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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:00

Conférence
Lire en Poche 2012, Gradignan
en partenariat avec « Lettres du Monde »

Médiation : Christophe Dupuis

Alicia-Gimenez-Bartlett-1.jpg

La conférence a lieu dans l’auditorium de la médiathèque de Gradignan, rapidement rempli par une foule tranquille mais impatiente. L’invitée et son interlocuteur prennent place face au public, dans des fauteuils décorés de photos en trompe-l’œil de tranches de livres, plantant le décor d’une scène littéraire.

D’emblée, Christophe Dupuis nous met en garde (ou nous rassure) : mordu de polars depuis son enfance, il sera loin d’être objectif lors de cette conférence. En effet, il fait partie des nombreux admirateurs de l’œuvre d’Alicia Giménez-Bartlett, ci-présente : habitant depuis toujours à Barcelone, elle est l'une des rares auteures féminines de son pays à écrire des romans policiers. Elle nous présentera ainsi son œuvre, la saga des aventures de Petra Delicado (parues en France aux éditions Rivages).

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« Deux personnages pour deux visions de Barcelone »

Il s’agit donc d’une série policière centrée sur deux personnages : Petra Delicado, une femme d’une quarantaine d’années, attirante et possédant un caractère fort et contradictoire, attachée au service de documentation de la police à Barcelone,  et son adjoint, Fermín Garzón, plus âgé et moins cultivé qu’elle, n’aimant pas l’idée d’obéir à une femme.

À travers la collaboration et l’opposition des caractères de ces deux personnages, Alicia Giménez-Bartlett propose deux visions de Barcelone : celle de Fermín, qui offre un point de vue traditionnel lié à ses origines (il vient de Salamanque), et à l’opposé, celle de Petra, une Catalane qui représente la nouvelle Espagne démocratique postérieure à Franco.

Tous les deux ont pourtant un point commun, et il s’agit de caractéristiques très « espagnoles », avec la vie passée dans les bars, l’évocation de l’amour dans les conversations, les façons ironiques de voir la vie, ce qui les rapproche et les rend plus amicaux.

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« C’est un sac de nœuds trempé dans l’eau bénite »

Christophe Dupuis mentionne cette expression qui l’a marqué, utilisée dans le dernier roman de la série, Le Silence des Cloîtres, et à cette évocation, l’auteure espagnole rit avant d’expliquer que le polar est un genre littéraire qui donne l’opportunité d’utiliser beaucoup d’humour, d’ironie, pour mieux voir qu’il n’y a pas de vérité absolue.



Un rapport ambigu entre fiction et réalité

Alicia Giménez-Bartlett parle ensuite du rapport de la fiction au monde concret, en insistant sur l’importance du témoignage sur la réalité. En effet, les écrivains ont selon elle beaucoup enfermé leur monde, mais ils ne montreront pas dans le futur la société de leur temps. Le témoignage est l’aspect qu’elle préfère dans le polar, c’est le droit littéraire de regarder autour de nous.

En ce qui concerne ce rapport au réel, l’invitée avoue clairement avoir inventé des noms de rue, des commerces, etc., comme la librairie spécialisée dans les animaux qu’elle cite dans un de ses romans et qui est loin d’exister à Barcelone. Cependant, elle insère également dans ses récits des lieux non-fictifs en conservant leurs noms. Elle nous a ainsi parlé d’un restaurant dans lequel elle apprécie de dîner, et qu’elle a décidé de citer dans un de ses romans (pour découvrir duquel il s’agit, il vous faudra lire sa série…). L’apprenant, le gérant lui a offert son repas lors de sa visite suivante. Avec une certaine pointe d’humour, l’invitée barcelonaise estime que cet aspect de la littérature peut apporter des choses positives dans la vie d’un écrivain.



Comment organiser l’évolution des personnages ?

L’auteure concède qu’au début de sa série, elle n’a jamais cru que l’écrivain avait quelque chose à voir avec cet aspect des personnages. Puis, à travers le développement de ses protagonistes, elle s’est rendu compte que conduire un personnage d’un livre à l’autre permet de voir qu’il prend une importance certaine, faisant des réflexions sur la vie, gagnant donc en maturité dans un certain sens, etc.



Les polaristes : une place particulière

Abordant ensuite la question de la place du roman noir en Espagne, nous apprenons qu’il y a encore quatre ans, Alicia Giménez-Bartlett était la seule femme polariste d’Espagne, tandis qu’aujourd’hui, on dénombre une dizaine de Catalanes qui écrivent des polars. Face à ce phénomène, l’écrivaine émet l’hypothèse que les femmes espagnoles ont reçu une voix publique trop tardivement tandis qu’aujourd’hui le polar est à la mode en Espagne.



Quelles sont ses sources ?

L’invitée du Salon nous indique que l’utilisation de la pure imagination dans le polar ou même dans tous les livres fait écrire n’importe quoi. En ce qui la concerne, elle a donc demandé de l’aide aux policiers de Barcelone et s’est liée d’amitié avec Margarita Garcia, l’Inspecteur Général de cette ville.

Elle tire également ses renseignements d’avocats, médecins-légistes, experts en armes, vétérinaires, des gens qui travaillent dans la fabrication de nourritures pour animaux, etc., ce qui ne l’empêche pourtant pas de faire des erreurs. On retrouve donc un paradoxe de vérité/fiction à travers des polars réalistes mais mis en scène dans des lieux la plupart du temps fictifs.



La série d’Alicia Gimenez-Bartlett est disponible aux éditions Rivages dans la collection Rivages/Noir en format poche, et comporte actuellement huit romans.


Sarah, 2e année bibliothèques 2012-2013

 

 

 


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