ce sont toutes les œuvres mettant en scène des enfants-soldats, des orphelins qui vivent plusieurs péripéties les unes après les autres sans but réellement précis. L’enfant erre alors de villes en villes, comme Birahima. Dans ces œuvres, on retrouve aussi un questionnement sur le langage car la plupart des enfants de ces romans ne parlent pas correctement. C’est le cas de Birahima. De même, ce garçon est aussi bien auteur qu’acteur : il raconte sa propre histoire et il connaît le dénouement à l’avance puisqu’il l’écrit après avoir vécu toutes ces péripéties… C’est une sorte de fausse autobiographie.

 

Opinion


Au départ, j’ai choisi de présenter ce livre parce que le thème m’intéressait. J’ai été assez déstabilisée par l’écriture et du coup, j’ai mis du temps avant d’accrocher à l’histoire. Mais Birahima est tellement innocent dans la façon dont il narre les choses et dans toutes les atrocités qu’il a vécues, qu’on s’attache à lui. Personnellement, je préfère les romans plus classiques, à la troisième personne. Celui-ci dérange, met presque mal à l’aise : des actes odieux sont expliqués comme si c’étaient des choses normales, de la vie quotidienne… On comprend mieux que ces enfants ne puissent que difficilement retrouver une vie à peu près normale après cela.

D’ailleurs, après la lecture de ce livre, j’ai eu envie de me renseigner sur le sujet, de voir ce qu’il en est dit… C’est un sujet récurrent, depuis des années qui en devient presque banal… On trouve peu d’articles mais quelques sites internet permettent de se faire une meilleure idée :

-            http://www.fraternet.com

-          http://childsoldiersglobalreport.org : en anglais mais on peut avoir de la documentation en français (PDF) sur la page d’accueil.

-          http://www.enfants-soldats.com : un site de soutien avec vente d’un album pour sensibiliser les jeunes à ce phénomène ; des informations aussi.


A savoir : aujourd’hui encore, on comptabilise plus de 300 000 enfants-soldats dans le monde, âgés de 6 à 18 ans… Beaucoup pensent qu’ils sont plus nombreux sur le terrain. Très souvent,  ils sont enrôlés à la sortie des écoles, dans les milieux plus que pauvres où les enfants sont très influençables. Cela concerne beaucoup d’enfants orphelins qui n’ont plus rien à perdre ou des jeunes qui veulent se venger, qui ont « la rage au ventre » comme ils disent. Il y a aussi beaucoup d’enlèvements… Ce sont les enfant-soldats les premiers touchés dans les conflits : on compte aujourd’hui 41 conflits armés auxquels ils participent.

 

Signalons enfin que le livre a été adapté au théâtre en 2004 et que la pièce est actuellement jouée en France.

Voir Théâtre du Lucernaire.


Aude, 2e année Ed.-Lib.

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