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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 19:00














Alain MABANCKOU
Verre cassé

Le Seuil, 2005
Points, 2006


















Le livre et l’auteur

Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo. Fils d’un réceptionniste d’hôtel passionné de lecture et d’une mère n’ayant jamais fait d’études, il étudie le droit à Brazzaville puis à Paris. Après avoir travaillé pendant une décennie pour la Lyonnaise des Eaux, il devient en 2002 professeur des littératures francophones à l’Université du Michigan puis à l’Université de Californie-Los Angeles où il occupe toujours actuellement ce poste.

Il entame son œuvre littéraire en publiant des poèmes puis en 1998 un premier roman intitulé Bleu-Blanc-Rouge, récompensé du Grand Prix littéraire d’Afrique Noire.

Verre cassé est son cinquième roman. Il a été unanimement salué par la critique. En effet, il a reçu le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, le Prix Ouest-France/Etonnants voyageurs, le prix franco-israélien 2009 mais également le Prix RFO du livre. Verre cassé a été sélectionné pour le Prix Femina et a été finaliste du prix Renaudot. Alain Mabanckou obtient ce dernier l’année suivante en 2006 avec Mémoires de porc-épic. Alain Mabanckou est également l’auteur de Lettre à Jimmy,
Black Bazar ou encore African Psycho.
,
L’histoire

Verre cassé raconte la vie d’un bar, Le Crédit a voyagé, situé à Brazzaville, tenu par un personnage du nom de l’Escargot entêté. Celui-ci confie à un de ses piliers de bar, Verre cassé, la mission de décrire dans un cahier qu’il lui fournit l’histoire de son bar. Le livre est divisé en deux parties. La première, intitulée « premiers feuillets », se penche sur la vie des habitués du bar. Verre cassé y décrit des vies noires, sinistres, sans espoir où prison, violence et alcool se mêlent. Par exemple, le narrateur raconte l’histoire du « type aux Pampers » : sa femme, lassée de ses excursions chez les prostituées dénonce son mari et l’accuse de pédophilie envers sa petite fille. Arrêté, condamné sans autre forme de procès, il est continuellement violé en prison au point de perdre le contrôle de ses sphincters. La deuxième partie, « derniers feuillets », est plus centrée sur le personnage principal et sa vie. Verre cassé est un ancien instituteur autodidacte, qui s’est fait renvoyer suite à son alcoolisme. Marqué par la mort de sa mère et l’échec de son mariage avec une femme qu’il nomme Diabolique, il noie ses problèmes dans le vin de Sovinco.

Un style particulier

Bien que présentant des personnages noirs aux vies sans espoir, ce livre n’en est pas pour autant déprimant. En effet, Alain Mabanckou possède un style unique mélangeant habilement humour, oralité et références culturelles, qui permet une lecture rythmée, rapide et plaisante.

Les aventures des différents personnages croisés au comptoir du bar Le Crédit a voyagé sont truculentes et pittoresques et penchent parfois même vers l’étrange. Et même si le malheur s’est abattu sur eux, le lecteur ne peut s’empêcher de sourire à lire leur biographie car il n’y a aucun apitoiement de la part du narrateur sur ces histoires, la preuve en est le surnom dont il affuble un des personnages « le type aux Pampers ». Alain Mabanckou n’utilise aucune ponctuation dans son livre, uniquement des virgules, procédé qu’il a repris dans Mémoires de porc-épic, ce qui donne une dimension orale à son texte. Le narrateur écrit comme il pense, le texte se présente ainsi sous la forme d’un long monologue. Cette oralité donne
presque une tonalité de contes aux différentes histoires racontées par Verre cassé.

L’écriture est donc celle du personnage principal, ancien professeur qui n’a pourtant pas suivi de cursus scolaire. Cela se retrouve dans d’incessantes références culturelles tout au long du livre. Cela devient même un jeu pour le lecteur de découvrir quelle référence se cache sous telle ou telle phrase. Les titres cités sont aussi bien africains ou antillais (L’enfant noir de Camara Laye, Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, Jazz et vin de palmeA l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, etc.) Certains passages peuvent ainsi contenir une dizaine de références littéraires à la suite. Par exemple saurez-vous trouver toutes les références de ce passage :
d'Emmanuel Dongala…) qu’européennes (Vipère au poing d'Hervé Bazin, « à ceux qui savent décrire un été africain(1), à ceux qui relatent des noces barbares(2), à ceux qui méditent loin là-bas, au sommet du magique rocher de Tanios(3), je lui ai dit que je laissais l’écriture à ceux qui rappellent que trop de soleil tue l’amour(4), à ceux qui prophétisent le sanglot de l’homme blanc(5), l’Afrique fantôme(6) […] »

Ce jeu attire l’attention du lecteur mais permet également d’introduire une bonne dose d’humour. En effet, le passage où le président est jaloux de la formule « J’accuse » trouvée par son ministre de l’Agriculture dénonce les travers sociaux des régimes politiques des pays africains tout en régalant le lecteur grâce à cette référence littéraire. Une écriture et une impertinence proches du style de Rabelais qui justifient l'apologie que fait Alain Mabanckou de la littérature écrite : « en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle […] ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit [...] ». De nombreux passages mêlant culture et humour peuvent être cités ; par exemple un client du bar qui urine en dessinant la carte de France ou encore un personnage qui apparaît à la fin du livre du nom de Holden et qui demande sans cesse à Verre cassé ce qu’il advient des canards des pays froids lorsque tombe l’hiver, ; il rappelle évidemment le personnage principal du roman de J.D Salinger, L’Attrape-cœurs.

Verre cassé est l’auteur du cahier et il écrit comme il pense ; ainsi le livre possède un vocabulaire assez cru, sans détour ni fioriture. Le narrateur use de nombreuses énumérations et s’enflamme parfois sur certains sujets notamment le fait que les écrivains se doivent d’être humbles. Ainsi les écrivains ne sont pas les prétentieux médiatiques qui ne parlent que « de leur nombril gros comme une orange mécanique » et qui « s’improvisent maintenant écrivains alors qu’il n’y a pas de vie derrière les mots qu’ils écrivent ».

Pour conclure, Verre cassé définit lui-même très bien son œuvre : «
c’est quoi ce bazar, ce souk, ce cafouillis, ce conglomérat de barbarismes, cet empire des signes(7), ce bavardage, cette chute vers les bas-fonds des belles-lettres, c’est quoi ces caquètements de basse-cour, est-ce que c’est du sérieux ce truc, ca commence d’ailleurs par où, ca finit par où, bordel », et je répondrai avec malice  : « ce bazar c’est la vie, entrez donc dans ma caverne, y a de la pourriture, y a des déchets, c’est comme ça que je conçois la vie ».


(1)  Mohammed Dib.
(2)  Yann Queffelec, prix Goncourt 1985.
(3)  Amin Maalouf, prix Goncourt 1993.
(4)  Mongo Beti.
(5) Pascal Bruckner.
(6)  Michel Leiris.
(7) Roland Barthes.


Coralie GANDAR, L. P.

Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS



African Psycho. Article d'Adeline.









Black Bazar. Article d'Elisabeth.



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