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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 07:00
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Aldous HUXLEY
Tour du monde d’un sceptique

(Jesting pilate)
Traduit de l’anglais par Fernande Dauriac.
Éditions Plon, 1932, première édition.
Éditions Payot et Rivages,
collection Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs 2005.

 






 
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Aldous Huxley (1894-1963)
 
Né dans une famille de l’élite intellectuelle britannique, Aldous Huxley choisit d’étudier la littérature et la philosophie à Oxford, alors que sa famille le destinait à une carrière scientifique. Il publie son premier recueil de poèmes en 1916, à l’âge de 22 ans, puis devient journaliste et critique d’art.

Il voyage beaucoup, surtout en Europe, et fréquente les communautés artistiques de l’époque auxquelles il consacre de nombreux essais. Aldous Huxley s’écarte ainsi assez vite des normes sociales qu’aurait pu lui imposer son éducation. Son observation critique des usages, des normes sociales et idéaux de son époque font de lui le porte-parole des intellectuels anglo-saxons. En 1932, il publie Le Meilleur des mondes où il décrit une société future dans laquelle les êtres humains sont sélectionnés génétiquement dès la naissance, afin de contrôler leurs sentiments et comportements. Aujourd’hui encore, cette œuvre reste visionnaire en décrivant les dérives possibles d’une société totalitaire.

En 1937, il part pour les États-Unis afin de devenir scénariste à Hollywood et écrit, entre autres, l’adaptation d’Orgueil et préjugés de Jane Austen. Il commence à étudier le mysticisme avec les philosophes Gerard Heard et J. Krishnamurti. Son ouvrage La Philosophie éternelle décrit son approche des doctrines des grands courants mystiques. Ses écrits deviennent fortement influencés par le mysticisme et ses expériences de la mescaline et du LSD, à travers lesquelles il explore les différents états de conscience de l’être humain, et qu’il relate dans Les Portes de la perception et dans Le Ciel et l’enfer. Il reçoit en 1959 le Award of Merit for the Novel, et écrit un roman utopique en 1962, L’Île, dans lequel il expose ses idées sur les rôles spécifiques des sciences et des technologies dans la société. Aujourd’hui ses œuvres sont régulièrement étudiées en cours de philosophie moderne britannique dans les universités américaines.



Tour du monde d’un sceptique
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 En 1926 Aldous Huxley entreprend de faire le tour du monde. De Londres, il se rend aux Indes, où il s’étonne de l’arrogance coloniale de ses compatriotes. Cette minorité blanche qui domine 320 millions d’Indiens se montre peu conciliante avec la civilisation et la spiritualité indiennes. Il traverse le désert de Râjputâna, visite le Kashmir, assiste à un discours de Mahatma Ghandi, lors du congrès panindien à Cawnpore. Si la musique indienne le fascine, il est déçu par la beauté factice et surannée du Taj-Mahal et préfère celle d’Amritsar, le Temple d’Or des Sikhs (photo ci-contre). Huxley prend conscience de l’antagonisme des civilisations indienne et européenne.

Il traverse la Thaïlande et la Malaisie en train pour rejoindre Singapour. Mais le vrai voyage, pense Huxley, serait de faire ce chemin à pied à travers la jungle, avec tous les risques que cela comporte. Il lit à bord des bateaux qui l’emmènent des rives de Borneo vers la mer de Chine  lorsqu’il a « épuisé » le paysage et les visions exotiques qui s’offrent à lui. Shanghaï l’impressionne par son activité perpétuelle et le Japon se révèle, après plusieurs jours de pluie sur l’île d’Hokkaïdo, devant la beauté intemporelle  et sacrée du mont Fuji-Yama.

De Yokohama, Aldous Huxley s’embarque pour San Francisco. Il ironise sur le mythe de l’écrivain en voyage, à sa descente de bateau, lorsque des journalistes l’assaillent de questions sur la situation actuelle en Angleterre qu’il ignore après plusieurs semaines de traversée. À Los Angeles on l’invite à beaucoup trop de soirées mondaines. Si le divertissement est plaisant au début, il s’ennuie vite au milieu de toute cette activité finalement superficielle et vide de sens. À Joy City, comme il surnomme la ville, personne ne se parle vraiment et la joie est une obligation.

Huxley fait route vers l’est et arrive à Chicago. Une publicité pour une firme d’entrepreneurs de pompes funèbres l’amène à réfléchir sur le capitalisme, et les dérives possibles d’une société dans laquelle une hiérarchie poussée à l’extrême dépersonnalise les individus, au profit du rendement permanent. À New York, la liberté devient « démodée », on lui préfère la prospérité et la modernité.

De retour à Londres, Aldous Huxley médite sur l’Orient, l’Occident, et pense que le voyage en valait la peine, car voyager c’est se rendre compte par soi-même que l’homme est imparfait et qu’en réalité « tout le monde a tort ».



 Le style d’Aldous Huxley


Tour du monde d’un sceptique est écrit comme un journal de bord, mais Huxley ne se contente pas de décrire son long périple, et de raconter des anecdotes propres à tout voyageur. Pour lui, le voyage est fait de déceptions qui alternent avec l’émerveillement et les réflexions sur la condition humaine de tous les peuples. Huxley a beaucoup voyagé, au cours de sa vie, mais on ne peut parler d’écrivain-voyageur car ses récits de voyages sont rares. Cependant Tour du monde d’un sceptique est intéressant car, même si l’on ne connaît pas son œuvre, il montre ce qu’est l’attitude mesurée d’un auteur qui cherche avant tout  à rester lui-même, c'est-à-dire un essayiste et un romancier désireux de comprendre le comportement de l’être humain au travers des différentes civilisations. Quant à ceux qui connaissent les ouvrages d’Huxley, il est toujours, à mon sens, intéressant de savoir comment un écrivain appréhende le monde.

 L’auteur est certes sceptique mais juste le temps qu’il estime nécessaire afin de juger avec discernement. Alors que l’être humain se contente souvent d’emprunter les jugements d’autrui, et ce parfois inconsciemment, au lieu de chercher à comprendre par lui-même. Voilà ce à quoi réfléchit Huxley lorsqu’il regarde l’Orient avec les yeux d’un Occidental. Et quand il est en Amérique, il ne peut s’empêcher de penser à une société dans laquelle l’hyperactivité et la hiérarchie se conjuguent à tous les temps, et à chaque instant. Supprimer toute pensée personnelle dans un monde où les comportements sont contrôlés dans les moindres détails… Le Meilleur des mondes n’est plus très loin. Alors dans le cas d’Huxley, le scepticisme est salutaire.   

 

François Giraud, 2e année édition/librairie



Aldous HUXLEY sur LITTEXPRESS


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Article de Coralie sur Le Meilleur des mondes.

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