Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 07:00
Ahmadou Kourouma Les soleils des independances














Ahmadou KOUROUMA
Les Soleils des Indépendances

Editions du Seuil
Collection Points

















L’auteur


Ahmadou Kourouma est né en 1927 en Côte d’Ivoire, au sein de l’ethnie malinké. Il est élevé par un oncle féticheur. Il fait ses études au Mali, mais il est renvoyé chez lui après avoir pris part au mouvement de contestation anti-coloniale. Il s’engage alors comme tirailleur pendant la guerre d’Indochine. Ensuite, il étudie les mathématiques en France.

De retour dans son pays au moment de l’indépendance, il est considéré comme opposant par le régime en place. Kourouma est alors emprisonné puis exilé. Il retourne en Côte d’Ivoire vingt ans plus tard et publie un premier roman, Les Soleils des Indépendances, en 1968. Vingt ans plus tard, il écrit Monnè, outrages et défis, ouvrage dans lequel il retrace l’histoire de la colonisation. En attendant le vote des bêtes sauvages remporte le Prix du livre Inter. Allah n’est pas obligé (qui dénonce les conditions de vie des enfants-soldats) reçoit le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens.

Ses œuvres sont marquées par un fort engagement politique et anti-colonialiste. Il lutte pour la paix jusqu’à sa mort (en 2003), alors qu’une guerre civile ravage son pays. Longtemps traîné dans la boue par les journaux ivoiriens, il a été réhabilité et, aujourd’hui, il est considéré comme l’un des plus grands auteurs africains. Il existe un Prix Ahmadou Kourouma, qui est décerné par le Salon International du livre et de la presse de Genève, pour récompenser les œuvres portant sur l’Afrique Noire.



Résumé et critique

Fama est le dernier prince de la lignée des Doumbouya. Pourtant, il n’a de prince que le nom. Après la décolonisation, l’Afrique a été abandonnée par les Européens, et elle est tombée aux mains de régimes autoritaires. Ainsi, Fama aurait dû être le patriarche du pays Orodougou, mais, à cause de son orgueil, il a été évincé et remplacé par Lacina, son cousin. Depuis, il erre dans la capitale de la République des Ebènes, de funérailles en funérailles, afin de collecter les offrandes dues à son rang. C’est ainsi qu’il parvient à subsister et entretenir son épouse, la belle Salimata. Cette dernière, malgré tous les sacrifices, toutes les prières, tous les rituels, ne parvient pas à enfanter. La lignée Doumbouya est-elle vouée à s’éteindre aussi misérablement ? Le cheminement de Fama se dessine au sein d’une trame où se confrontent les idées « modernes » du gouvernement en place et l’Afrique ancestrale, avec sa magie et ses croyances.

Le thème principal de ce roman, à savoir les exactions commises par les gouvernements qui ont succédé à la colonisation, n’a pas été vraiment exploité par les auteurs africains, qui préfèrent parler de la dictature ou de la colonisation lorsqu’ils évoquent leur histoire. Kourouma dénonce sans retenue les régimes totalitaires prétendument socialistes qui s’appropriaient les richesses du pays et emprisonnaient leurs opposants. Il a beau placer son intrigue dans un territoire imaginaire, on ne doute pas un instant qu’il dresse le portrait de la Côte d’Ivoire. D’ailleurs, Fama fait partie de l’ethnie Malinké. Selon l’auteur, cette nouvelle situation signe la déchéance de l’Afrique, en rupture avec son histoire et ses croyances. Les princes n’ont plus droit au respect, les présages ne sont pas écoutés, et le continent entier court vers sa ruine. Les frontières tracées à la règle sur une carte sont absurdes et coupent parfois un pays en deux. Ainsi Fama se voit refuser l’accès à son village, alors qu’il n’a pas quitté l’Orodougou.

D’autre part, des thèmes plus communs sont omniprésents, et généralement incarnés par des personnages. Fama n’est pas seulement un prince déchu, il est également un musulman parmi tant d’autres, qui veille à prier à heure fixe et respecte les lois de sa religion. Il attend également de sa femme qu’elle suive cette voie, bien qu’il ferme les yeux sur son recours aux féticheurs pour obtenir enfin la fertilité. Cette ambivalence entre religion et anciennes croyances est signalée à de nombreuses reprises. L’ordre des funérailles est répété tout au long du roman, avec l’explication des rituels : on attend que l’âme du mort soit revenue parmi les siens pour l’enterrer, etc.

Le thème de la stérilité est également omniprésent. La vie d’une femme est dirigée dans le seul but d’avoir un enfant. Si une femme ne parvient pas à enfanter, c’est qu’elle est infertile (l’idée que Fama puisse être stérile est à peine évoquée). Salimata, traumatisée par une excision extrêmement douloureuse suivie d’un viol, n’en est pas moins résolue à devenir mère, quel que soit le prix. Elle consulte les féticheurs, fait des sacrifices, avale des mixtures et exécute des rituels chaque jour sans se décourager. Lorsque Fama choisit une seconde épouse, elle sent qu’elle ne fait pas son devoir et conçoit cet affront comme une punition. Son personnage incarne la dure condition de ces femmes données à un mari dès la puberté après une opération dans laquelle elles risquent leur vie, qui doivent ensuite tenir la maison et préparer le repas avec de maigres ressources. Pendant que Fama mendie, elle offre la charité en espérant que ses bonnes actions seront récompensées et son unique souhait exaucé. Elle finira par abandonner Fama lorsque ce dernier sera emprisonné.

Enfin, une figure incontournable apparaît : le griot. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas seulement d’un conteur. Conseiller des princes et informateur, le griot est un personnage très important dans la culture africaine. Il est nomade mais peut s’attacher à un village et y faire de longs séjours.

 Le parcours de Fama ressemble beaucoup à la vie de l’auteur. Tout comme Kourouma, il est malinké. Il s’intéresse à la politique et s’attire rapidement des ennuis. Il est emprisonné pendant quelques semaines, puis une libération inattendue le ramène à la vie. Mais il se rend compte qu’il a tout perdu : son honneur, ses épouses, ses amis, et ses quelques ressources. Toutefois, Fama ne renonce jamais à sa condition : prince Doumbouya, totem panthère, il commande aux bêtes sauvages et mérite le respect…

 Ce roman est écrit en français, mais dans un style africain. Très emphatique, il est parsemé d’exclamations, d’expressions et de proverbes faisant référence à des animaux et aux caractères qu’on leur attribue. L’oralité est très présente, l’auteur joue avec la focalisation interne (on voit la scène à travers les personnages principaux : Fama, Salimata, le féticheur, le griot) et le discours indirect libre. Le rythme du texte est donc rapide et saccadé.

 Il s’agit d’une œuvre très agréable à lire. Bien que l’auteur évoque des traditions typiquement africaines, telles que le palabre, on n’a aucun mal à comprendre. Si la problématique est sérieuse, les tribulations de ce prince déchu et colérique au verbe haut apportent une touche d’humour pour atténuer la dureté du fond. Les très nombreuses expressions utilisées par l’auteur sont particulièrement savoureuses…

Maylis, L.P. Bibliothèques


Ahmadou KOUROUMA sur LITTEXPRESS

Ahmadou Kourouma Les soleils des independances



Article d'Hortense sur Les Soleils des indépendances.



Kourouma en attendant le vote des betes sauvages

Article d'Emilie sur En attendant le vote des bêtes sauvages





Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif


Article d'Aude sur Allah n'est pas obligé.



Russell-banks-American-Darling.gif


Parallèle de Patricia entre American Darling de Russell Banks et Allah n'est pas obligé.
Par Maylis - Publié dans : Littératures africaines
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