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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 07:00

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Alessandro Baricco

Novecento : pianiste

Traduction de Françoise Brun

Gallimard

Folio, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Il l’était vraiment, le plus grand. Nous, on jouait de la musique, lui c’était autre chose. Lui, il jouait… quelque chose qui n’existait pas avant que lui ne se mette à le jouer, okay ?  »

 

 

 

Novecento : pianiste, un hommage vibrant à la musique.

 

 

Novecento : pianiste est un hymne à la musique. Un brin de lyrisme et de poésie, du théâtre et de l’humour, et beaucoup de plaisir. Plaisir à lire, plaisir à écouter, plaisir à voir. Car l’auteur le dit lui-même, son œuvre ne peut pas se classer dans un genre précis, elle oscille entre le conte et une pièce de théâtre, entre le plaisir muet et la lecture à haute voix.

 

Alessandro Baricco c’est l’auteur de Soie, de Océan Mer, de Châteaux de la colère. Ses livres, c’est l’unique plaisir de raconter une histoire. Ce ne sont pas des romans, ce ne sont pas des pièces, ce ne sont que des histoires que l’on savoure, où on se délecte des mots les plus simples. Alessandro Baricco, c’est une légende. Un écrivain qui compte, dont les critiques télévisuelles ont fait exploser les ventes des romans qu’il appréciait. Un écrivain qui organise des lectures publiques de ses histoires, et qui s’évapore avant de récolter des applaudissements. Dans ses livres, on perçoit l’immense tendresse, l’amour merveilleux qu’il voue à ses personnages. À la fatalité d’être humain avec une vie délimitée alors que le monde est infini.

 

Cette œuvre il l’a écrite pour deux amis : Gabriel Vacis, un metteur en scène, et Eugénio Allegri, un comédien. Ils l’ont jouée pour la première fois au Festival d’Asti de 1994. Alessandro Baricco a écrit une pièce de théâtre. Certes, il y a les didascalies, certaines plutôt longues, même. Mais, l’histoire s’apparente plus à un conte. Une histoire imaginaire qu’on se plaît à lire à haute voix, qui raconte la vie extraordinaire d’un marin qui ne quitta jamais l’Océan.

 

Il était une fois un bébé abandonné dans un bateau, The Virginian. Cet enfant, posé sur un piano, fut recueilli par un marin, Danny. Dans la couverture de l’enfant, il n’y a écrit que quelques mots « T.D Lemon ». Danny décide alors de donner à cet enfant un prénom : Danny T.D Lemon Novecento. Novecento car il lui fallait un grand final, un nom qui résume tout, un nom dont on se souvienne toujours. Novecento grandit dans le bateau, il n’a ni papier, ni véritable identité. Sur terre, c’est comme s’il n’existait pas. Mais sur la mer, tout le monde l’aime. À huit ans, il perdson père adoptif. Novecento disparaît, tout l’équipage est inquiet. Quelques jours plus tard, on le retrouve en train de jouer du piano. Merveilleusement. Une légende est née. Bien plus qu’un joueur talentueux, bien plus qu’un pianiste hors pair, c’est l’histoire d’un homme qui n’est jamais descendu sur terre. Sa vie, c’est son piano au rythme de l’Océan. C’est jouer des notes qui n’existent pas. Jouer à deux mains comme s’il en avait cinquante. Durant toute sa vie, Novecento sera le pianiste de l’orchestre du bateau. Et son histoire, elle nous est contée par son meilleur ami, le trompettiste Tim Tooney.

 

Le titre original est Novenceto : monologo, car la pièce est écrite pour un seul comédien. Un seul qui joue Tim Tooney puis se transforme en Novecento pour les dernières pages, les dernières paroles. L’action est simple : c’est la vie sur un bateau, la vie d’un pianiste un peu fou.  Il y a des voyageurs qui ne prennent ce bateau que pour entendre Novecento jouer. Il y a celui qu’on nomme « l’inventeur du jazz », Jerry Roll Morton, qui s’achète un billet juste pour provoquer en duel intense Novecento.  Et puis la fin, car il en faut bien une, qui nous laisse réfléchir sur des paroles à la fois belles, magiques et emplies de promesses. Mais ceci, je vous laisse le découvrir…

 

Novecento : pianiste est un hommage vibrant à la musique par plusieurs aspects. Tout dans cette œuvre reflète la magie d’une simple note. Les différentes couvertures du livre (la première de Mille et une nuits représente un piano, celle de Folio des doigts qui effleurent un clavier) nous interpelle et nous montre que ce que nous allons lire, ce que nous allons découvrir c’est une ode à la musique. La deuxième couverture, celle de Folio, est remplie de finesse et montre le caractère gracieux de la musique, des doigts longs qui galopent sur des touches blanches et noires dans un mouvement fin et beau. Ensuite, tout au long de la pièce, il y a des connotations, du vocabulaire technique, et dans les didascalies des instructions sur la musique. A tel moment, il faut quelque chose de lent, très lent puis ensuite des notes plus joyeuses et rythmées. Finalement, c’est comme si nous étions en train de lire une partition, avec des indications précises pour que les notes soient parfaites.

 

La musique revêt un caractère presque magique. Tim Tooney en fait l’expérience dès sa première rencontre avec Novecento, ce dernier joue, laissant le piano dériver au rythme des vagues :

 

« Et pendant qu’on voltigeait entre les tables, en frôlant les lampadaires et les fauteuils j’ai compris, à ce moment-là, que ce qu’on faisait, ce qu’on était en train de faire, c’était danser avec l’Océan, nous et lui, des danseurs fous, et parfaits, emportés dans une valse lente sur le parquet doré de la nuit. »

 

On s’envole dans un univers musical et fantastique à travers des métaphores lyriques. Tout peut être comparé mais ici c’est le piano, le clavier, les touches qui s’animent, qui changent de costume et qui défient tout, même Dieu.

 

« […] devant moi se déroule un clavier de millions de touches, [... ] / Des millions et des milliards de touches, qui ne finissent jamais, c'est la vérité vraie, qu'elles ne finissent jamais, et ce clavier-là, il est infini / Et si ce clavier est infini, alors / Sur ce clavier-là, il n'y a aucune musique que tu puisses jouer. Tu n'es pas assis sur le bon tabouret: ce piano-là, c'est Dieu qui y joue. »

 

À travers cette métaphore, Novecento explique qu’il est incapable de descendre du bateau, la terre est un « trop grand bateau pour lui ». Bien plus qu’un besoin, c’est une nécessité : il ne peut pas vivre autre part que sur l’Océan. De plus, il ne joue que lorsqu’il est en plein milieu de la mer, que la terre ne se voit plus à l’horizon. Tel Glenn Gloud, ce pianiste s’est confectionné sa propre chaise, à une taille qu’il juge parfaite et ne peut pas jouer sans elle. Ainsi, la musique semble rendre ses joueurs fous. Mais n’est-ce pas ce qui fait leur charme ?

 

La comparaison avec Glenn Gloud ne s’arrête pas là : Novecento est enfermé dans son bateau, Glenn dans ses studios d’enregistrement. Novecento a tout abandonné pour la musique. C’est elle qui domine tout, la folie se ressent ici : comment peut-on abandonner tous ses désirs pour n’en vivre qu’un seul, jouer du piano ?

 

« Moi qui n’avais pas été capable de descendre de ce bateau, pour me sauver moi-même, je suis descendu de ma vie. Marche après marche. Et chaque marche était un désir. À chaque pas, un désir auquel je disais adieu. […] J’ai désarmé le malheur. J’ai désenfilé ma vie de mes désirs. Si tu pouvais remonter ma route, tu les y trouverais, les uns après les autres, ensorcelés, immobiles, arrêtés là pour toujours, jalonnant le parcours de cet étrange voyage […]. »

 

Vivre sur un bateau, vivre avec son piano. Il n’existe rien d’autre pour Novecento, la vie sur terre il la voit à travers les histoires des passagers, à travers eux il visite Paris, il sait parler de n’importe quel monument, de l’odeur des rues, comme s’il y avait été. Il semble fou, il est un génie ; Glenn Gloud, lui, a quitté la scène définitivement, se consacrant à des enregistrements studio, solitaire et inconnu. Dans une biographie de Glenn Gloud, est écrit ceci : « […] sa vie s'est pliée en deux comme une lettre après qu'on l'a lue, s'est condamnée elle-même à la solitude comme on allait au désert, s'est abandonnée à l'extase. » Novecento est pareil : il est solitaire car personne ne peut le comprendre, personne ne peut savoir pourquoi il ne descendra jamais sur la terre ferme. La seule extase qu’il ressent c’est le bonheur d’un son, d’une note, d’une touche. Sa seule folie, c’est d’être fou de la musique.

 

 

Margaux, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

Lire aussi l'article de Lola.

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