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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 07:00

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Alexandre IKONNIKOV
Lizka et ses hommes
Traduit du russe

par Antoine Volodine
Éditions de l'Olivier, 2003
Points, 2004





 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie


Alexandre Ikonnikov serait né en  1974  à Urjoum ou Urshum, bourgade située entre Kirov et Tazan, mais non identifiable par Google Maps. Étonnant. L’auteur vit toujours à Urjoum, retiré de la vie littéraire des grandes villes russes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. D’après les sources fiables ou non, Ikonnikov est germaniste de formation, il a enseigné dans le cadre d’un service civil pendant deux années puis collaboré en tant que journaliste-interprète à un périodique.

Finalement il décide de se consacrer à l’écriture. Son premier ouvrage,  Dernières nouvelles du bourbier dépeint la société russe au travers de plusieurs nouvelles loufoques, grotesques et à la fois tragiques.

Alexandre Ikonnikov n’est pas publié dans son pays.

Une question se pose, c’est celle de la véritable identité d’Alexandre Ikonnikov. Volodine serait-il traducteur et auteur ? Peut-on faire des suppositions sur l’emploi d’un pseudonyme par Volodine dont la vie est aussi particulièrement floue ?



Cela dit, l’auteur aurait déclaré à propos de ses œuvres :

« Mon but n’est pas de faire une littérature de dénonciation, mais d’aider à voir où en sont les plus simples relations humaines, comme cela peut exister partout. Mon attitude d’écrivain, mon tempérament personnel, c’est la satire, l’humour, et je crois que même si je montre quelques salauds, je leur garde un peu de tendresse. Je veux aussi sortir d’une certaine vision qu’on a de la Russie, centrée exclusivement sur Moscou ou Saint-Pétersbourg, sur des images répétitives, marquées par la dureté, le tragique. Vus d’une petite ville de province, les rapports sont plus nuancés. »



Le contexte historique et la misère sociale

Nous sommes entre la fin de l’URSS et le début de la Russie lorsque Mikhaïl Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985, cherchant à combattre les reliquats du stalinisme grâce à des réformes aux résultats très mitigés. C’est une période chaotique pour le pays qui s’enfonce dans de sombres péripéties comme la pénurie des biens de consommation et les inégalités sociales déclenchant des conflits inter-ethniques.

Beaucoup de passages traitent de la violence et de l’énergie des Russes lorsqu’ils manifestent leur mécontentement et leur faim :

« Une fois de plus le pays sombra dans la folie. On respecta une coutume qui plongeait ses racines au fond des âges ; c'est-à-dire qu’on se mit à casser l’ancien sans avoir la moindre idée de ce à quoi aller ressembler le nouveau. » (page 101)



Dans ce roman, grâce au cheminement du personnage, on assiste à l’histoire d’un peuple miséreux, en détresse, qui connaît de nombreuses difficultés à se loger et se nourrir mais on s’immerge dans son quotidien, au-delà de l’histoire, on assiste aux liaisons amoureuses de Lizka et découvre un tempérament hors du commun.

Ikonnikov-Lizka-image.jpg

Illustration originale d'Agnès

 

Le personnage de Lizka

Lizka est le terme péjoratif employé pour nommer Liza. L’étrangeté du livre c’est qu’Alexandre Ikonnikov  appelle son personnage Lizka dans sa narration et jamais Liza. On peut se demander pourquoi l’auteur emploie ce nom, excepté lorsqu’il insère des dialogues où les gens appellent l’héroïne Liza.

Lizka est une enfant, puis une adolescente avant de devenir une femme. Ce roman est très linéaire et permet de suivre les aventures de la jeune fille grâce aux hommes qu’elle rencontre. Lizka n’a pas de père, il est mort à la guerre, et sa mère est obligée de vendre son corps, multipliant les conquêtes qui sont quelque part des papa pour la petite fille :

« Les gosses du quartier avaient commencé à se moquer de Lizka pour son absence de père […] quand ils lui demandaient ou il était son père, elle répondait avec fierté qu’elle en avait plusieurs. » (page 11)

L’enfant devient une adolescente très attirée par les hommes, elle découve son corps, s’interroge sur la puberté. Dès son plus jeune âge elle possède un caractère indépendant, c’est une bagarreuse, têtue, « toujours prête à en découdre ».

Jeune fille qui devient femme, elle part de sa petite bourgade pour la ville de G., un nouveau départ se dessine et son innocence, sa naïveté éclatent. Elle n’imagine pas qu’elle va se retrouver dans un foyer, serrée dans une petite chambre avec trois autres jeunes filles qui deviendront des amies fidèles. Elle n’imagine pas que les gens vont faire leurs besoins dans la cour parce que les toilettes seront bouchées. On recouvre de neige en hiver et on gratte au printemps pour nettoyer. Elle n’imagine pas les hommes comme des beaux parleurs et se laisse entraîner.

Lizka devient méfiante petit à petit ; sur ses gardes, elle apprend la vie par les travaux qu’elle réalise mais aussi grâce à ses hommes, escroc, homme cultivé, rescapé de guerre, conducteur de tramway, poète. Des hommes chez qui elle cherche un père, la protection d’un homme, une situation stable dans un monde instable, telle une Cendrillon russe.



Les hommes de Lizka, les hommes de Russie

Les hommes de Lizka représentent un pan de la société russe. Ils ne sont pas  tous issus du même contexte social et chacun apporte son lot de points négatifs et de points positifs à la maturité grandissante de Lizka.

Pacha est un employé de la chaufferie de Lopoukhov, il n’a pas réellement de véritable intérêt. C’est avec Pacha que Lizka vit sa première expérience sexuelle peu réjouissante : « Tout se produisit avec une telle rapidité qu’en dehors de la douleur et de la sensation d’avoir reçu une souillure à l’intérieur de son corps, elle n’éprouva rien. » (page 15). Pacha, sous ses airs timides, fait une mauvaise réputation à Lizka dans son village ; le seul bon côté c’est qu’il permettra à l’héroïne de partir pour la ville de G.

Micha, l’escroc charmeur qui soutire de l’argent à Lizka, lui raconte de belles histoires et joue de la guitare. Lorsqu’une de ses amies se rend compte qu’elle sort avec ce bandit bien connu qui s’appelle en réalité Semione, elle n’hésite pas à le chasser, montrant à Lizka sa crédulité et sa naïveté.

Viktor est secrétaire du Comité de Komsomol (Parti Communiste), pas très beau mais charmant. Lizka va surtout profiter de sa situation, de son appartement luxueux. C’est certainement un des personnages les plus importants, il la protège, lui permet de se cultiver et de continuer ses études en lui proposant un marché : devenir une compagne (sans amour), il s’occupera en échange de son développement. Elle se plaît à philosopher et à lire des ouvrages chez Viktor jusqu’au jour où l’ennui de l’hypocrisie politique l’emporte : « elle aurait aimé avoir des relations avec des gens semblables à elle, des gens dont elle pourrait tout comprendre » (page 78). Viktor est comme un père, celui qu’elle n’a jamais eu, elle ressent pour lui de l’admiration et de la reconnaissance. Pourtant, sa vie politique semble à Lizka imprégnée de mensonges et d’hypocrisie. Elle rencontre alors un homme, Arthur, semblable à elle dans ses sentiments et sa nature.

Arthur est un Tatar (les Tatars sont un peuple nomade guerrier venu de Mongolie qui attaqua les principautés russes au XIIIe siècle) qui tombe amoureux de Lizka et la demande en mariage. Elle s’enfonce aveuglément dans cet amour et, lorsqu’elle partira de chez Viktor, ce dernier lui dira : « les jeunes sont naïfs ils prennent tout un tas de décisions irréfléchies, il ne faut pas confondre aimer et tomber amoureux » (pages : 90 et 91).

Max rencontre Lizka par hasard ; ce sont deux êtres qui n’auraient pas dû se croiser, prétexte probable de l’auteur pour parler d’un ancien guerrier mutilé physiquement et mentalement. C’est un homme violent qui poursuit Lizka et veut absolument la protéger, l’avoir pour elle. Il la suit mais elle ne veut pas continuer cette relation, d’autant plus qu’elle est mariée.

Kostia est le dernier homme de l’héroïne. La narration omnisciente devient interne. Il raconte l’histoire de sa rencontre avec Lizka ; il est touchant, drôle, on sent qu’il aime véritablement la jeune femme. Lizka a changé, elle est plus autonome et plus forte. Il y a un renversement des sentiments : avant, elle avait peur qu’un homme la lâche. Aujourd’hui c’est Kostia qui dit :

« Certains soirs quand je m’installe confortablement dans mon fauteuil pour regarder un match […] elle sort de chez nous sans dire un mot, elle ferme la porte à clé […] et je me demande si elle reviendra. » page : 189.



Analyse et opinion

Cette œuvre est d’un réalisme poignant sur la Russie, elle dépeint la vie du peuple russe sans apitoiement, même dans la misère. L’auteur n’édulcore pas le désastre politique et social.

Un peuple pourtant très solidaire dans l’adversité qui recherche le bonheur. Alexandre Ikonnikov apporte beaucoup d’humour et de joie au travers du personnage de Lizka et de ses amies. C’est un conte moderne traitant de sujets divergents comme la condition des femmes, la misère sociale, l’amour, ou tout simplement les relations humaines.

On trouve dans ce livre une dimension philosophique grâce à Lizka parce qu’elle est dans un mouvement de pensée permanent. Au-delà de son combat quotidien, elle aime réfléchir à la condition des gens, au sens de la vie. Peut-être grâce à l’éducation de Viktor. Elle apprend grâce à ses rencontres, il y a une véritable évolution des idées et des réflexions, une débrouillardise incomparable grâce aussi à la solidarité entre femmes.

Par exemple, dans les pages 154 à 162, elle fait un saut en parachute, qui pour moi, symbolise sa nouvelle liberté après son divorce. Elle se rend compte que les gens sont trop attachés aux objets, ils en sont esclaves :

« Comment pouvait-on vivre au nom d’objectifs aussi misérables, alors qu’il y avait un ciel, de l’eau, et, là-dessus des étoiles ! Et comment avait-elle pu rester si longtemps sans comprendre cela ! Lizka tout à coup avait envie de se mettre à crier, de tenir des discours à tous et à toutes. Qu’ils cessent de satisfaire leur propre chair, et que, comme elle en ce moment, ils considèrent la vie avec ravissement, avec enthousiasme! » (page 161).

Pour le lecteur français l’intérêt est de suivre les différentes époques politiques en parallèle à la succession des hommes de Lizka. D’abord le communisme et la perestroïka, puis la chute du régime et l’ouverture à l’Ouest, la corruption et les guerres internes. Au travers d’un flash-back soviétique et des aventures de l’héroïne, on assiste à la misère collectiviste, à l’absurdité de la bureaucratie mais aussi à une énergie incroyable qui m’a emportée en Russie.


Agnès, 2e année Bibliothèques

 

 


 

 

 

Alexandre IKONNIKOV sur LITTEXPRESS

 

Alexandre ikonnikov Dernieres nouvelles du bourbier

 

 

Article de Charlotte sur Dernières Nouvelles du Bourbier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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