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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 07:00

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Alexandra DAVID-NÉEL
L'Inde où j'ai vécu
Pocket, 2003
 Première édition sous le titre
L’Inde, Hier, Aujourd’hui, Demain
Plon, 1951 ;
réédition augmentée sous le titre
L'Inde où j'ai vécu,
Paris, Plon, 1969.

 

 

 

 

 

 

 

alexandra-david-neel.gifL’auteur (en 2 mots empruntés à Olivia ; elle-même très inspirée par le site wikipedia.


Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous son nom de plume Alexandra David-Néel, née en 1868 et morte en 1969, de nationalités française et belge, est une orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivaine et exploratrice.


Outre sa longévité (presque 101 ans), son trait de gloire le plus marquant reste d'avoir été, en 1924, la première femme d'origine européenne à séjourner à Lhassa, au Tibet, exploit qui contribua fortement à sa renommée, en plus de ses qualités personnelles et de son érudition.


Pour tout savoir sur Alexandra David-Néel, il faut aller sur le  site officiel qui lui est consacré : http://www.alexandra-david-neel.org/francais/accf.htm et encore mieux aller voir sa maison-musée à Digne !

 


Son projet

Alexandra David-Néel  fait son premier voyage en Inde entre 1890 et 1891 grâce à un héritage de sa marraine. A ce moment-là, elle a 22 ans et elle a déjà fait un séjours à Londres, quitté ses parents, étudié le sanskrit aux Langues’O et passé beaucoup de temps au musée Guimet. Elle n’a pas de plan, elle veut seulement aller en Inde.

Ce livre est  publié en 1951 dans une première version puis en 1969 dans une version augmentée et annotée. Ce texte est donc écrit très longtemps après ce premier voyage en Inde qu’elle décrit dans cet ouvrage. Elle y ajoute toute sa connaissance future de l’Inde. Ce ne sont donc pas du tout de simples notes de voyage.

Il y a un gros travail d’écriture comme l’a fait aussi Nicolas Bouvier et ce que voulait faire Victor Segalen mais c’est très différent. En effet, elle ne veut pas décrire un voyage mais, comme elle l’écrit p. 31, au début du chapitre 2 :

« Je ne me propose pas de rédiger un journal de voyage… Ce que je désire offrir ici, c’est plutôt une série de tableaux présentant la vie mentale, encore plus que matérielle de l’Inde.»

Le livre est découpé en onze chapitres encadrés d’une préface, d’une introduction (la naissance d’une vocation) et d’un appendice.


Les onze chapitres :


– premiers pas vers l’inde,
– les dieux tels que les indiens les conçoivent et les voient,
– les sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane,
– l’antique système religieux des castes – audacieuse initiative du gouvernement indien – abolition de l’intouchabilité des parias,
– extravagances religieuses. J’assiste aux noces du divin rama,
– famine – épidémies – superstitions,
– Shakti, mère universelle – la déesse énergie, créatrice des mondes – ses dévots – différents aspects de son culte secret,
– les gourous instructeurs, guides spirituels et protées aux mille formes,
– les saints professionnels. Sadhous charlatans, sadhous illuminés, sadhous tragiques – portraits de sannyasins – le plus altier des idéaux,
– l’inde nouvelle, ses problèmes, ses conflits – massacres dus au fanatisme- l’effroyable exode des populations déplacées- Gandhi vu par Nehru,.
– lendemains d’épopée.
  

Donc ce texte n’est pas vraiment de la littérature. C’est plutôt un texte très explicatif sur les dieux, le culte, les castes, l’histoire de l’Inde. Elle se décrit comme une « orientaliste reporter » (p. 196).

Le premier chapitre décrit son départ et son voyage pour Ceylan puis le passage de Ceylan à l’Inde mais les chapitres suivants commencent un peu avec ce voyage puis ne font plus de référence du tout à ce premier voyage.

J’essaie quand même d’en tirer des notions sur sa façon de voyager, de voir l’étranger et d’écrire…


Sa façon de voyager

Elle voyage seule pour ne pas être troublée dans son recueillement. Elle a horreur de la promiscuité.

Elle n’a pas de plan.

Elle voit son premier voyage  comme un « pèlerinage mystique ». Elle lit beaucoup de livres sur le bouddhisme. Elle veut visiter des monastères bouddhiques.


Elle rencontre beaucoup de gens. Elle est amie avec de nombreux Indiens auprès de qui elle apprend beaucoup en théorie et en pratique : certains l’invitent à assister en cachette à des cérémonies. Ce qui lui permet d’assister et de nous décrire des rites auxquels aucun profane n’a accès comme par exemple le rite à cinq éléments à Shankti (viande, poisson, grain, vin, union sexuelle).

Elle s’habille à l’indienne ou en tout cas avec code couleur adapté : aurore pour renonçant, orange pour sannoisiens (sorte de moine, chercheur spirituel) afin de ne pas choquer et d’être discrète. Elle se déguise.

Néanmoins, elle n’a pas peur d’affirmer ses choix pour la nourriture, l’hygiène, la protection contre les maladies : « Cela ne froissait personne et, bien au contraire, m’attirait du respect », p. 63.


Elle n’a pas peur de décrire les choses horribles

«  L’horreur vint quand la population animale des cales, chassée de ses abris.. envahit le salon et les cabines. Ce furent des courses de rats affolés et le glissement lent de véritables couches de cancrelats, de cloportes et autres insectes… Tout en fut bientôt couvert : le tapis, la couchette ;… Cette scène d’enfer dantesque était éclairée par une grosse bougie… Jamais au long de la ma longue vie de voyageuse je n’ai vécu un plus dégoûtant cauchemar », p. 25.

 

 

Elle est très solide physiquement

« Dès que j’avais posé les pieds sur un terrain solide, je m’étais sentie de nouveau gaillarde et pleine d’enthousiasme. », p. 27.

 

 

Regrets du passé

qui reflètent son goût du confort malgré tout :

« Je noterai ici que, parmi les commodités que le développement du « progrès » a fait disparaître de l’Inde, étaient les salles d’attente pour dames seules avec salle de bain attenante et service d’une femme de chambre », p. 30.

mais surtout et toujours une vision politique et humaniste :
« Depuis, est venu le régime de la cohue, du troupeau que l’on entasse pêle-mêle et qui s’y prête docilement », p. 12.

« Un de mes étonnements est que les hommes, après avoir goûté d’une large mesure de liberté, aient pu y renoncer… Au temps béni où j’abordai à Ceylan pour la première fois, les passeports étaient inconnus … », p. 15.

« Aujourd’hui les peuples sont parqués en des cages distinctes en attendant le moment où ils franchiront de nouveau les clôtures qui les séparent pour se ruer les uns contre les autres et s’entre-détruire », p.16.


Humour 

« [...] puis si la statue demeurait parfaitement immobile, ses yeux remuaient  pourtant légèrement. Il ne s’agissait pas d’une statue mais d’un moine bouddhiste comme on en voyait représenté sur les fresques ornant l’escalier du musée Guimet », p. 19.

Elle décrit avec humour les adorateurs de Krishna qui vont lui laisser leur statue de Krisna à « nourrir » pendant leur absence ou les cérémonies d’adoration de Shanki :

 

« oserais-je confesser que je ne rêvais plus, j’étais complètement éveillée : ma conscience professionnelle d’orientaliste reporter me dictait l’impérieux devoir de tout noter », p. 196.


Comparaison avec l’Occident

Elle essaie de trouver des points de comparaison entre ce qu’elle observe en Inde et ce que l’on connaît en Occident pour nous faire comprendre, nous raccrocher à quelque chose mais aussi pour montrer qu’elle a un regard critique sur l’Europe comme sur l’Inde, indépendamment de son attachement à l’une ou à l’autre.

« J’aime trop l’Inde, grande en dépit de ses égarements, pour ne pas dresser en face de ceux-ci l’image des nôtres, bien propres à nous inspirer la réserve qui convient à nos jugements », p. 87.

« Je connaissais le bric-à-brac des églises de l’Occident … mais je ne m’attendais guère à en trouver l’équivalent dans un pays qui se disait bouddhiste », p. 19.

«  En ce qui concerne le tapage, certaines processions espagnoles peuvent en remontrer à n’importe quelle manifestation indienne », p. 48.

Dans l’hindouisme, il y a un culte de l’image différent de celui de la religion occidentale. L’idole doit être devenue vivante (rite prana pratishtâ). L’auteure recherche des explications comme des hallucinations collectives mais est très respectueuse des croyances des autres.

Elle dit qu’il y a un fort rôle de la croyance collective comme chez nous (p. 39-40).

Par rapport aux castes qui ne se mélangent pas, elle observe : « En nombre d’endroits fréquentés par les Blancs, les Indiens même de haut rang social n’étaient pas admis », p. 63.


Critique des missionnaires 

 « J’ai nettement perçu qu’une grande partie des missionnaires, à quelque nationalité qu’ils appartiennent, croient véritablement à l’existence des déités des divers paganismes qu’ils se sont donné la tâche de combattre et qu’ils les considèrent comme des démons. Diableries à part et en nous plaçant au point de vue hindou, la croyance en l’existence de Shiva, de Vishnou et des autres déité peut être fondée. Il s’agit seulement de définir le genre d’existence dont ces dieux jouissent et l’origine de celle-ci », p. 30.

« Ces nagas avaient entendu des missionnaires parler symboliquement des "péchés qui étaient lavés dans les eaux du baptême" et ils en avaient conclu, naturellement que les baptisés salissaient l’eau en se débarrassant d’une sorte de crasse qu’ils avaient sur le corps », p. 405.

« Ce fait n’est d’ailleurs pas particulier au pays des Nagas de l’Assam. On en trouve des équivalents dans tous les milieux où s’exerce l’activité des missionnaires étrangers. », p. 406.


Rappels religieux et historiques, critique de Gandhi

Elle décrit les castes et leurs origines (p. 60-61 ; p. 76).


 Elle montre toute leur complexité. Elle montre aussi bien la conception indienne de la relativité du bonheur : il y a toujours plus malheureux (p78) et elle explique que les gens ne veulent pas changer dans cette vie car ils en attendent une autre ; bien qu’un certain nombre d’intouchables soient devenus bouddhistes pour s’en sortir (p. 79).

À propos de l’abolition de l’intouchabilité en 1950 : « tous les esprits éclairés, tous les cœurs généreux souhaiteront bonne chance à leur initiative »  p. 85.

Elle décrit aussi en détail les dieux hindous et leurs histoires (p. 158 et suivantes) en particulier le Ramayana qui est l’histoire de Ram, un avatar de Vishnou et le Mahabharata qui relate entre autre l’histoire de Krishna (aussi avatar de Vishnou) et des gardiennes de vaches (dont Rhada).
 
Elle critique beaucoup Gandhi et son ascèse « relative de gourou » (p. 340), elle se moque de lui et de ses voyages en 3ème classe (p. 342). Elle rappelle qu’il était contre l’abolition des castes. « Bref, l’idéal de Gandhi paraît avoir été l’idéal périmé du bon riche et du bon pauvre coexistant » (p. 346-347).

 

 

Féminisme

Elle parle des danseuses dans les temples avec beaucoup d’émotion :

« La terreur qui se lisait sur le visage de ces filles – pourtant des prostituées –  serrées en troupeau, se bousculant pour gagner plus vite le sanctuaire protecteur, était aussi bouleversante que l’avidité immonde de leurs poursuivants », p. 56. Le titre du chapitre 3 est très explicite : « les sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane ».

Elle critique encore Gandhi à ce propos en rappelant ses paroles :

«  Dans l’Inde de mes rêves, disait-il, il ne peut pas y avoir de place pour l’intouchabilité, pour les boissons alcooliques et les drogues stupéfiantes, pour les femmes jouissant des mêmes droits que les hommes. », p. 380.

Elle reconnaît tout de même des progrès de la condition féminine : l’éducation des femmes, le fait qu’elles soient embauchées dans la police, l’armée …


Conclusion

Ce livre est une extraordinaire introduction à l’Inde. Alexandra David Néel en a une connaissance approfondie qu’elle nous transmet avec beaucoup de pédagogie et d’humour. Malgré son amour et son respect de l’Inde, elle n’oublie pas son sens critique, ce qui rend le texte très intéressant et ouvre la porte à la réflexion.

 

 

Agnès, A.S. Éd.-Lib.

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