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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 19:00
Alain-Mabanckou-Memoires-de-porc-epic.gif











Alain MABANCKOU
Mémoires de porc-épic

Editions du Seuil, 2006
Points, 2007
Prix Renaudot 2006













Alain Mabanckou est né le 24 février 1966 au Congo Brazzaville. Fils unique, il a perdu sa mère en 1995 et son père en 2004. Son enfance se passe à Pointe-Noire (Congo). Il commence des études de Droit à Brazzaville, les poursuit à l’Université Paris-Dauphine où il obtient un DEA en Droit des affaires. Parallèlement à une vie plutôt confortable (conseiller pour la Lyonnaise des Eaux), il publie des livres de poésie couronnés par le Prix Jean-Christophe de la Société des poètes français, puis fait paraître un premier roman en 1998, Bleu-Blanc-Rouge, qui lui vaut le Grand prix littéraire d’Afrique noire.

De l’autre côté de l’Atlantique…


La prestigieuse Université de Californie-Los Angeles, UCLA, lui ouvre ensuite les bras : il y enseigne actuellement au département d’études francophones et de littérature comparée. Alain Mabanckou est récipiendaire de la bourse la plus prestigieuse des Humanités de Princeton University (USA) au titre de « Fellow in the Humanities Council and the French and Italian department ».

« La France aime flageller ses écrivains – voyez le mépris avec lequel les intellectuels ont traité Camus ou St-Exupéry. Aujourd’hui encore elle a de bons auteurs : je pense à Olivier Adam, Christan Gailly, Eric Chevillard. En même temps elle regarde de haut les littératures francophones, censées lui faire allégeance, quand elle devrait au contraire les accueillir à bras ouverts. Les Anglais, eux, ont su se nourrir des Rushdie, des Naipaul qui participent au rayonnement de leur langue ! De fait aujourd’hui, la plupart des grandes voix francophones – Condé, Glissant, Dongala, Boudjedra, Laferrière – sont installées outre-Atlantique où, paradoxalement, elles sont mieux entendues et systématiquement traduites, bien plus, en tout cas, que les écrivains français "de souche". Les Américains sont curieux de notre façon de mélanger les mots, les traditions orale et écrite » affirme Mabanckou, qui pense, dans la lignée des Senghor, Kourouma ou Hampaté Bâ, que la culture africaine ne sera sauvée de l’oubli que par le papier.

« De la musique avant toute chose », Paul Verlaine

Comment résumer cette histoire sortie de la bouche d’un porc-épic ! elle met l’animal face à l’homme. Pour une fois, les animaux prennent la parole pour juger le comportement des hommes. Complètement perturbée, au début de la lecture, par l’absence de ponctuation car si le récit est fait de nombreux chapitres, il n’est ponctué que de virgules, constituant ainsi une longue phrase qui n’est pas sans rappeler un passage d’une vingtaine de pages dans L’Automne du patriarche. Mais cela n’a rien d’un procédé, d’une coquetterie ou d’un jeu littéraire ; c’était tout simplement indispensable au rythme et à la cadence de l’histoire qu’il avait à raconter. Il a su les trouver, la bonne distance aussi, de digression en digression, pour finir par se demander lequel est vraiment une bête, de l’homme ou de l’animal.

Confessions ou remords d’un animal atypique, le porc-épic, au service d’un homme nommé Kibandi dont il sera le bras armé. Le thème du double est un classique de la littérature, évoqué généralement dans les contes, mais ici, il est traité par la parodie.

L’arme du crime, les piquants, le mobile, la vengeance, la colère, la haine voire la peur de son maître ; la méthode, les hommes sont piqués au niveau de la nuque et sont ainsi mangés ; l’heure du crime, minuit. Qui s’y frotte s’y pique !

Un troisième personnage « l’autre lui-même » de Kibandi vient compléter ce couple. Personnage curieux, sans visage qui apporte de la nourriture au porc-épic et qui est nourri des meurtres de celui-ci.


Ces confessions s’adressent au grand et sage Baobab.

Au sujet du rythme…


Il y a du Tintin au Congo revisité par La Fontaine dans cette fable, mais les influences les plus profondes dont Alain Mabanckou se réclame demeurent Garcia Marquez et San Antonio (même si les Histoires extraordinaires de Poe sont le seul livre auquel il est fait allusion dans celui-ci). Il est l’enfant naturel de cet improbable accouplement. « C’est une fable philosophique car le roman pose la question de ce qu’il y a derrière l’existence de l’être humain, sur le sens de la vie de l’homme. Il montre également le rapport entre l’homme et l’animal. »

Les thèmes abordés non sans un humour truculent sont ceux de…
l’errance, de l’exil, la nostalgie (il visite ce que Modiano appelle « le vestiaire de l’enfance ») et de la mort. Le rapport à la mort est une dimension primordiale de la société africaine. Birago Diop, le grand poète sénégalais écrit dans son recueil Leurres et lueurs : « Les morts ne sont pas morts/[…]/Ils sont dans le Sein de la Femme/Ils sont dans l’Enfant qui vagit/Et dans le Tison qui s’enflamme[…] ». Un cortège de cercueils scande donc le récit.

Le roman fait la part belle à l’écriture et la lecture. Pour Mabanckou, l’écrivain est un « menteur », un artisan de l’adaptation ou de l’exagération. Le parcours poétique de l’auteur fait qu’il a un rapport musical avec l’écriture : une fois le rythme en place, il pose ses personnages qu’il fait danser sur cette musique. « La langue est française mais le rythme est congolais » dit-il, c’est celui de son ethnie, de sa tribu. De ce rythme de la langue provient toute l’oralité du récit.

Sortie des thèmes traditionnels de la littérature francophone (la colonisation, la guerre, les génocides, la condition féminine…) cette littérature africaine qui fait appel à notre seul imaginaire, fait vraiment du bien.

Ce qu’on dit de lui…

« Mémoires de porc-épic confirme la place que tient désormais Alain Mabanckou parmi les écrivains de langue française, et non parmi les auteurs "francophones", détestable adjectif qui se veut honorable quand il n’est que ghettoïsant. Vieux débat... plein d’avenir si l’on en juge par les commentaires lus régulièrement sur son blog.»  Pierre Assouline(Blog), Le Monde.fr, 23 août 2006

Lien : http://www.alainmabanckou.net/


Mouna, A.S. Bib.-Méd.



Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS


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Article de Coralie sur Verre cassé.







African Psycho. Articles de Lysiane, d'Adeline et de Céline.









Black Bazar. Article d'Elisabeth.





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