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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 07:00

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Alexandre ROMANÈS
Un peuple de promeneurs
Gallimard
Collection Blanche, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Alexandre Romanès est plus connu pour sa fonction de directeur de cirque. Il a grandi dans une famille de circassiens. Son grand-père parcourait les routes avec son ours et ses trois femmes. Puis il acheta un lion et quelques tigres, cette ménagerie devint le cirque Bouglione. Une scission dans la famille fit naître le cirque Firmin Bouglione.

 

Firmin est le père d'Alexandre Romanès. En 1994, déçu par la tournure que prend le cirque Bouglione, Alexandre Romanès crée, avec sa première femme, Lydie Dattas, le cirque Lydia Bouglione qui deviendra le cirque Romanès et le premier cirque tzigane d'Europe. Enfant de la balle, Alexandre Romanès s'est détaché du cirque familial lorsqu'il avait vingt ans. Il suffoquait dans cette famille. Il vivote alors en faisant de petits numéros d'acrobatie dans les rues de Paris. C'est sa rencontre avec Délia qui lui donnera l'envie de renouer avec le monde du cirque et de la famille. Naît alors le cirque Romanès. Aujourd'hui mondialement connu, les Romanès ont représenté la France à l'exposition universelle de Shangaï en Chine.

Le fait que le cirque Romanès représente la France à l'exposition universelle est paradoxal. D'un côté le gouvernement français de l'époque stigmatise les populations gitanes, de l'autre les représentants de la France sont, justement, des gitans. Alexandre Romanès n'hésite pas à intervenir dans les journaux qui lui offrent un espace de parole. Il le fait pour dénoncer le traitement du gouvernement envers les tziganes. Il juge la politique d’alors, et plus particulièrement celle de Nicolas Sarkozy, inhumaine et cruelle.

Alexandre Romanès a publié trois recueils de poèmes dans la collection Blanche chez Gallimard depuis 2004 : Paroles perdues, Sur l'épaule de l'ange et Un peuple de promeneurs.

 

Le recueil de poèmes : Un peuple de promeneurs

La structure de l'oeuvre

L'ouvrage est sous titré « Histoires tziganes » ; en effet, les poèmes ont pour thème les tziganes. Il regroupe des anecdotes du quotidien et des phrases relevées par Alexandre Romanès au cours de sa vie.

Le recueil est divisée en deux parties respectivement nommées : Un peuple de promeneurs et Tziganes de Roumanie. Mais nous ne notons pas de rupture thématique entre la première et la deuxième partie.
 

L'écriture d'Alexandre Romanès

Les poèmes sont écrits en prose. Ils sont courts. La brièveté accentue l'humour de l'auteur. Les poèmes font sourire, parfois rire. L'auteur est incisif. Ses textes ne sont pas peuplés de descriptions. Les dialogues rapportés par l'auteur rythment les poèmes et font entrer en scène de nombreux personnages. Le récit accompagne la poésie et nous entrons dans la vie du poète circassien.

Par ailleurs, ses origines gitanes ont orienté sa vie dans une lutte perpétuelle contre les gouvernements et les hautes instances. Elles veulent forcer les gitans d'Europe à la sédentarité. Il évoque les histoires des vieilles gitanes qui ont accompagné son enfance, les rencontres avec les femmes, la famille.

 

Une philosophie du quotidien

Le poète nous fait entrer dans le quotidien des gitans. Leurs habitudes, leurs coutumes. Il décrit, par exemple, l'entrée des gitans dans un café. Ils y commandent un rhum. Ce n'est pas pour le boire mais pour se frictionner les mains. De même, il nous confie les réflexions d'une vieille gitane :

 

« Une vieille Gitane.

Elle connaît très bien la médecine gitane :

"Quand on voit ce qu'on donne à boire et à manger dans les hôpitaux, on peut se demander ce que les élèves en médecine apprennent dans leur école.

Apparemment ils ne savent pas qu'il y a des aliments naturels  qui guérissent mieux que les médicaments." » (p. 36).

 

 Le nomadisme comme mode de vie est souvent évoqué par le poète. Il est, pour lui, indissociable de la culture gitane. Cet aspect de leur culture est aussi le sujet de discorde entre  gouvernements européens et peuples gitans.

La famille tient une place importante dans le recueil. L'auteur nous livre les pensées et les dires de ses filles, sa femme et  de ses fils. À travers leurs gestes nous entrons dans la culture gitane :

 

 « Ma fille Alexandra.

Comme dans toutes les familles gitanes, on ne lui a jamais donné de jouets.

Une vieille dame lui apporte une poupée magnifique.

Elle la regarde, la prend par une jambe et la jette dans la boue.

Je regarde ma fille avec admiration. »

 

 Les valeurs véhiculées par la culture tzigane sont loin des valeurs occidentales, des sédentaires. Le matérialisme qui caractérise les peuples sédentaires, avec l'achat de maison, de mobilier, de livres et d'objets en tous genres est éloigné du modèle des tziganes.
 

Un puritanisme « à la gitane »

 S'il y a bien un personnage important dans la culture tzigane, c'est Dieu. Les tziganes pratiquent la religion chrétienne. Dieu est omniprésent. Cependant les gitans cultivent d'autres valeurs que les chrétiens sédentaires. Les préceptes véhiculés par cette religion monothéiste se sont mêlés à la culture orale. Ainsi la lecture de la Bible est empreinte de leur culture. Les gitans tutoient Dieu, ce qui en fait, dans un sens, un personnage désacralisé :

 

« Marius :

"Dieu, je t'en prie, oublie-moi un peu." »

 

Les valeurs ont été modifiées, le vol est signe de puissance dans la communauté gitane :

 

 « Délia :

"Cet imbécile d'Alberto !

Il en a tant fait que Dorina l'a quitté.

Il n'a pas fini de le regretter.

Elle avait toutes les qualités :

propre, courageuse, fidèle...

Et quelle voleuse !" »

 

Celui qui vole ne semble pas se souvenir que c'est un péché aux yeux de Dieu :

 

« Une riche famille gitane

se fait kidnapper un fils de quinze ans.

La rançon s'élève à un million de francs.

Elle paie, le garçon est libéré.

Six mois plus tard, il est à nouveau enlevé ...

Tout le monde comprend :

c'est le fils qui se kidnappe tout seul. »

 

Les gitans entretiennent un rapport particulier à l'argent. En effet, aucun n'aspire aux richesses matérielles des Européens et pourtant l'argent revient partout dans les conversations.

La lucidité des hommes est mise en avant par les poèmes d'Alexandre Romanès . Le rapport à l'éducation et à l'école est soulevé dans ce poème :

« Un vieux Gitan :

"Tout le monde dit :

"L'intelligence n'a rien à voir avec les diplômes";

mais tout le monde ment,

car personne ne le pense." » (p. 49)

 

La fréquentation des gadjos comme sont appelés les sédentaires a fait naître ces réflexions qui reflètent la réalité du le monde d'aujourd'hui.

 

Un monde de préjugés

Il est difficile pour les tziganes d'exister alors que toutes les autorités leur interdisent de voyager, d'élever un campement. La loi Besson qui oblige les communes de plus de 5 000 habitants à mettre à disposition des gitans une ou plusieurs aires d'accueil est peu respectée. De plus, la polémique autour des « roms »  que la France a connue sous le gouvernement précédent a aggravé la situation précaire des familles nomades. Alexandre Romanès souligne le sentiment de peur et d'acharnement des juges européens à l'égard des tziganes :

 « Être gitan,

C'est aller en prison plus vite qu'un autre. »

L’injustice des jugements assénés par les tribunaux est évoqué dans ce poème (p. 27)

« Marius :

"Le juge m'a envoyé une lettre,

c'est écrit : "non coupable".

C'est bien la première fois que ça m'arrive. » (p. 27)

Par ailleurs, le poète insiste sur la mauvaise foi, caractéristique générale des hommes.

Nous entrons aussi, en lisant ce recueil, dans les réflexions de Jean Genet. En effet, Jean Genet a été un ami proche de l'auteur. Sa première femme, Lydie Dattas, dirige l'introduction de l'ouvrage dans  laquelle elle fait l'éloge de l'auteur. Elle le compare aux grands maîtres soufis, capables d'apprivoiser les fauves.

Jean Grojean a aussi été un des poètes qu’a fréquentés l'auteur et il est cité à plusieurs reprises dans le recueil. 

La figure du gitan peut rappeler le poème « Le Vieux saltimbanque » des Petits Poèmes en prose. Dans le dernier paragraphe du poème de Charles Baudelaire le saltimbanque est la représentation de l'homme de lettres donc le poète. C'est lui qui apporte la joie au sédentaire, c'est lui qui offre son univers à l'homme qui ne bouge pas , ne voyage pas.



En conclusion nous pouvons déclarer qu'Alexandre Romanès offre à lire son petit bout d'humanité nomade, il nous ouvre les portes des tziganes d'Europe. En entrant dans ce recueil, nous comprenons que le peuple tzigane est encore en lutte. Le combat se joue entre eux et les autorités des sédentaires qui n'acceptent pas la liberté qu'ils ont choisie et veulentt imposer leur vision du nomadisme. La situation de ces tziganes pourraient être exposée comme un constat pourtant l'humour de l'homme adoucit la réflexion.

 
Xénie, 1ère année édition-librairie
 

Pour aller plus loin

 Article publié sur Médiapart le 05 mai 2012 :

 http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/050512/je-prefere-les-roses-la-patrie

 
Article publié sur le site du Monde

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/17/il-faut-nous-laisser-reprendre-la-route-alexandre-romanes-ecrivain-musicien-et-directeur-de-cirque_1768957_3224.html

 


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Published by Xénie - dans Poésie
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perez 09/06/2015 02:22

https://www.youtube.com/watch?v=zD_nNKdxNvw

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