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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 07:00
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Alain MABANCKOU
African Psycho

Le Serpent à Plumes,
2003
Points Seuil, 2006





















Qui n’a jamais souhaité tuer quelqu’un ? Grégoire Nabokomayo a décidé de tuer Germaine le 29 décembre. C’est ici que commence le discours du narrateur d’African Psycho, écrit par Alain Mabanckou et paru en 2003 au Serpent à Plumes. Grégoire est un carrossier visiblement sans histoire, autrefois délinquant et « enfant ramassé » qui s’enfuyait de ses familles d’accueil. Grégoire est un habitant de Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, le quartier pauvre d’une ville du Congo, dans les années 1980-1990. La ville, dont on ne connaît pas le nom, est divisée en deux par un fleuve séparant les quartiers riches des quartiers pauvres. Le désir de Grégoire est de commettre un crime bien orchestré et grandiose de cruauté afin d’obtenir une couverture médiatique sensationnelle et la même postérité qu’Angoualima, son grand maître, avec qui il entretient un dialogue imaginaire. Ce grand serial killer des années 1970, qui a réellement existé et influencé la jeunesse d’Alain Mabanckou, a commis un grand nombre de crimes sans jamais avoir été pris par les autorités congolaises. Dans le roman, Angoualima marque sa cruauté en enfonçant vingt-quatre cigares cubains dans les bouches des hommes qu’il avait tués et dans les vagins des femmes qu’il avait violées…

Voulant marquer sa gloire et défendre son quartier, Grégoire passe à l’action en tentant de tuer un notaire des quartiers riches, mais le meurtre envisagé se résume en une simple agression. Dans une seconde tentative, Grégoire choisit d’assassiner une femme qu’il prend pour une prostituée des quartiers riches travaillant sur les trottoirs de Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot. Or, cette femme qu’il assomme et déshabille en pleine rue n’est pas une prostituée. Et Grégoire, incapable de la violer, est surpris par les phares d’une voiture et s’enfuit à toutes jambes à moitié dénudé.

Suite à ce second échec, notre narrateur, fort sympathique, nous expose son projet, mûrement réfléchi et organisé. Lorsqu’il rencontre Germaine, une prostituée des quartiers riches qui travaille dans Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, Grégoire décide qu’elle sera sa victime. Il lui propose rapidement d’emménager chez lui en se fixant un délai de trois semaines pour la tuer. Les jours et les semaines passent tandis qu’il expose à son idole Angoualima (et au lecteur en même temps) son projet d’assassinat, ses considérations quant au choix de l’arme, du lieu et du moment. Un soir, Grégoire parvient enfin à se décider à passer à l’action : est-il parvenu à la tuer ?

A travers le récit désordonné de Grégoire, Alain Mabanckou évoque la question du crime. N’importe qui ne peut être meurtrier, il s’agit d’être organisé, préparé et surtout très déterminé. Grégoire parle beaucoup et n’agit pas tant. L’auteur évoque aussi la société congolaise, certes avec beaucoup de légèreté, mais on décèle la pauvreté, les inégalités géographiques, le crime, la prostitution et la corruption.

Dans African Psycho, Alain Mabanckou a pris le contrepied d’American Psycho, publié en 1991 par Bret Easton Ellis aux Etats-Unis. Ce livre, qui a fait un réel scandale à sa parution mais qui est désormais un best-seller, raconte le quotidien de Patrick Bateman, 26 ans, golden boy à Wall Street. Ce jeune homme, beau riche et intelligent, en apparence sans histoire, est en fait un véritable psychopathe et un tueur en série. Patrick Bateman massacre, égorge, mutile, décervèle, brûle, mange et viole pour de petites contrariétés.

Ce personnage très instable et cruel, dont les détails des actions ne sont pas épargnés au malheureux lecteur, diffère du personnage d’Alain Mabanckou. Alors que les événements d’American Psycho se déroulent à Wall Street dans les années 1980, dans un univers extrêmement riche et désœuvré, l’histoire d’African Psycho nous plonge au Congo dans une ville divisée par de fortes inégalités de richesse. Patrick Bateman est extrêmement riche et méprise les pauvres, il s’en prend d’ailleurs régulièrement aux sans-domiciles-fixes parce qu’ils n’ont pas su réussir socialement. En revanche, le point de vue Grégoire est l’exact opposé : il est pauvre et veut tuer les riches du quartier d’en face par dépit. En rappelant la tradition de l’oralité dans la culture africaine, Grégoire raconte longuement au lecteur ses projets mais n’agit quasiment pas. Alain Mabanckou nous offre un décalage plein d’humour entre le discours de Grégoire et ses actes. A l’inverse, Patrick Bateman, dans un discours également à la première personne, expose tous les détails de ses meurtres sans jamais se justifier ni même laisser deviner au lecteur pourquoi il est devenu un tueur en série.

American Psycho, à travers le comportement déviant de son personnage principal, dépeint les travers d’une société d’hyperconsommation basée sur les apparences et la réussite sociale. De son côté, Alain Mabanckou transpose l’œuvre de Bret Easton Ellis au Congo, et pointe avec justesse les problèmes de la société congolaise en utilisant la légèreté et l’humour.


Lysiane, A.S. Ed.-Lib.

Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS
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Article de Coralie sur Verre cassé.







African Psycho. Article sd'Adeline et de Céline.









Black Bazar. Article d'Elisabeth.




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