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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 07:00

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Alan BENNETT
La Reine des lectrices
traduit de l’anglais par Pierre Ménard
Éditions Denoël, 2009
Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout bascule le jour où la Reine d’Angleterre, préoccupée par les jappements des chiens de la couronne, s’aventure dans une partie jusque-là inconnue du palais et découvre le bibliobus de la commune de Westminster. À l’intérieur de celui-ci se trouvent un jeune lecteur rouquin, préposé aux cuisines, et le gérant du bus, Mr Hutchings. Les obligations diplomatiques, au même titre que les recherches vestimentaires en tout genre, ne permettent pas à Elizabeth II de se libérer pour se plonger dans la lecture. Faisant fi de ses quatre-vingts printemps loin des lettres, poussée par l’incongruité de la situation, elle décide pourtant de choisir un livre. Qu’elle n’ouvrira pas, pense-t-elle. Ivy Compton-Burnett, dont la prose exigeante rebuterait les plus enhardis, alimente pourtant immédiatement les discussions de Sa Majesté. Désireuse de faire partager ses impressions à ses deux nouveaux comparses, la reine échafaude de machiavéliques stratégies pour rejoindre la bibliothèque ambulante sans éveiller les soupçons d’une Cour aux aguets. Elizabeth dispose au sein de Buckingham des plus fournies collections de livres. Mais préfère traverser l’immense château pour redécouvrir de grands classiques et s’en voir conseiller de nouveaux pour nourrir sa passion grandissante.

Au fil des allées et venues royales s’ébauche le désir d’Alan Bennett d’immerger son lecteur aux côtés d’illustres écrivains : l’ivresse de culture de la reine est un prétexte à revisiter Marcel Proust, Ian McEwan, Virginia Woolf, etc. La reine renverse peu à peu les rites de ce « haut monde » britannique, si policé. Les réflexions des sujets traduisent l’émoi que suscite son caractère distrait, ses annulations répétées ou ses manquements au protocole. Tout le palais s’interroge quant à la marche à suivre face à cette étonnante attitude. Turpitudes de la vieillesse ou marque de sagesse à l’orée de la mort ? Toujours est-il que la reine surprend par ses considérations littéraires au détour d’officielles réunions. Devant un président Sarkozy éberlué, à propos de Jean Genet : « Il était homosexuel et il a fait de la prison, mais était-ce vraiment un mauvais garçon ? ».

 

Bennett, à la finesse unanimement appréciée par le petit monde littéraire Outre-Manche, décrédibilise avec humour la teneur des propos tenus en plus haut lieu. Il pointe du doigt les conséquences d’une passion dévorante pour la lecture : une véritable pagaille pour l’Angleterre, un délice pour les amoureux du livre. Ou comment évaluer son pouvoir subversif, puisqu’elle engendre d’inhabituelles réflexions chez la reine… Cette dernière se cache, ment, invente pour lire, ce qui illustre bien la dimension plus large que cet acte comporte.

Elizabeth II veut agir, pas seulement réfléchir en décortiquant les théories avancées par ses écrivains favoris. Solution envisagée : la rédaction de ses mémoires, à la manière de Marcel Proust !

 
Grâce à ce hobby inattendu, la reine s’ouvre au monde de façon différente : elle descend de son piédestal imposé par sa fonction et jouit des plaisirs les plus ordinaires, d’égal à égal avec ses concitoyens. Nous pouvons peut-être déceler ici le point de vue du flegmatique auteur britannique, coutumier des productions populaires (séries télévisées, pièces de théâtre…), vantant les bénéfices de la simplicité.  La culture, réduite à son plus simple appareil avec le livre.


Adrien, 2ème année Édition-Librairie

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commentaires

Alexandre 29/11/2010 10:54


Bonjour.

Si je puis me permettre une légère remarque, il me semble que le président de la République auquel nous avons affaire en début de roman a plus de chance d'être Jacques Chirac que Nicolas
Sarkozy.

En effet, le roman se termine par un grand banquet organisé à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de la reine. Or, cette dernière étant née en 1926, les événements prennent donc fin en
2006, soit un an avant l'élection de M. Sarkozy.

Le président n'étant pas nommé, et son comportement ayant été taillé pour convenir à n'importe quel politique, la faute ne me semble pas importante, toutefois elle m'a interpelé.

Cordialement,

Alexandre.


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